Je hais les acteurs

Publié le par Jeanne-A Debats

Ben Hecht, célèbre scénariste et romancier, a écrit un livre assez fun un jour, un polar déjanté avec monsieur Irma à turban et orgies hollywoodiennes :

"Je hais les acteurs"

Et j'avoue, j'avoue, je partage sa position.

Bon, pas au point de sauver le monde de ces raclures à coups de pic à glace comme dans le bouquin. D’autant plus que le mutant, fils aîné de mon église, fait tout ce qui est son pouvoir pour appartenir à cette secte pénible. Les enfants savent trouver mille moyens tordus pour vous décevoir..

La norme déceptive parentale, c'est quand même dealer du shit… Non, lui c'est déclamer du Shakespeare en prenant des airs de cormorans sur un rocher battu par les vents du Bosphore.

(Ne ricanez pas, je les ai vus, rien au monde n’arbore un air plus orgueilleusement pathétique que ces bestioles.)

La Preuve :grand-cormoran-1.jpg

 

Par ailleurs, je n'ai rien contre le fait qu'une branche de l'art quelconque fasse de la métabranlette à propos de son Arrrrrrrt.

Ou même se livre à la drosophilie rétrograde, antérograde et même plantigrade à son propos.

 (Moi, la première, bref...)

(Attendez mon prochain post de blog…)

Mais de tous les artistes (à part peut-être les plasticiens contemporains), rien ne me fout dans une colère plus noire que l’acteur de théâtre ratiocinant sur les grandeurs et les misères du métier.

Surtout quand en prime, ils glorifient des méthodes pédagogiques qui tiennent du terrorisme, et que j'abhorre tout particulièrement...

(Donner des instructions cryptiques, pousser le débutant à se planter gravement, l'écraser ensuite, soi-disant pour le "libérer". De quoi ? Certainement pas de son gourou de prof à qui il lèche les bottes pour éviter la prochaine baffe.)

Ceux de cinéma ne me font pas cet effet-là, même quand ils se livrent aussi à la métabranlette. Ne serait-ce que parce qu’en fait, c’est le réalisateur qui joue avec ses marionnettes. Le truc surtout, c’est qu’au cinéma, je ne les vois pas eux. L’ego passe difficilement la barrière de la pellicule.

Tandis qu’au théâtre…

L’ego dégouline, sue, cerne et noie les spectateurs dans une vague de guimauve autocentrée et de private jokes poussives.

Quel que soit le rôle, quel que soit le talent, la modestie, ça n’est pas le rôle que je vois, c’est le type. Et celui-là n’est pas comme Juliette ou Roméo, on ne me l’a pas présenté, je n’ai pas forcément envie de le connaître.

Ben non.

Voire pas du tout, vu que je ne confonds pas le rôle avec le type, et que le mec/la nana celui avec le/laquel/lle ça m’intéresserait de causer, c’est le/la scénariste ou le/la dramaturge.

(Donnez-moi 5 mn avec Hélène Cixous qu’on s’engueule^^)

Je ne suis pas de celles qui se ruent à l’entrée des artistes.

Et ça me fait chmirr d’applaudir.

SiSi.

Et pas seulement à cause de ma fibromyalgie qui rend l’exercice douloureux. Je suis gentille (SiSi), j’applaudis forcément. À moins de trois rappels, je me sens coupable. Et je déteste cette prise d’otage affective.

Parce qu’ils aiment ça, ces cons. Et que si on ne le fait pas, ils vont se suicider au cointreau fraise ensuite. Alors quelle qu’ait été l’étendue de mon ennui, pendant les heures perdues devant la pièce, j’applaudis.

En râlant.

Moi, lorsque je finis un bouquin, je m’offre un verre whisky avec mon bonhomme, parfois on va au restau, mais je convoque pas le ban et l’arrière ban pour qu’il me congratule. Bienheureuse encore, quand un brave garçon (merci Lone Sloane au fait) vient me dire trois ans plus tard que la Vieille Anglaise lui a bien fait plaisir, à lui l’amateur de SF.

Parce que lui, au contraire de certaine encyclopédie de SF récente,  s’est aperçu que j’en écrivais^^.

Bon, c’est vrai que depuis un moment on a FB, pour poster nos affres écrivaillones, et que les copains viennent liker en masse nos succès ou nous balancer du câlin à tour de bras en cas d’échec. Mais ce n’est pas pareil, d’ailleurs 80 pour cent d’entre eux sont des auteurs, des vieux copains ou même nos éditeurs. Et puis on fait pas payer pour ça.

Sauf Annie Hernaux.

Un danseur classique de ma connaissance me déclarait il y a peu : « La danse doit paraître facile ; tout doit paraître évident, transparent. Le spectateur ne doit pas sentir les heures de travail, de sueur, de larmes derrière, c’est irrespectueux pour lui et au fond ça ne lui raconte qu’une seule histoire : celle de l’artiste. Dont  il se fout. »

Quant à Stanislas Lem, il disait de la SF que c’était la seule littérature à se préoccuper de l’humanité, les acteurs de théâtre se contrefoutent de l’humanité comme de leur premier loup en dentelles. Ces dernières années, ce qui les branchent, ce sont les acteurs et le théâtre.

Et moi je m’en tape.

Je ne dis pas que ça ne fait pas de bonnes pièces, je ne dis pas qu’elles sont mal jouées, ni mal montées. Je dis que ça m’emmerde et que ça me fout en colère.

Je m’explique assez bien d’ailleurs cette colère, elle n’est pas dénuée de mauvaises pensées.

Mon problème avec ça, c’est l’ego (encore une fois). Et moi-même je n’en suis pas dépourvue, c’est le moins qu’on puisse dire. Les acteurs qui se regardent dans le miroir et détaillent leur nombril m’en tendent un autre TRES grossissant où je n’aime pas me regarder.

En gros, la coquetterie, je comprends, ô combien, j’ai des milliers de pampilles à la maison pour en témoigner, mais la métacoquetterie, je trouve ça indécent et superfétatoire.

Ça me donne chaque fois une envie folle d’envoyer tout ce petit monde torturé pousser des wagonnets au fond des mines, histoire de lui apprendre la véritable signification du mot « affres ».

Je suis désolée vraiment.

Et à part ça « La Marionnette et son double et Vitez en effigie » au Théâtre aux mains nues à Paris 20° est pas du tout un mauvais spectacle, c’est même souvent très rigolo, très bien joué, juste,voilà, c'est du théâtre.

Avec des acteurs.

 

(Mon dieu, y'avait même du Claudel !)

 

MOI, mon ego, je.

 

Si pas vous, allez-y.

 

moliere.jpg

 

T'façon, j'aime pas Molière.

 

Et j'assume.

 

(sisi, même dans Dom juan)

 

(Sorry)

Publié dans BadtasteReich

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