Le mammouth landais s'acclimate très bien en Belgique.

Publié le par Jeanne-A Debats

 

hossegorQuand j’étais gamine et en vacances l’été, mon grand-père, le vieux djennoun, nous faisait lever à cinq heures du mat et on commençait à charger la caravane et le voilier sur son chariot. On sortait la vieille cantine militaire (parachutée par les Américains en 43) la pelle (parachutée par les Canadiens en 44) et les gilets de sauvetage (parachutés par les Anglais en 45). J’ignore si on emmenait la Gatling (Brigades internationales, 36) mais ça aurait pu être le cas, vu que les préparatifs en question renvoyaient les apprêts des futurs explorateurs de la Cloche tibétaine au rang de check-list de Vanity-Case.

Tout cela dans le brame furibard de mon grand-père et ma grand-mère, en pleine forme depuis quatre heures du matin. Ces deux-là ne surent jamais partir sereinement, ce qui est un comble quand on connaît leur nom de famille *.

Et où allions-nous comme cela, armés, bardés, sellés, bridés, tels des héros de Jules Verne ?

Oh, terriblement loin.

Au moins cent kilomètres.

Dans un petit village des Landes au bord de la mer, alors inconnu des guides touristiques en ces temps reculés.

Hossegor.

Une autre planète.

De la lande, de la dune, des blockhaus un peu partout (mur de l’Atlantique oblige)**, de magnifiques maisons basques clairsemées au bord du lac ouvert qui donne sur l’océan…

Le rêve.

Une fois arrivés après un voyage de trois heures ponctué de nausées enfantines, d’arrêts pique-nique, de pannes récurrentes (le vieux djennoun croyait s’y connaître en mécanique et la déjà antique DS faisait de son mieux pour le conforter dans cette opinion), on garait la caravane et on sortait la pelle.

Aussitôt, on se relayait pour creuser la tranchée autour de notre bivouac. Le vieux djennoun avait lu César, il trimballait donc des idées très arrêtées sur la nécessité d’un campement rationnel, avec zone de défense avancée, barbacane, prévention des cyclones et autres remparts contre les écureuils qui en ces ères révolues étaient de véritables bêtes féroces.***

On craignait également les raids de chenilles processionnaires.

Quant à moi, je m’interrogeais : Spartacus aurait-il pu prendre ce fort-là comme il l’avait fait de celui de cet abruti de Gaius Claudius Glaber ? J’en doutais. Mon grand-père ne sous-estimait jamais l’adversaire.

Puis on allait poser des filets dans le lac afin que le calvaire de ma grand-mère soit complet dès le lendemain midi : qui se taperait d’écailler les poissons myopes prisonniers de nos nasses, hein ? Je vous le demande ?

Mais je n’oublierai jamais l’odeur de plastique du gilet de sauvetage qui m’enveloppait jusqu’aux genoux**** ni la sensation agréable/désagréable du short mouillé, au fond du bateau rouge, glissant dans un crissement doux entre les joncs sur les flots couleur de lait  aux aurores.

Parfois au retour, on passait devant la jetée d’une grande maison silencieuse, très belle, blanche avec des colonnes, des colombages rouges et verts et cernée d’hortensias si énormes qu’ils en prenaient des statures de plantes carnivores et le jardin des airs de jungle primaire.

Et le vieux djennoun disait d’un ton particulier :

–– C’est la maison de Rosny Aîné.

Je le savais bien pardi, mais j’acquiesçais sans rien ajouter.

Il n’était pas besoin d’en dire plus.

Magie.

 Je voyais Helgvor du Fleuve Bleu se dissimuler derrière les pins parasols, Eyrimah se mirait dans les eaux calmes et le félin géant ronronnait entre deux pilastres. *****

Helgvor

J’ai appris depuis, lors d’une conversation avec Serge Lehman, que cette même maison avait été longtemps un phalanstère d’écrivains, Rosny y avait reçu Blasco Ibañez (Une de mes futures idoles, auteur de l’immortel « Quatre cavaliers de l’apocalypse »)***** Paul Margueritte et d’autres dont j’ai oublié les noms.

J’ajoute à l’intention d’une mienne amie qui, outre son talent dans le domaine fantastique est aussi la grande prêtresse du muffin, que l’un de ses favoris,  Julien Gracq, y passa également.

Bref.

À ce stade, vous vous demandez peut-être où je veux en venir avec mon évocation de ces âges farouches où je traînais en short dans la forêt landaise poursuivie par deux ou trois Sciurus Vulgaris (Sciuri Vulgares, pour les puristes).

