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Asmodeus ex machina (1)

Publié le par Jeanne-A Debats

Cette nouvelle, corrigée par Lucie Chenu, est parue dans le magazine Géante Rouge n°19 en 2011.

Vous pouvez la lire, la citer, caler des fichiers virtuels avec, l'utiliser en classe ou ailleurs -- si une idée aussi hallucinante vous traversait l'esprit -- mais bien sûr à la condition de rendre à Jeanne ce qui est à César.

(IE lui en attribuer la maternité.)

(Toi aussi, cause comme Alain Delon)

Asmodeus ex machina (1)

 

 

On ne pend pas de crémaillère le soir du Premier Contact.

 

Les invités s’étaient vautrés dans les canapés et scotchés à l’écran de mondovision. À des milliers de kilomètres de là, sur les docks métalliques de l’astroport intra système, les diplomates de cent pays souverains défilaient en combinaison spatiale d'apparat devant un sas obstinément fermé.

Hélène se rappelait son déplaisir croissant et les exclamations surexcitées qui jaillissaient des coussins lui donnant des spasmes d’agacement devant le buffet presque intact.

La bière maison, en revanche, avait été lampée comme du petit lait tandis que les commentaires fusaient à chaque nouvel ambassadeur déboulant sur le tarmac. Les couleurs des nations bariolaient leurs tenues officielles pressurisées et leur parade incessante rappelait l’arrivée des joueurs et de leurs pompom girls, un jour de tournoi. Seule la main fine de Lila pressée dans celle d’Hélène l’avait retenue de prononcer d’obscures malédictions qu’elle était seule à connaître encore. Elle s’était consolée en se réfugiant dans son antre, abandonnant sans remords les rênes de la réception à sa compagne. Elle avait attendu le départ des indésirables, une tasse de verveine fraîche en main, parmi ses in-octavos chéris et ses alambics.

L’IA mobile, Azrael IV (les trois précédentes finissaient leurs « jours » dans un Virtuel de Repos Définitif) avait failli faire une attaque quand Hélène l’avait sommée de lui apprendre les règles du solitaire avant de se décider pour une partie de Hell’s League dans laquelle elle s’était montrée d’une efficacité remarquable pour une débutante.

Toutefois, Azrael s’était bien gardée de protester; même lorsqu’Hélène, au lieu de l’inviter à la partie comme l’usage l’aurait voulu, l’avait renvoyée à ses chères études, à savoir une compilation exhaustive des diverses recettes de philtres d’amour sur dix-sept siècles. Cependant, tout en constituant dossiers et liens, en établissant correspondances et variations, Azrael n’avait cessé de maugréer sotto voce contre le recruteur qui lui avait fourgué cet emploi. Le type avait argué de similitudes indéniables entre la sorcellerie et l’informatique : il ne connaissait pas Hélène, c’était évident.

C’est pourquoi elles manquèrent le meilleur, toutes les deux : c'est-à-dire le moment où des hurlements éclatèrent dans le salon, des cris qui ressemblaient énormément à ceux qu’on entend lorsque l’équipe favorite de l’assistance vient de se manger une pénalité indiscutable et décisive à l’ultime seconde.

Les pétales d’argent du sas s’étaient épanouis sur une fleur de feu qui avait englouti les diplomates, les navires voisins puis la station et enfin les caméras de contrôle mondial qui l’entouraient. La dernière image du vaisseau étranger fut retransmise par une petite maligne dotée d’une consœur d’Azrael, un chouïa paranoïaque, qui s’était planquée dans son angle mort, à tout hasard. La trajectoire ne laissait aucun doute : le prochain match se déroulerait sur la Terre.

Les jours suivants furent confus, et force était à Hélène de reconnaître qu’elle avait un peu perdu la notion du temps. Elle n’était pas la seule : la moitié de la planète au moins l’avait définitivement égarée, et le reste s’apprêtait à le faire, impuissant et rentrant les épaules. Les déferlements de feu et d’acier s’étaient momentanément arrêtés. Hélène supputait qu’on en était à la première mi-temps et que l’équipe adverse évaluait le score comme suit :

" Vaisseau étranger compteur bloqué, Terre zéro."

