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Jingle Hells (track two)

Publié le par Jeanne-A Debats

Jingle Hells (track two)

Alphonse était persuadé que les « K » mijotaient quelque chose. C’était tout à fait exact, je les avais sommés pour cela. Il n’était pas difficile de planter des idées dans ces crânes vides, la place ne manquait pas. L’ancienne maternité toute proche, désormais désaffectée, mais rachetée par une mystérieuse boîte de soi-disant consulting en biotechnique regorgeait de matériel – pardon, matos – hors de prix, sans compter l’argent – pardon, la thune. Mes petits favoris temporaires en bavaient d’avidité, ne cessant de jeter des coups d’œil peu discrets à la façade du lourd bâtiment années cinquante qui défigurait soviétiquement la place du marché.

Ils y étaient nés ainsi que la plupart des gens du quartier, mais ça n’expliquait pas cet intérêt fasciné. Alphonse n’avait pas manqué de s’en rendre compte. Ça ne m’arrangeait pas, mais je me rappelle m’être dit qu’il laisserait couler. Grossière erreur d’appréciation, dont j’eus bien de la chance de ne pas avoir à me mordre les…

Bon.

Certes, Alphonse ne songeait qu’à rejoindre sa dulcinée septuagénaire, à Céline, à Tafa, à l’oie même. Je m’étais arrangé en outre pour que ces rêveries soient vraiment taraudantes, poursuivant ses narines joviales d’un doux mélange de parfum à la lavande mâtinée graisse de volaille au four. Mais des décennies de programmation patriarcale vinrent entraver mes manœuvres. J’avoue que j’avais négligé cet aspect de la question lorsque j’avais poussé mes débiles chéris à se réfugier dans sa taverne après leur éviction par ce lâcheur de Driss. Sur le moment, je n’avais pas trouvé intelligent de les laisser tourner en rond autour de leur objectif, au vu et au su de tout ce que la ville contenait de pandores.

Bref, l’ancêtre ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter des turpitudes à venir de ses ouailles. Il les avait vus croître en furoncles et en bêtise, ça crée des liens. C’est bien naturel.

Lorsque la dernière ampoule s’éteignit sur la façade de leur cible, Karl, Kamel et Kevin s’empressèrent de quitter les lieux avec un air innocent qui les aurait fait pendre illico dans d’autres parties du monde. Aussi, Alphonse décida-t-il de voir un peu dans quelle nouvelle mélasse idiote, ils couraient se fourrer. Il éteignit le plafonnier central, laissant son établissement baigner dans une faible lueur bleue sans doute issue d’une veilleuse cachée derrière une bouteille et les suivit.

Il se carra dans son antique perfecto et se coula derrière les trois andouilles dans les ruelles perpendiculaires à la place. Le vent s’était mis de la partie, des rafales glacées fouettaient les pommettes et cinglait les oreilles. La chaussée traîtresse glissait sous les rangoes comme une savonnette. Les réverbères timides éclairaient des cercles mesquins de boues en voie de congélation. Mais l’air qui fleurait bon la neige et les hydrocarbures était d’une limpidité de cristal. Alphonse aperçut très distinctement mes sombres idiots mesurant du regard les grilles du bâtiment. Je décidai que c’en était trop, dépêchai le vent souffler du côté des Champs Elysées et renvoyai le blizzard à ses chères études. Un bon vieux smog à couper au couteau ferait mieux mes affaires. J’espérai y dérober mes sbires aux yeux encore trop vifs de leur poursuivant.

Peine perdue, malgré une purée de poix presque londonienne, il les pista à l’oreille grâce au porte-clés de Karl et aux bottes à chaînes de Kevin qui tintinnabulaient avec de petits sons argentins grotesques. Il les surprit à l’instant où Kamel franchissait avec difficulté les grilles de la maternité décatie. Le beau « beuret » était le dernier car il avait fait la courte échelle aux deux autres.

