Éloge de la synergie ( en pataugas) 2

Publié le par Jeanne-A Debats

HomeMais évidemment, comme le faisait justement remarquer Pierre Pevel hier, tout le monde n’a pas besoin de béta lecteurs, surtout s’il a un éditeur (et un bon).

Sauf que l’éditeur lui-même est un béta lecteur de pointe, high tech même*, et en général il est suivi par son sbire infâme, j’ai nommé : sa /son correctrice/ teur**, qui fait grosso modo le même boulot que le type de béta lecteur dont je causais tout à l’heure.

La seule chose qu’ils ne font pas, ces deux-là,  c’est celle-ci :

« Woah ,c’est bien ! »***

Puis, plus rien.

Ce type de béta lecteur bon pour l’ego, nul pour le reste, ne se retrouve jamais dans l’éditeur.

L’éditeur peut très bien COMMENCER sa phrase par :

« Woah, c’est bien… »

Et c’est là qu’il faut rentrer les épaules et attendre que le « MAIS » du Commandeur tombe. Rien de ce qui a été prononcé AVANT ce « MAIS » ne compte. Tenez-le vous pour dit et concentrez-vous.

Perso, je suis toujours tentée dans ces cas-là ( Quand on en est à « Woah, c’est bien !») de demander :

« Cut the shit, passons aux choses sérieuses ! »

Je n’aime pas perdre du temps à me faire lustrer le poil avant qu’on ne m’estoque. Mais ça, c’est moi. Mon ego, je le mets dans le livre fini, imprimé, distribué, dans les mains du lecteur. Avant, il n’existe pas en quelque sorte, il est en gestation.

Personne ne vexe une femme enceinte en lui disant :

« Là, ta gastrulation est un peu molle du genou et toutes les cellules en train de migrer vers l’épiblaste n’ont pas encore atteint le degré de maturation nécessaire. »

Ou alors, la dame est quelqu’un de TRES angoissé. ***

 

Le truc rigolo, c’est que malgré toutes ces relectures, il restera quand même des couillonnades !!!****

C’est ça qui est fou.

Un exemple ?

Plaguers.

Ce roman a été lu par une bonne quinzaine de gens différents, si ce n’est plus.

Et au dernier moment, tandis que je planchais sur le Bon à Tirer, encore une semaine et le bouquin partait à l’impression, je m’aperçois d’un truc :

Scène A

Deux personnages meurent, ils sont pulvérisés par une vague d’énergie.

Scène B

Leurs camarades emportent les cadavres censément réduits en cendres trois lignes plus haut.

ARGH.

Quinze relectures, dont quatre ou cinq de redoutables pros, et personne ne l’avait vu et moi encore moins. La seule différence, c’est que j’avais eu le temps (deux mois) d’oublier le texte tandis que les autres avaient la tête dans le guidon. Mais ce sont eux qui m’ont permis d’oublier, figurez-vous, qui ont donné au roman la part d’étrangeté nécessaire dont j’avais besoin pour le relire d’un œil neuf. L’enfant avait grandi sans moi, je me suis aperçue qu’il avait besoin d’aller chez le coiffeur.

Deux mois plus tôt, j'aurais trouvé cette longueur adorable.

 

...

(à être continué)

 


 

 

 

* Bon c’est une évidence, mais je le dis quand même : si vos 15 bétas lecteurs ont dit un truc et que l’éditeur dit autre chose, ne brandissez pas vos avis contraires comme des étendards. Discutez, si ça vous fait plaisir, mais si au bout de dix minutes, l’éditeur persiste, y’a de grosses chances que ce soit lui qui ait raison. C’est son boulot.**********

** Je trouve marrant que la plupart des correcteurs soient des correctrices, mais selon moi c’est largement corrélé avec le côté maso indéniable de l’écriture.

*** Y’a aussi l’option « Vous êtes une super star de l’édition, vous vendez à un million d’exemplaires dans 140 pays et plus personne n’ose rien vous dire car même si vous sortez un guide des tabatières des îles Kerguelen à travers les âges, ça se vendra au moins à deux millions d’exemplaires dans 280 pays.

Mais dites-vous bien un truc, si on ne vous corrige plus rien, la plupart du temps, ce n’est pas parce que vous ne commettez plus d’erreurs… (Et la conclusion, je vous laisse y arriver tout seuls^^).

**** OK, l’écrivain TRES angoissé, c’est un peu pléonastique, comme groupe nominal. Mais ça se soigne, sisi. Trouvez un/e copine/ ain (un/e bon/ne), faites-lui régulièrement vos adieux au music hall, ou crevez d’horreur parce que votre manus est en lecture et ça passera. MAIS SURTOUT, SURTOUT n’emmerdez JAMAIS un autre écrivain avec vos doutes. Il a les mêmes, ou a eu les mêmes, pas la peine de lui tendre un miroir grossissant où il aura le plaisir mitigé de se retrouver sous votre avatar.******

***** Sans compter celles qu’on a rajouté en corrigeant.

****** Bon si c’est quand même un/e très bon/ne copain/ine, bien sûr vous pouvez, ça peut même être encore plus efficace parce que là, lui/ elle saura de quoi vous parlez et aura la bonne réaction : UN PUTAIN DE COUP DE PIED AU CUL !!

 Mais si c’est juste une connaissance, évitez. Y’a pas de raison de faire souffrir des gens qui ne vous ont rien fait.*******

******* Vous ne raconteriez pas votre épisiotomie ou votre cancer de la prostate à n’importe qui, hein ? Eh bien, c’est pareil !*******

******** Ou alors, tenez un blog  et larmoyez dessus à pleins baquets : les gens qui viendront malgré tout pour vous regarder geindre seront volontaires a priori.^^

********* Un des refrains favoris de Gérard Klein (Immortel éditeur de la collection l'Àge des Étoiles et de la collection Ailleurs & Demain) est "Le client a toujours raison" **********. Or, votre premier client, c'est l'éditeur, c'est même lui qui va payer le plus cher, même s'il espère vaguement faire AUSSI du blé avec votre prose.

********** Preuve que Gérard Klein ne dit pas QUE des conneries (Il en édite aussi, mais seulement pour des raisons commerciales************)

*********** Preuve qu'il ne fait pas QUE des conneries ! ************

************Douze notes de bas de pages, Yesssssssssssssss!

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