Hélène supputait, mais elle pleurait en même temps. Elle berçait contre elle le cadavre noirci de Lila, au coeur torturé et bouillant d’une cité morte. très longtemps après, elle laissa retomber les morceaux de charbon encore tiède où perduraient les formes admirables de son amour défunt. Elle frotta instinctivement sa jupe pour éliminer les traces noires qui dissimulaient avec hypocrisie son incroyable saleté, puis tenta de se redresser avec un gémissement. Il y avait un groupe de survivants et de blessés un peu plus loin, peut-être pourrait-elle faire quelque chose.

Un toussotement l’arrêta. Il était assez mal rendu : Azrael avait toujours été nulle dans ce genre de manifestations humaines.

— Hélène ? Tu vas pas me laisser là, dis ?

Il convient de souligner que la note geignarde sur la dernière syllabe était parfaite, cette fois.

Hélène jeta un coup d’œil sur la sacoche noire qu’elle n’avait pu se résoudre à abandonner dans l’incendie de son appartement et retint un soupir d’exaspération mêlée de pitié :

— C’est la fin, Az’. Tout ce que je peux faire, c’est soulager temporairement ceux-là, dit-elle en désignant une petite bande de blessés.

— Emmène-moi, supplia l’autre. Me laisse pas là, toute seule, à computer en boucle dans le ciment comme une idiote comptable. J’ai un programme diagnostique ! acheva-t-elle d’un ton triomphant.

Hélène soupira franchement. Ce coup-là, Az’ l’attendrissait, et ce n’était pas le moment de se rasseoir pour se remettre à sangloter. Ou alors elle ne se relèverait pas, ce qui finalement n’était peut-être pas une si mauvaise idée que ça. Elle se pencha donc pour saisir l’anse de plastique noir sans ajouter un mot. Az’ eut le bon sens d’en faire autant.

Les survivants les accueillirent d’un regard morne. Ils la connaissaient depuis toujours. Autrefois, ils se riaient d’elle dans son dos de façon à peine dissimulée, en ces temps d’auto médics quasi infaillibles et d’opération à cœur ouvert, où les patients faisaient des parties d’échecs ou bavardaient en attendant qu’on les referme. Ils se laissèrent panser et soigner avec morosité, à l’aide de pain moisi et de toiles d’araignée dénichés dans les décombres. Certains quittèrent la vie sous les doigts fermes et indifférents de la jeune sorcière par pur esprit de contradiction et conviction idéologique.

Az’ était outrée par cette attitude lamentable, mais sa patronne ne fit même pas mine de s’en apercevoir : elle bandait, recousait, traitait, le regard vide et l’âme éteinte au milieu des ruines du monde.

De toute façon, la pluie de feu recommença quelques heures plus tard, anéantissant leurs efforts conjugués en moins d’une demie seconde.

Seul un pur miracle les sauva : une bouche de métro les accueillit quand elles y furent projetées par le souffle d’une explosion et, si les tunnels souterrains s’effondrèrent, l’arc-boutant de béton de l’entrée les protégea in extremis. Toutefois, Az’ et Hélène se retrouvèrent enfouies sous une couche de débris de plusieurs tonnes, dans une poche de quelques mètres cubes qui ne laissait rien présager de bon à long terme.

Lorsqu’elles se furent un peu remises, Az’ fit le point sur la situation avec une précision toute numérique :

— Là, on est VRAIMENT dans la merde !

(To be continued)

Publié dans Nouvelles

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Vampires à Contre-Emploi : Christian Vilà

Publié le par Jeanne-A Debats

Et aujourd'hui, ladies and gentlemen :

Christian Vilà !!!!!!

Vampires à Contre-Emploi : Christian Vilà

 

Qui êtes-vous ?