Alphonse mesura la clôture du regard, renonça à l’escalade en haussant les épaules, avant de prendre en hâte une ruelle adjacente. Trois pavillons plus loin, Le vieux biker poussa un portail qui avait dû être pimpant dans les années soixante-dix et pénétra dans le jardinet envahi de rebuts hétéroclites et de broussailles d’une maisonnette abandonnée aux volets violâtres. Il se faufila entre les graminées gelées et les appareils ménagers démantibulés jusqu’à l’arrière-cour. Là, une porte de bois de la même couleur que les volets et mangée de termites s’ouvrait dans un mur mitoyen. Elle s’effondra au deuxième coup d’épaule, pourtant à peine plus convaincu que le premier.

Alphonse s’engagea dans l’étroit passage entre le mur du jardin et l’immeuble, examinant les soupiraux à la base de ce dernier les uns après les autres. Autrefois, quand il était minot, les fenêtres du sous-sol étaient le moyen le plus sûr pour pénétrer dans la maternité et le vieil homme s’y était planqué une paire de fois dans ses parties de cache-cache avec la flicaille. Désormais, c’était impossible : les ouvertures étaient condamnées par un grillage rébarbatif qu’il aurait été difficile de vaincre à la scie à métaux.

Alphonse haussa les épaules derechef, se résignant à faire le tour de l’édifice. Normalement, il aurait préféré disposer de sa propre entrée de service, voire issue de secours, mais les « K » avaient forcément eu un plan pour se glisser à l’intérieur et le vieil homme doutait qu’il avait été subtil. Il pourrait sans doute emprunter la même voie qu’eux.

Bingo ! Une porte secondaire pendait misérable sur ses gonds défoncés. Elle était défendue par une serrure digitale et une caméra, mortes toutes deux ainsi qu’en témoignaient les diodes éteintes sur leurs boîtiers respectifs. En passant, Alphonse les examina et se demanda instantanément pourquoi trois mille sirènes différentes ne résonnaient pas à leur faire péter les tympans pour rameuter l’intégralité des poulets privés de réveillon qui rodaient dans le coin.

Au lieu de cela, le clocher voisin sonna onze heures et malgré les frissons que me causait ce bruit atroce, je ricanai. Évidemment, les trois ahuris n’étaient pour rien dans la défaillance de l’alarme ni de la caméra. Ils n’avaient même pas pensé à leur présence éventuelle, sans parler du courant électrique qui habituellement faisait ronfler le haut de la grille qu’ils venaient de franchir. En revanche, ça ne vous surprendra pas d’apprendre que je suis assez doué avec ce qui implique des étincelles, jusque dans ces jolies choses qu’on appelle des circuits électroniques, n’est-ce pas ?

Le silence succéda à la litanie sinistre du clocher, Alphonse n’hésita plus et pénétra à son tour dans le couloir illuminé par les néons blafards. Dix mètres plus loin, un embranchement l’arrêta, il tendit l’oreille. Les coups de feu claquèrent à cet instant précis. Le vieux biker hésita à nouveau : se prendre une bastos qui ne lui était même pas destinée n’entrait pas dans sa conception d’une soirée réussie, même celle de Noël. Puis, l’image du beau Kamel et de ses potes baignant tragiquement dans leur sang s’imposa à son esprit.

J’étais assez fier de cette vision, je l’avoue. Je l’avais soignée, notamment les yeux noyés de larmes des trois pathétiques débiles. Il aurait fallu un cœur de titane pour résister à cet appel au secours. Celui d’Alphonse était un artichaut, tout juste plaqué alu, et je venais de changer d’avis. Il allait m’être utile, en fin de compte : les ressources de mes dark minables ayant trouvé leurs limites exactement un étage plus haut.

(to be continued)

Publié dans Nouvelles

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Jingle Hells (track one)

Publié le par Jeanne-A Debats

Un conte de Noël pour fêter cet été si pourri qu'il ne parvient même pas à l'être 24h sur 24h :

nouvelle  dans le cycle de Navarre, sans Navarre,

mais avec Lucifer et Alphonse le Biker en guest morning stars...

(Un peu de ACDC ? Ou de Wlakwithneydead ?)

(Un peu de ACDC ? Ou de Wlakwithneydead ?)

J’ai l’impression que les anges font de la rétention anale, en prime de leurs petits problèmes de définition de genre. Sinon, ils auraient renoncé à cette idée : réclamer une histoire de Noël de mon cru.

