Scènes de la schizophrénie ordinaire 1

Publié le par Jeanne-A Debats

Ce qu'il y a de terrible dans la vie, c'est que tout le monde a ses raisons, disait Jean Renoir dans son film fabuleux "La Règle du Jeu" * et moi de rajouter :

"Il vaut mieux éviter de connaître celles des autres, ça permet de ne pas hésiter une fois le doigt sur la gâchette."

 

Parce que voyez-vous, si on sait, on comprend ; et si on comprend, on compatit, ou on est con tout court, au choix, voire en binôme.

Rien n'aide mieux à se coller une bonne schizo et ainsi mieux comprendre les soucis du voisin que se retrouver un jour de l'autre côté d'une barrière qu'on a l'habitude de considérer d'ailleurs.

Par exemple, je suis prof, mais bêtement je me suis reproduite avec un optimiste délirant et du coup nous avons eu ce qu'on appelle un enfant officiellement, et un gremlin, parfois un alien, rationnellement.

Les enfants sont la plaie** du prof au quotidien, surtout quand ils le poussent à se transformer en PARENT d'ÉLÈVES !

Argh!

  Ainsi, il y a quelques années, l'Héritier se trouva embringué dans des soucis avec son professeur principal et sa mère*** fut convoquée par la dite collègue.

D'une petite discussion avec l'Héritier, il était ressorti que la collègue appartenait à la catégorie de profs nuisibles qui confondent autorité avec hystérie et grattage de papier au km avec pédagogie. La parole seule de l'Héritier ne suffisant pas (vous n'imaginez pas le nombre de profs séropos, dépressifs, ou simplement SS que cet enfant a prétendu avoir : à ce stade, l'EN aurait été un vaste asile)**', une conversation avec la CPE et le médecin du collège confirma la chose cependant : la collègue était vraiment branque.

Ça arrive, il y en a.

Comme partout.

Sauf que là, je savais que la méthode classique de réclamation "Si tu continues à emmerder mon môme, ça va chier" n'allait pas fonctionner. Je connais ce genre d'oiseau, si je faisais mine de foncer dans la dame, l'Héritier passerait le reste de l'année au bagne.*****

 

Aussi, suis-je arrivée à la convocation, tout sucre, tout miel, toute compassion, toute sainteté.*****

  Et lorsque la collègue eut fini de dresser la liste des crimes (réels****** ou imaginaires) de l'Héritier me sommant ensuite d'appliquer une sanction très sévère et très injuste, fis-je un sourire tremblant et articulai-je d'un bout de lèvres frémissantes :


-- Je comprends mais c'est que voyez-vous, il y a un problème...


-- Ah, bon ? fait la collègue glaciale, s'attendant à (dans l'ordre) "Mon fils est précoce , il s'ennuie en classe", "Mon fils est gentil, vous êtes une salope", "Mon fils est génial, vous êtes une conne dangereuse qui ne sait pas enseigner".


-- Oui, mais voyez-vous, l'Héritier vous admire tellement ! (Voix extasiée)

 

(La collègue béante, on ne la lui avait jamais faite celle-là)


Je profite de son mutisme sidéré pour ajouter :


-- L'Héritier a tant d'estime pour vous ! Il se fait siiiiiiii haute idée de vos attentes que cela le paralyse, il n'ose plus rien faire, il n'en dort plus, la crainte de vous décevoir... (Sanglots, voix trémulante) et moi je me tourne vers vous car je suis démunie, je ne sais pas comment l'aider. (Sanglots bis, voix brisée)

 

Totalement neutralisée, attendrie aux larmes, la collègue promit tout ce que je voulais pour aider l'Héritier à répondre à ses attentes sans courir au suicide par désespoir, mépris de soi et amour d'elle.

Contre-torpilleur coulé : l'Héritier passa une année tranquille auprès d'une femme que tout le département considérait comme un danger public, elle l'adorait.*******

 

Même pas honte.

Bonne semaine à tous.*********

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Avec Dalio, sublime en La Chesnaie

** Ou la paie, une fois par mois.

**' euh... je n'ai rien dit, finalement.

*** Moi****

****Mfff !

***** Et même avec un prof normal, genre moi, je connais l'effet de la stratégie "Ça va chier"; en général, il faut des abîmes d'abnégation et de recul sur soi pour résister à la tentation de faire payer le gamin pour ses parents. J'y parviens en général, mais je préfère éviter ce cas de figure.

****** Je sais, c'est inimaginable, vous ne m'auriez pas reconnue.

******* Certains devaient bien l'être, la feignasserie en particulier.

******** Autant qu'elle le pouvait en tout cas.

********* N'essayez pas ça avec moi.

Publié dans Omphalos

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Maere 22/09/2011 11:25



L'avantage de la schyzophrénie, c'est que tu connais bien  ton ennemi :-p


Mais tant que tu ne commets pas l'erreur de mes parents (i.e. avoir ton propre gamin en classe), ta santé mentale n'est pas entièrement en danger.



Daelf 22/09/2011 10:05



OMG

On peut prendre note et ressortir la méthode ?
On peut en avoir d'autres des comme ça ?


/D., faut que je trouve un endroit où noter qui existerait encore dans une dizaine d'années