Mouahaha ! On se vouvoie, maintenant ? Auteur « pro », et je n’en suis pas peu fier, même si ça ne nourrit son homme qu’un jour sur trois, j’écris depuis une quarantaine d’années. J’ai à mon actif environ 70 publications : romans, nouvelles, scénarios d’albums BD, bouquins « non-fiction ». J’ai aussi co-écrit trois scénars télé, un long-métrage, « western africain » prêt à être tourné (sans doute à l’automne). Hormis ça, petits boulots dans l’édition, plus un certain nombre d’articles de presse. Je suis par ailleurs coprésident du Syndicat des écrivains de langue française (S.E.L.F), en compagnie de quelqu’un que tu… pardon, vous connaissez un peu.

Pour vous, la bit-lit, ça se mange ?

Je n’en ai jamais consommé et à vrai dire, ça ne me démange même pas. Quoi que… Cette nouvelle vampirique pourrait m’avoir donné envie.

Parlez-moi de votre nouvelle, comment l’avez-vous conçue ?

L’idée m’est venue à une terrasse de bistrot, en discutant autour d’une bière avec un ami dessinateur de BD. L’ami en question m’a parlé du jardin de son pavillon de banlieue, où des parasites qui ressemblaient à d’affreux raisins secs s’attaquaient à ses plantes, dont ils se gorgeaient de la sève à tel point qu’ils finissaient par paraître gonflés de « sang végétal ». Là, j’avais déjà tout : le sujet, le décor, le perso principal (mon pote, sous une identité d’emprunt et dans un état d’esprit conforme à la météo du calamiteux printemps 2013). Je n’ai pas cherché à documenter l’histoire des insectes ravageurs, mais j’ai un peu potassé la thématique du vampire. Comme par ailleurs l’anthologiste m’avait conseillé d’y aller mollo côté sexe – même si une histoire de vampire sans érotisme, ça me semble valoir à peu près autant que du pinard sans alcool – j’ai plus appuyé sur les émotions en écrivant une histoire d’amour « vampirique » dans un cadre, disons, de SF à court terme.

Vos projets ?

À paraître fin mars, dans la collection « Trash » des éditions du même nom, MurderProd, probablement le roman le plus brutal que j’ai écrit à ce jour. Après, j’en ai un autre en cours d’écriture, où le mot « trash » est pris au pied de la lettre et dont l’intrigue se situe en banlieue, dans un contexte d’anticipation à court terme. Plus, en préparation, un recueil composé tout à la fois de nouvelles inédites (majoritaires) et de quelques rééditions. Ainsi que des rééditions de romans, en numérique cette fois, chez ActuSF et chez Multivers. Côté BD, et toujours avec Stéphane Collignon au dessin, j’ai aussi un projet dans la lignée de mon roman Les Mystères de Saint-Pétersbourg.

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En attendant Epinal...

Publié le par Jeanne-A Debats

(Olivier Fresnay et Jeanne Von Stroheim)

(Olivier Fresnay et Jeanne Von Stroheim)

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Vampires à Contre-Emploi : Simon Bréan

Publié le par Jeanne-A Debats

And now ladies and gentlemen

Simon Bréan!!!

Vampires à Contre-Emploi : Simon Bréan

 1) Qui êtes-vous ?

Simon Bréan, chercheur en littérature s'intéressant en particulier à la science-fiction française.

 2) Et pour vous la bit-lit , ça se mange ?

Je n'ai que très peu abordé cette catégorie d'invention récente, et qui recouvre des productions disparates. Même sans chercher à faire querelle au terme lui-même, je dois avouer que je n'ai plus guère approché des vampires depuis certaines fictions qui ont signifié pour moi le summum de ce que j'attendais de cette figure ancienne : en littérature, ce qui est pour moi la trilogie d'Anne Rice (je n'ai pas vu l'intérêt d'aller au-delà de La Reine des damnés) a satisfait mon désir de trouver une forme de cohérence sociologique pour les vampires (une histoire, une mystique, des coutumes et traditions...) au cinéma, Vampires de Carpenter m'a enfin montré de vrais chasseurs de vampires, et après Blade 2 j'ai eu mon content de superpouvoirs vampiriques ; dans le domaine du jeu de rôles, l'esprit de Vampire: la Mascarade, dans sa première version, me semble difficile à surpasser.