Il n’y avait que moi qui n’avais pas encore apporté ma contribution à l’Anagnose Mielleuse. Je rajoute « mielleuse », vous vous en doutez. L’esprit de Noël, ça n’est pas vraiment ma partie. C’est même ma contrepartie, si j’ose dire. Mais bon, le privilège de contempler ce grand échalas de Gabriel, la plume basse et l’auréole en berne, se dandinant dans mon salon et osant à peine poser la question, n’est pas donné à tout le monde. Rien que pour cela, ça valait le coup. D’habitude, il me snobe d’une hauteur qui mériterait à elle seule sa catégorie olympique, c’était presque orgasmique que de le voir embarrassé. J’ai donc accepté, ne serait-ce que pour l’air délicatement consterné qu’il arbora ensuite.

Quand on ne sait pas ce qu’on veut…

Je hais Noël. J’abomine Noël. J’exècre les vitrines dégoulinantes de faux ors et de victuailles sous le nez des petites marchandes d’allumettes roumaines à l’agonie, l’odeur du sapin mourant dans le séjour, le cri désespéré des volatiles sacrifiés en masse, les familles stressées qui agressent les postières parce que le jouet du petit n’est pas encore arrivé, la dispute obligatoire du jeune couple dans la voiture avant le réveillon chez les beaux-parents, la vexation du cousin oublié dans la distribution générale de cadeaux improbables, les programmes télé intolérables, sans compter les suicidés de minuit, l’heure où la solitude vient les toucher pile entre les deux yeux. C’est à Noël itou que les boutiques de cochonneries ornementales font leur plus gros chiffre d’affaires et rien que cette raison devrait suffire à faire effacer cette date purulente du calendrier. Ce n’est pas tant que j’aime le monde dans son ensemble, non, vous vous en doutez bien, c’est seulement que j’ai horreur du mal stupidement traditionnel.

En revanche, j’aime bien les motards.

Notamment, les vrais. Ceux qui arborent des favoris à faire damner une petite maîtresse dix-neuvième (siècle) et conduisent des Harley capables de réveiller l’intégralité du douzième (arrondissement) au démarrage. Même s’ils ont leurs défauts, eux aussi : entre autres celui de cogner parfois à mort la blondinette décolorée qui orne l’arrière de leurs chromes, ou de l’empêcher d’avoir sa propre moto. Sans doute ont-ils peur qu’il lui pousse un cerveau après qu’elle ait appris à distinguer une clé à pipes d’un kit de tunning. Il est vrai que le risque est grand, en cas de floraison inopinée des synapses, que la jeune dame se trotte en compagnie d’un individu plus recommandable.

Je n’en déteste pas pour autant les wannabe motards ; ceux-là ont un scooter centenaire qu’ils garent deux rues plus loin que leur zinc de prédilection dans lequel ils feront une entrée triomphale, un casque rutilant sous le bras. J’ai un faible pour les minables : en cas de crise, ils sont capables d’agir de façon passionnante. Le dark minable, c’est carrément le top, si vous me passez toutes ces expressions modernes (En tout cas, on m’a affirmé qu’elles l’étaient.). Le dark minable recèle des ressources insoupçonnées refoulées depuis des années et qui ne demandent qu’à être employées à mauvais escient. Qui supplient même pour l’être.

C’est l’histoire d’un vrai motard et d’une bande de nuls que je vais vous conter.

Il était donc un vingt-quatre décembre, dans la banlieue parisienne, à Montreuil-sous-Bois, plus précisément. L’horloge se traînait aux alentours de dix heures du soir. Il avait neigé la veille, mais la température s’était radoucie entre-temps si bien qu’une boue noirâtre avait remplacé très vite le blanc manteau de rigueur. On pataugeait dans la bouillasse répugnante, transi de froid et d’humidité malsaine, les joues rougies et la goutte au nez.

Au bar de L'Escale, le vieil Alphonse, ancien Hell’s Angel garanti sur facture et rangé des bécanes depuis plus de trente ans, avait renoncé à passer la serpillière sur le carrelage souillé. De toute façon, il n’attendait qu’une chose, cet homme-là : que les trois jeunes crétins boutonneux déguisés en bikers d’opérette veuillent bien libérer son café de leur présence. En d’autres temps, ces guignols n’auraient même pas osé lui demander l’heure ; là, ils ne cessaient de réclamer d’autres tournées de la bière la moins chère du comptoir, tout en ne se bousculant guère pour régler l’addition.