C’est très simple : j’ai l’immense honneur d’être nominée cette année encore pour le prix Rosny Aîné et comme vous venez de le lire, pour moi ça veut dire beaucoup.^^

Votez donc pour moi.

plaguers

Siouplé.

Cela dit, je ne suis pas nominée toute seule, il y en a d’autres…


Romans :

- Vincent Gessler : Cygnis (L’Atalante)

Votez pour lui, Vincent est l’agité du bocal de la SF Suisse, peut-être que ça le calmera (et puis comme il n’est pas là, les votants échapperont à cette manie qu’il a d’embrasser tout ce qui lui tombe sous la main quand il reçoit un prix) et Cygnis est un merveilleux roman.

- Michel Jeury : May, le monde (Robert Laffont)

Votez pour lui, Michel est le Comte de Champignac de la SF, c’est un homme adorable et un écrivain parfait, May le Monde est un extraordinaire roman également.

- L. L. Kloetzer : CLEER (Denoël)

Votez pour lui, Laurent est le Mr Smith de la SF, son costume est une splendeur et il est très gentil pour un type issu de la matrice. (Et son roman est superbe.)

- Xavier Mauméjean : Rosée de feu (Bélial)

Bon votez pour lui, y’a des dragons, mfffffffffff. ^^

- Laurent Poujois : L'Ange blond (Mnémos)

Votez pour lui, je ne le connais pas mais son roman est très, très bon.

- Laurent Whale : Les pilleurs d'âmes (Ad Astra)

Votez pour lui, Laurent est le pirate de la SF, il a une superbe moto et des pistolets de duel, il ne peut pas être totalement mauvais, (et son roman est le meilleur space op que j’ai lu depuis longtemps)

 

Nouvelles :

 

- Oliver Castle : Atomic Girl et moi (in Super-héros !, Parchemins & Traverses)

Votez pour lui, je ne le connais pas, mais cette nouvelle valait le voyage.

- Lionel Davoust : L'Importance de ton regard (in L'importance de ton regard, Black Coat Press)

Votez pour lui, il est le paparazzi (Zo, pour les puristes) pour dauphins de la SF, c’est cool, et l’Importance de ton regard est vraiment une très belle nouvelle.

- Thomas Day : La Ville féminicide (in Utopiales 2010, ActuSF)

Votez pour lui (mffff) il est le champion ex aequo du tee-shirt improbable de la SF (avec René Marc Dolhen). (Mais j’ai pas lu ;)

- Sylvie Denis : Les Danseurs de la lune double (in Galaxies n°9)

Votez pour elle, elle est la Dame Discrète de la SF et sa nouvelle est formidable.

- Kanatas : Poussière (in AOC n° 14)

Votez pour elle / lui, je ne le/ la connais pas du tout, j’ai pas lu, mais y’a pas de raison !

- Timothée Rey : Suivre à travers le bleu cet éclair puis cette ombre (in Des nouvelles du Tibbar, Les Moutons électriques)

 Votez pour lui, il est le dieu du titre hallucinant de la SF (sans compter ses performances dans le happening esthétique culinaire) et sa nouvelle est splendide.

Bref.

VOTEZ POUR NOUS !!!!!

Siouplé.

 

 

 

 

* Serin, sisi

** Ils ont presque tous disparu, cette année, je n’en ai vu qu’un du côté de Libourne.

*** Vous ricanez mais vous n’avez jamais été mordu par un écureuil, moi si.

****Je n’avais pas exactement le format d’un FFI moyen à l’époque.

***** Dans le meilleur des cas, c’était un gouttière lacéré de glorieuses cicatrices qui régnait sur les trois jardins avoisinants.

****** Autre livre du Top Familial auquel l'héritier n'échappera pas, surnommé tendrement « les quatre Ginettes » parce qu’en espagnol, cavalier se dit « jinete ».

Oui, je sais.

 

 

 

 

 

 

(Illustrations : 1 Chamsay; 2...? 3 F.Perrin)

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Commenter cet article

Lionel Davoust 09/08/2011 00:41



Bravo Jeanne pour ta nomination ! (Et j'aime beaucoup ton évocation d'Hossegor)


Merci pour la campagne électorale: si l'on ne vote pas pour nous, c'est à désespérer! :)



Jeanne-A Debats 09/08/2011 01:33



Ah ben l'avantage de faire campagne pour tout le monde, c'est qu'on ne peut pas être déçu du résultat, s'pas ? :)