J'ai lu et fréquenté des fictions vampiriques depuis, mais plutôt comme on retrouve de vieux amis d'enfance.

3) Parlez-moi de votre nouvelle, comment l'avez-vous conçue ?

 Une fois que j'ai compris que j'étais incapable d'écrire le texte parodique que j'avais envisagé, cette nouvelle a été conçue dans le plus grand respect pour la figure du vampire (ma dette à l'égard d'Anne Rice et de Vampire: la mascarade est évidente), .

Soucieux de trouver un angle justifiant le "contre-emploi" du titre de l'anthologie, je me suis demandé dans quelles conditions un vampire, ou des vampires, pouvaient devenir des héros, en évitant deux voies qui me paraissaient déjà explorées, la contrainte/le mercenariat (associés à un cynisme permettant de conserver au moins en parole la mauvaise réputation du vampire), et le malentendu (soit que le vampire agisse bien "par erreur", ou par pur opportunisme - et soit pris pour un héros - soit qu'en dépit de ses particularités vampiriques, il ait bon coeur).

Pour faire en sorte que mes vampires se montrent héroïques sans compromettre la version canonique (violent, assoiffé de sang, manipulateur...), j'ai donc envisagé un ennemi qui leur soit supérieur, et qui les place en situation d'alliance objective avec leurs proies habituelles (nous).

 J'ai été aussi guidé par le souci de faire du récit un texte de science-fiction, sans la moindre ambiguïté. J'ai repris la logique suivie par Matheson en donnant à voir une sorte de réalité biologique du vampire, mais j'ai tenté de fonder cette réalité sur autre chose qu'un virus, ou tout autre facteur biologique, qui me paraît de nature  justifier une infection telle que celle des zombies (qui correspond en fait au vampirisme de Matheson sur bien des points), mais pas la gamme particulière des facultés vampiriques.

De là , un réseau d'images s'est mis en place assez naturellement. Une expression latine est vite devenue la synthèse de tous ces aspects-là, et elle m'a inspiré le titre et la forme prise par plusieurs éléments importants. Au fond, je souhaitais examiner le vampire "sub specie aeternitatis", "en prenant le point de vue de l'éternité" (species m'a, on le devine, orienté vers speculum, le miroir).

 4) Vos projets ?

 J'ai plusieurs ambitions concurrentes. Il faudra d'abord déterminer leur compatibilité. D'ici-là, l'éternité attendra.

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Vampires à Contre-Emploi : Curval

Publié le par Jeanne-A Debats

And Now Ladies and Gentlemen

PHILIPPE CURVAL !!!

 

 1) Qui êtes-vous ?

Je suis ce que je suis et j’y pense activement. Car, si j’apparais en tant qu’être humain, c’est une illusion que j’entretiens. En réalité, je vis à mesure que je m’écris. Par conséquent, les amis, les parents, les proches, les ennemis, les gens que je côtoie, les livres, le cinéma, les paysages, les rues, les restaurants, les villes, les pays, les avions, les voitures, les avancées de la science, les chiens, les boissons pétillantes, le vin, notre planète, le soleil, l’espace et les vaisseaux qui vont avec, etc., font partie d’un roman (dont je publie de temps en temps des extraits) que j’ai commencé en naissant et qui n’est pas terminé pour l’instant.

 

2) Et pour vous la Bit-lit , ça se mange ?

 Pourquoi pas ? C’est le nom d’un vaisseau qui a fait naufrage dans les glaces avec le commandant Charcot.

 

3) Commment avez-vous conçu votre nouvelle ?

 Comme les vampires ont cessé depuis longtemps de m’intéresser, je l’ai conçue à partir d’un calembour, Vent pire, qui, chemin faisant, s’est transformé en Pire que le vent. À partir du titre, l’histoire est née sans peine. Jusqu’à ce que je me souvienne d’un petit roman du milieu du siècle dernier, où l’auteur avait inventé des suceurs d’argent qu’il nommait des eupires. Ce qui m’a conduit vers le retournement final de ma nouvelle.

 

4) Vos Projets ?