Alphonse sentait la moutarde monter à son nez olympien qu’il avait cassé en plusieurs endroits et à différentes époques. Lui, il ne rêvait que de l’oie rôtie qui l’attendait chez Déborah sa vieille copine, en compagnie de Tafa, son fils adoptif, et la femme de ce dernier qui, elle, attendait plutôt un bébé. Alphonse était tout chose chaque fois qu’il jetait un œil gêné à ce ventre de plus en plus rond. N’empêche, il crevait d’envie de retrouver sa famille et ce soir-là, il avait espéré fermer plus tôt. Le réveillon, rien à battre : Déborah et Céline étaient juives, Tafa, très vaguement musulman quand il y pensait, et, lui, Alphonse ne croyait ni à Dieu ni à …

Passons.

Au lieu de cela, il avait hérité des trois « K » que Driss le patron du bar d’en face avait dû se résigner à virer pour la énième fois. Il y avait Karl le gros black, laid et boutonneux qui haïssait l’univers entier. En face de lui trônait Kévin, son clone gaulois mais en version faf, rasé jusqu’à l’intérieur de la tête, tellement niais qu’il ne s’était toujours pas aperçu que ses deux meilleurs potes – et les seuls en ce monde – appartenaient à deux genres dont il prétendait désirer ardemment la disparition de la surface de la Terre. Kamel, le joli petit beur, assis en bout de table, l’œil bleu vert et le cheveu de jais, était doté des rares neurones de la meute, mais il en faisait volontiers profiter ses deux camarades.

Le CPE de leur ancien collège, les surnommait les « trois cas ». Les mains courantes les concernant soutenaient plusieurs fois le plafond du commissariat voisin mais personne n’avait encore pensé à transformer ces pilastres de papiers en plaintes en bonne et due forme. Ils n’étaient même pas parvenus à se rendre suffisamment nuisibles.

(To be continued)

Publié dans Nouvelles

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Clap clap de fin

Publié le par Jeanne-A Debats

J'aimais bien Robin Williams.

Clap clap de fin

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L'été, c'est le temps des Critiquaquatiques (2)

Publié le par Jeanne-A Debats

Top ten des critiques qu’on peut balancer à un critique[1]

 

1) Il  n’a pas lu le livre[2]. VAPLPCP[3]

2) Il attribue à l’auteur un projet qu’il n’avait pas, et du coup le juge loupé[4].

3) Il réécrit le bouquin à la place de l’auteur. [5] VAPLPCP

4) Il reproche à l’auteur des erreurs inexistantes.[6]

5) Il déniche une incohérence qui n’existe que dans sa tête et parce qu’il n’a pas lu le bouquin jusqu’au bout. (Ou ses suites)

6) Il s’indigne du fait que les héros utilisent des références aux livres du même genre, comme si les héros en question DEVAIENT habiter une uchronie où le genre n’a pas vu le jour.

7) Il voit deux fois un mot qui l’agace et décide que c’est trop sur 800 pages.

8) Il décide que le personnage de cruche[7], là, représente l’essentiel des convictions de l’auteur quant aux femmes, ou que l’insupportable macho[8] est la preuve du féminisme exacerbé de la romancière… VAPLPCP

 (Le fait que ces gens existent dans la vraie vie n’a aucune espèce d’importance.)

9 ) Il décide que par définition[9] les opinions du personnage principal sont celles de l’auteur.

10) Il s’indigne que l’auteur se « soit fait plaisir [10]».

11[11]) Il présume d’office que l’auteur ne sait pas ce qu’il fait (voir 2, 3, 5, 6, 9)

12)[12] Il déteste le bouquin parce qu’il est copain avec untel qui hait l’auteur[13].

 

 

 

 

 

[1] Si on a du temps à perdre, qu’on s’ennuie, et pas peur de passer pour un connard sans dignité avec la bave aux lèvres.

(Moi, ça me gêne pas^^)

[2] Et ça se voit.

