Sacrilège au petit-déjeuner.

Publié le par Jeanne-A Debats

2011-07-31 10.18.59Longtemps je me suis levée de bonne heure, parce que le chant du muezzin de la mosquée à deux pas, c’est très spirituel, mais en même temps, ça vaut largeos n’importe quelle sirène d’alerte à la bombe.

Ça réveille et ça donne envie d’aller se doucher après un bon café.1

Ce matin, non.

Ce matin, je suis de retour au Kansas. Et ce qui m’a réveillée, c’est la prise de bec d’une de mes voisines d’en bas2 avec un touriste. Ça hurlait « Pas de cameras, pas de cameras !» à plein poumons et à 7 heures du matin.

C’était moins spirituel déjà, mais ça m’a donné une impression de décalage cognitif pas piquée des coléoptères : je suis revenue dans un monde où le touriste, l’emmerdeur en caleçon à fleurs et à appareil photo, ce n’est plus moi, c’est l’autre.

Je me suis penchée, mon café à la main, pour admirer la scène4. Une de mes grandes brunes préférées toisait un petit type blond comme les blés, rouge comme  un homard5, sanglé dans ses sac à dos et lui expliquait avec une fermeté difficile à ignorer6 dans un anglo-germain qui devait tout à Gabin et Lino Ventura que « Photo nicht autorisazzion', strictly forbidden, raus ! »

Le petit type se recroquevillait de partout7, et même s’il tenta de discuter un brin histoire de ne pas rapetisser de même aux yeux de la dame8 qui lui collait aux pataugas, il cana et le quartier reprit son rythme habituel : ronron des scooters, sirènes des flics et conflits conjugaux par les fenêtres ouvertes9.

Je me remis à siroter mon café, tentait d’appeler ma meilleure copine pour lui apprendre que je n’avais pas été enlevée par le PKK et que par conséquent elle devait renoncer à porter cette délicieuse voilette noire à mon enterrement, ainsi qu’à l’organisation de la veillée funèbre pour laquelle elle envisageait sereinement l’acquisition d’un camion-citerne de margaritas ainsi qu’une demie tonne de cierges d’ambiance madarine-basilic. Déçue, la copine me prévint que, par conséquent, elle allait prendre sa douche et son café pour me rappeler ensuite. En bas, le petit type penaud enfilait la rue10, poursuivi par la gouaille de ma grande brune de voisine et de ses potesses, très en forme en ce début de semaine.

Parvenu à l’angle du boulevard 12, il se mit à feuilleter frénétiquement un livre dont je reconnus bien la mise en page très classique, vu que j’avais eu affaire à une du même genre toute la semaine dernière : un guide de voyage.

C’est sans doute CE bouquin-ci qui envoyé CE type-là dans CETTE rue.

Au motif, sans doute, que, je cite : « Atmosphère, atmosphère, typique, loin des sentiers battus, trésors cachés, le vrai, l’authentique... » 13. Je peux l’affirmer sans avoir lu son guide au malheureux microscopisé, et je suis sans doute en mesure d'en réécrire quelques passages au besoin.

Après quelques secondes de réflexion, je me suis levée de mon poste d’observation, j’ai fouillé dans ma valise et là, j’ai fait une chose absolument hérétique :

J’AI JETÉ UN LIVRE.


  O_o14


X_x 15

 

Si.

À la poubelle.

C’était « Le guide du Routard, Istambul »16.

Si, si.

Je vous expliquerai demain.

Là, il faut que me remette de mon sacrilège.

Café.18

 

 

 

 

1. Ben quoi, ça ne vous fait pas cet effet-là les sirènes d’alerte à la bombe ?

2. Pour ceux qui ne le sauraient pas: j’habite dans une rue particulière et mes voisines exercent une profession particulière également, et très injustement imposée alors qu’elle n’ouvre droit à aucune couverture sociale.3

3. Mais nous en reparlerons. Sachez toutefois que cette profession particulière conduit à  envisager la géométrie des trottoirs et des aménagements urbains d'une manière tout à fait inhabituelle.

4. Et parce que je suis une incorrigible commère.

5. Où avait-il pu choper un coup de soleil pareil, ici ? o_o

6. La cravache à pommeau d’argent est un accessoire indispensable à une bonne fermeté difficile à ignorer.

7. Et sans doute jusque dans des endroits que ma mère et mon ministre m’interdisent d’évoquer en public.

8. La même mais avec plus de seins et de cheveux.

9. Les gens capables de se lancer dans un conflit conjugal avant le petit déjeuner devraient divorcer.

10 À défaut d’autre chose 11

11. Pardon, c’est nerveux.

12. Hors de portée de la cravache, donc.

13. On peut continuer comac des plombes.

14. Smiley censé exprimer l'intensité de ma sidération consternée.

15. Et les remords subséquents.

16. Ne me dénoncez pas, pitié.

17. J’en reste sans voix.18

18. Ça vous fera des vacances. 19

19. Mais pas longtemps, faut pas rêver non plus.

Publié dans Omphalos

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Sylvaner 19/08/2011 23:34



La demande de non-dénonciation portait, je crois, sur la possession dudit livre, et non sur son élimination sacrilège... ou bien j'ai mal interprété ?


Et je ne dénoncerai pas, mais ça démange : posséder un guide touristique dont l'existence a mis quasi-directement en péril la publication en français du "hitchiker's guide to the galaxy", c'est
pas joli joli pour un membre éminent du domaine fanatique...


... et sinon, je préfère aussi la version chiffrée, rapport aux nombres naturels de l'autre jour et tout... ce qui me permet de dire que le 18 est inséré dans le texte en lieu et place du 17.



Lucie 17/08/2011 12:58



En tout cas, mon astygmatisme préfère nettement la version chiffrée !



troll de la forêt de Pied-Ferme 17/08/2011 11:55



c'est pas pour cafter, mais y'a des NBP surnuméraires qui squattent ton billet


 


il ne me surprendrait qu'à moitié que tu ne les ais rapportées en contrebande (1) d'outre-bosphore ; feraient n'importe quoi pour rentrer dans l'U.E...


 


(1) ne cherchez pas, il n'y en a pas



Lhisbei 17/08/2011 11:23



OMG jeter un livre ! Hérésie ! Vite un bûcher ! Prévenez le grand inquisiteur ! (et surtout précisez lui que le bûcher est déjà prêt ...). Ne vous inquiétez pas Dame Jeanna-A vous aurez un procès
équitable... même si l'utilisation de smiley et de notes en bas de billet ne plaide guère en votre faveur...