[3] Valide Aussi Pour Les Pires Critiques Positives.

Il y’en a.

[4] Ben tiens !

[5] Coupe, rallonge, change l’importance d’un personnage, le sens de l’histoire, la structure du scénar, tant et si bien qu’à la fin t’as un peu envie de lui balancer la critique numéro 1 du top ten précédent.

[6] Bien vérifier quand même, avant de brailler.

[7] Syndrome de Podkayne, fille de Mars

[8] Syndrome du Sécateur

[9] Syndrome de Marcel Proust.

[10] Le plaisir, c’est le mal, même en littérature. Pour la scène de cul, de viol, de massacre : manifester urbi et orbi l’intense malaise que vous avez eu à l’écrire. D’ailleurs, hurlez partout que vous écrivez pour ne pas crever. C’est sûrement vrai, mais c’est pas obligé d’être la mine non plus.

[11] Je ne sais toujours pas compter.

[12] Et ça se voit.

[13] Et ça se voit. (Arguments ad hominem, mettant en cause le chat, la femme, l’homme, la vie sexuelle de l’auteur, ses positions hardies pendant une guerre quelconque et son caractère de merde) (Tout cela pouvant être totalement vrai mais n’ayant que peu à voir avec la littérature)

(Le Kritique dans le Kollimateur, allégorie)

(Le Kritique dans le Kollimateur, allégorie)

Reste que se friter avec un critique est dans l’ensemble toujours une mauvaise idée.

 Le salopard a beau jeu, il est gagnant à tout coup :

ce qui reste après la guerre, c’est sa foutue critique orientée, partiale, maladroite qui parle de VOTRE[1] BOUQUIN[2].

 (Ce qui n’empêche pas le salopard de prendre des airs de pétunia quand il lui arrive de s’en manger une d’un auteur ulcéré, ou de ses fans outrés.)

(Lui chantonner « C’est le jeu, ma pauvre lucette » sur l’air de la carmagnole)

 

[1] Qui du coup existe.

[2] Oderint dum metuant.

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L'été, c'est le temps des Critiquaquatiques

Publié le par Jeanne-A Debats

Le top ten des critiques à NE PAS BALANCER à un critique :

 

1) T’as qu'à essayer d'écrire, tu causeras après[i].

2) Quand on se cache derrière un pseudo, on la boucle[ii]. Nooooon[iii] !

3) Contester un argument de goût : « Moi j’aime pas le post apo[iv] » OK, il/ elle n’avait qu’à pas en lire, mais si on avait été vraiment bon, ben on aurait dépassé cet a priori. En tout cas, on n’a pas été ASSEZ bon, pour CE lecteur-là. Se résigner à ne pas plaire à tout le monde.(Et dites-vous que l’argument de goût est le moins pire en fait^^) (c’est même mon préféré) J’ai un de mes critiques favoris[v] qui peut pas supporter mon héros récurrent, je lui en veux pas du tout (Puis faut avouer que Navarre est un sale môme^^)

4) Y’a des fautes d’orthographe[vi].

5) Le critique est mal baisé, il se venge[vii].

6) C’est un con. C’est fort possible, mais ça ne résout rien : la plupart des gens sont des cons, les lecteurs sont des gens, donc…

7) Le critique dit « C’est nul » au lieu de dire « je pense que c’est nul [viii]»

8) Tous les autres ont aimé, pour qui il se prend[ix] ?

9) Il n’aime pas ton livre, mais il aime Twighlight[x].

10) Il a pas le bagage littéraire nécessaire pour juger du style, du scénar, du[xi]

11[xii]) c’est normal qu’il ait pas aimé, il est copain avec untel qui me hait[xiii].

 

 

 

 

 

 

[i] Oui, Dudule, ou alors tu n’écris que pour les collègues ? Ça s’appelle un lecteur, ça, sisi.

[ii] Un peu de bonne foi, Totoche, le milieu est pas assez grand, tu le connais forcément le désagréable contempteur de ton œuvre immortelle, ou alors tu vas le connaître très vite. Y’a pas que la NSA qui trouve des renseignements en deux clicks sur internet

[iii] Parce que toi, Trucmuche, tu t’appelles VRAIMENT Georgina Wiltman ? o_o

[iv] Ou la romance, ou les nouvelles à chute, ou le polar.

[v] Coucou, Philippe ! <3

[vi] Dans tes manus aussi, Bidule, avant que la correctrice passe armée de prolexis ou antidote. (Et même après^^)

[vii] Comme vous êtes tous les deux dans ce cas, statistiquement, (Les gens bien baisés ne courent pas les rues, le monde serait plus cool.) je serais toi, Tatave, je la bouclerais.

[viii] T’as pas l’impression de sodomiser des diptères rhétoriques, là, Totor ?

[ix] Faut vraiment que j’explicite ça ? Perso, je pourrais JAMAIS regarder le docteur Who trop de gens adorent^^.

[x] Je suis hyper fan de certains films de Michael Bay, sisi, et ceux de Bergman (toi aussi, Chouchou, cherche dans ton panthéon l’horreur inavouable : tu es sûr de pas écouter en boucle les valses de vienne, ou Florent Pagny quand personne est dans le coin ?)

[xi][xi] C’est bien possible, c’est même certain, seulement RAPPEL : si tu écris, Mon petit chat, que pour les universitaires et les collègues (bis) tu ne mangeras pas souvent.

[xii] Oui je sais pas compter.

[xiii] C’est peut-être vrai mais ça va être difficile à prouver publiquement sauf si l’autre a franchement passé les bornes. (ça arrive)(voir « critiques valides à balancer » dans post ultérieur)

(Une librairie après le passage d'un Critique, allégorie)

(Une librairie après le passage d'un Critique, allégorie)

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ImaJ'nère Interview

Publié le par Jeanne-A Debats

Mon portrait chinois par jean-Hugues Villacampa en mai 2014

Publié dans Interviews

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Ayas, Humour et esprit de la commune

Publié le par Jeanne-A Debats

Roland Wagner était l'un des piliers des séminaires de Peyresq. A ce titre, les Peyrescans que sont certains d'entre nous, ont désiré lui rendre hommage à travers la dernière table ronde qu'il anima pour nous.

"Ayas, humour et esprit de la commune" est l'enfant de ce désir.

En compagnie d' Estelle Blanquet, Simon Bréan, Jean-Luc Gautero, Samuel Minne, Pascal J. Thomas, Jean-Louis Trudel, Eric Picholle, ainsi que de trois nouvelles-hommages, sous la plume d'Ugo Bellagamba, Claude Ecken et moi-même  avec :

RÔ, L'improbable

Ayas, Humour et esprit de la commune

 

" Paris. France. Aéroport Charles de Gaulle. 01 mai 2084. 12h51.  Enregistrement officiel  restitué, Aya  n°666.

Du fond de sa guérite à l’entrée des pistes de l’aéroport, Georges le gardien ouvrit des yeux exorbités. Une fille malingre se perchait en équilibre sur le mur d’enceinte à quinze mètres de là. La paroi de béton blanc était censément électrifiée sur toute sa hauteur, et au sommet en particulier. Ou quelqu’un avait désactivé le système, ou la gamine était déjà morte.

Georges secoua sa terreur pour sortir en vitesse. Il poussa un soupir de soulagement lorsqu’il la vit balancer les jambes et atterrir avec souplesse. Elle portait un tee-shirt bleu ciel maculé de larmes magenta et vert anis sous laquelle ses petits seins ronds pointaient. Ses longues cuisses flottaient dans un sarouel du même bleu que le tee-shirt, rayé d’un orange flambant. Ses cheveux blonds voletaient sur ses omoplates saillantes. Un renard en slip kangourou gambadait à ses côtés.

Elle divagua à travers les allées de hautes herbes, sinuant entre les pistes d’atterrissage, cueillant au passage des brassées de marguerites sauvages et de bleuets. Elle ne s’arrêtait pas pour les coquelicots. Elle savait peut-être qu’ils ne tiendraient pas cinq minutes, une fois coupés. Le vent emporta une odeur de foin et de fleurs jusqu’à la guitoune.

Sidéré, Georges n’eut pas un geste pour arrêter la promeneuse, il se rua vers le mur d’enceinte. Il le considéra un moment et fit la dernière connerie de sa vie. Il testa l’électrification de la clôture avec le doigt.

On ramassa son cadavre carbonisé quelques heures plus tard, avec ceux des petits animaux fouisseurs et des oiseaux imbéciles..."

(To be continued-------> )

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Tu sais que tu es un écrivain quand...

Publié le par Jeanne-A Debats

Ce dimanche, c'est Lionel Davoust qui nous emmène au temple de la SFFF !

Tu sais que tu es un écrivain quand...

(Avec l'aimable autant qu'involontaire participation de Sylvie Miller, Nicolas Barret et Willy 30 )

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Le Miroir d'Electre dans la Décade de l'Imaginaire

Publié le par Jeanne-A Debats

Publiée en 2012, dans l'anthologie Fragments d'une Fantasy Antique, dirigée par David K. Nouvel Le Miroir d'Electre concentre tout ce que j'ai pu dénicher de fun, jadis, dans la mythologie. Mythologie qui est la source infinie où je bois mon inspiration :

mes muses ont beau voguer dans l'hyper-espace en talons aiguilles, elles s'y adonnent en peplum.

Le Miroir d'Electre dans la Décade de l'Imaginaire

 

À Maere qui m’a montré la voie.

 

« Si vous faites intervenir un dieu, faites que le dieu soit digne de dénouer le drame »

Anonyme XXI° siècle

 

Contrairement à l’opinion répandue dans son entourage, mademoiselle Violette Nodier n’était pas une psychopathe. Elle en avait pourtant tous les dehors, certaines options de luxe comprises. Ainsi, lors de toutes ses sorties à l’extérieur de chez elle, elle arborait un masque et des gants chirurgicaux qu’elle ne quittait que dans l’intimité féroce de sa chambre. Ce n’était pas non plus -- malgré les supputations de son psychiatre, le bon docteur Deluc ­-- une pauvre névrosée affligée de troubles obsessionnels du comportement compliqués d’agoraphobie et de nosophobie.

Nonobstant, Mademoiselle Nodier donnait bien le change au cher homme, avec une habileté qui la plongeait du chignon au talon dans des fleuves obscurs roulant des flots de culpabilité noire. Elle allait le voir sur l’ordre de sa mère, non par nécessité intime, ce qui constituait un premier crime. Contre la psychanalyse...

 

(To be continued et téléchargeable gratuitement ---> )

(à l'occasion de la Décade de l'Imaginaire des éditions l'Atalante)

Publié dans Nouvelles

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Mayday

Publié le par Jeanne-A Debats

Mayday

Cette nouvelle est une des toutes premières que j'ai écrites.

Elle avait trouvé place dans la très belle anthologie de Nathalie Dau " Les héritiers d'Homère" aux défuntes et très regrettées éditions Argemmios.

 

 

 

Le bain est encore bien tiède. Je m’immerge jusqu’au cou, paisible, sereine, oh si sereine ! Si sirène ! Je ris doucement, très doucement. Puis je saisis l’éponge, la serre, la presse, la broie et ça coule, coule, roule, roucoule le long des parois. Je l’imprègne d’un savon aux algues dont l’odeur suave, si suave, se mêlera avec délicatesse aux senteurs salées qui envahissent la salle de bains. Il ne faut pas d’eau trop chaude, surtout. Je me suis fait un masque d'ocre, un masque d'art, un masque d'acre, d'argile ou d'alacrité.

Je frictionne doucement mes cuisses minces, minces… Mince alors ! Je chantonne pour couvrir les bruits derrière la porte. Il est là. Il fait sa valise. Un peu vite. Un peu n’importe comment. Comme tout ce qu'il fait d'habitude. Je l’entends fourrager dans les tiroirs et tout mettre en vrac dans ses bagages. Pour quelqu’un qui part avec une plus jeune, plus belle, plus riche, je trouve mon époux tout penaud, très pataud, bien piteux.

Oh, pitié ! Mais c’est tout lui, ça ! Pas même le courage de ses mauvaises actions. Avant, il se reposait sur moi pour les commettre. Il m’appelait. Mayday.

« Au secours! Mayday ! »

Et je venais à son secours. Par amour. Toujours. S’il est ce qu’il est, c’est que je suis intervenue tant de fois !

Il l’a oublié. D’ailleurs il ne m’appelle plus que Maman. Maman ?

Maman.

Moi ?!

Ma maman, ma mie, ma manie.

« Va demander à Maman ! » dit-il souvent.

Et ils viennent vers moi parce que Papa, de toute façon, est trop occupé ou donnera une réponse sans intérêt. Trop occupé à courir la gueuse, trop occupé à gérer ses affaires. Alors Maman, hein ? Maman, la tueuse de dragons, la dénicheuse de trésors, celle qui connaît les histoires secrètes, qui font si délicieusement peur, et le nom des étoiles ; qui dénoue les filets et détruit les pièges les plus subtils... Eh bien, c’est mieux, n’est-ce pas, mes chéris ?

C’est fini maintenant, je ne serai plus Mayday pour personne. Pas même pour eux, puisqu’il veut me les prendre.

J’ai les cuisses lisses, lisses ; et glisse l’eau colorée comme sur une feuille de lotus, sans laisser de traces.

« Ouvre, Maman ! »

C’est lui. Je chantonne plus fort en me rinçant soigneusement. Assise au fond de la baignoire, je noue mes cheveux qui se raidissent en tresses fines et longues, longues. Tiens, j’ai un peu de corne sous le talon ! Où est la pierre ponce ? Ah non, elle est sur le lavabo double ; un lavabo pour moi, un lavabo pour lui. Nous ne partageons vraiment plus rien, c’est tellement triste.

« Ouvre, Maman ! »

Il se répète. Il ne dit pas les mots magiques. Il n’a jamais rien compris à la magie.

« Maman, ils vont être en retard ! »

Je me laisse couler au fond pour ne plus l’entendre. Ils ne seront pas en retard. Ils ont tout le temps. Moi aussi. C’est lui qui est pressé de rejoindre son oie blanche, si blanche et millionnaire.

Il frappe à la porte comme un furieux. Qu’il est bruyant ! Il me fatigue. le masque a résisté au plongeon mais il est encore trop humide pour que je le retire. Je sors du bain. Mon pied laisse une marque pourpre sur le tapis de bain écarlate. La salle de bain est rouge et verte, c’est très beau.

« Mayday ? Ouvre, s’il te plait ! »

Ah ! Il s’est souvenu de la formule ! Ce n’est pas trop tôt. Je déverrouille en souriant :

« Entre, mon chéri ! »

 

***

 

 

Il n’entre pas. Son visage arbore une expression tout à fait drôle. Il est bien étonné ! Le rouge me va si bien ! Il fait un pas en avant et tombe. Il a marché sur une main, petite, si petite… C’est vrai que je les aie abandonnées un peu n’importe où. Les têtes, en revanche, sont bien rangées sur les étagères : côte à côte, leur regard tourné chacun dans une direction différente. C’est plus équilibré. J’ai fait attention de poser une assiette dessous, ainsi ça ne tachera pas les serviettes sur l’étagère inférieure. Cela dit, quand j’ai ouvert la gorge de nos enfants au dessus de la vasque de la baignoire, j’ai bien attendu que tout coule au fond. S’il en reste, ce ne sera pas grand-chose. Je n’aime pas le gâchis, ni les taches. Les jambes et les bras m’ont posé un problème, mais j’ai trouvé une solution pour les pieds : je les ai placés près des pattes de lion de la baignoire. C’est très amusant : de loin, on dirait qu’elle peut partir se promener.

Il ne dit rien. Il garde la bouche ouverte et son regard va de mon visage, verdi par le masque, à mes épaules rondes, si rondes – blondes arondes, entrez dans la ronde – encore marbrées de petits caillots qui s’écaillent et tombent en paillettes minuscules, minuscules…

Je me frictionne fort, très fort, parce que ça gratte un peu, maintenant.

Puis il fixe les bras et les jambes qui dépassent un peu du sac de linge sale.

Les torses démembrés sont dans l’armoire. il y avait la place.

Il gémit.

Il n’a jamais su faire que ça : gémir et gémir encore.

 

Cette fois,

qui

Vas-tu

Appeler

Au secours,

Jason,

Mon amour ?

 

Publié dans Nouvelles

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