 Une nouvelle sur Paris  our le dixième anniversaire de La Volte, une nouvelle pour le numéro spécial de Galaxies sur le capitaine Némo, destinée à la convention S.F. d’Amiens. Un roman dont j’ai écrit les trois quarts dans un style très différent du mien, dont le sujet porte sur l’art dans le futur. L’édition complète d’Akiloë dont il n’est paru que la moitié. Un roman antibiographique racontant pourquoi et comment un jeune terroriste en puissance devient un auteur de science-fiction. Sans compter un best of de mes nouvelles et de nouveaux “décollages”.

 

Vampires à Contre-Emploi : Curval

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Un livre Smaragdin

Publié le par Jeanne-A Debats

 

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Bon, oui, Sylvie Lainé est une copine.

Et certes, elle est hyper vivante. Cependant, vous conviendrez que je ne me fends pas souvent d’une chronique à propos d’un auteur vivant, surtout proche.  Quand on a décidé comme moi de ne causer en littérature [i] que de ce ou ceux qu’on aime, on est rapidement accusé de copinage ou de lâcheté. Surtout que les vivants courent vite.[ii]

Alors, la lâcheté d’accord.

Parfois d’aucun[iii], ajoutent l’hypocrisie à la liste, mais non, celui-là se goure, l’hypocrisie serait si je ne le disais pas à l’impétrant lorsqu’il me pose la question. Or je le fais. Lorsqu’on me demande, et qu’on me demande vraiment, [iv] il m’arrive en privé de dire tout le mal que je pense d’un bouquin. Simplement, j’estime que ce n’est pas à moi, auteur, de retirer si peu que ce soit la cuiller de soupe de la bouche d’un autre auteur, donc je la boucle… en public.

Par ailleurs, c’est tellement ennuyeux de chier sur un bouquin, tellement facile. La blague à deux balles, le jeu de mots qui tue, l’accusation perfide, le mensonge pur et simple mais invérifiable (les meilleurs) et le procès d’intention, la liste est infinie des petits artifices dégueus qui permettent de faire ricaner [v] son lecteur à peu de frais[vi]

En revanche, dire du bien et rester haletant, c’est beaucoup plus difficile, et d’ailleurs c’est bien simple…[vii]

 je n’essaierai même pas.

 

 

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Disons-le net, j’ai tout lu Sylvie Lainé.[viii]

J’ai tout aimé. Il en est que j’ai adoré [ix] mais j’ai tout aimé.

Avant-hier, j’ai refermé l’Opéra de Shaya en soupirant, c’était déjà fini. 

C’est le problème avec les nouvelles, c’est court. [x]

C’est court, mais quand c’est bien fait, c’est dense. C’est toujours très dense avec Sylvie Lainé.  Simplicité, sobriété, densité, limpidité, de ces quatre mots, il est possible d’imaginer son style[xi]  La petite Sylvie Lainé qui passait sa philo jadis devait avoir bien du mal à sortir plus d’une double page pour ses disserts, elle avait dit l’essentiel, l’essence, pourquoi rajouter du gras ? Bon, et au passage, elle devait bien se payer la tête de ses professeurs, mais n’anticipons pas…

J’avais déjà lu Petits Arrangements Intergalactiques dans l’anthologie Contrepoints. Qu’il vous suffise de savoir que c’est drôle et intelligent, du pur Lainé qui éclate de rire face aux feux du soleil[xii] et des entités roses[xiii].

Un Amour de Sable est une merveilleuse nouvelle pleine d’un humour tout en délicatesse, ces gens qui se baladent au bord du gouffre sans y penser, qui y échappent sans le savoir, c’est tout le splendide aveuglement de l’humanité.[xiv]

Je ne causerai pas non plus de Grenades au bord du Ciel qui parut précédemment dans Utopiales 2013 sauf pour dire que jusque-là je pensais qu’elle lui vaudrait au moins le Rosny voire le GPI cette année, sauf que, sauf que depuis…

Ben, il y a cette novella, là, l’Opéra de Shaya. Lisez L’Opéra de Shaya. Relisez l’Opéra de Shaya ! Apprenez-la par cœur pour la rentrée, y’aura contrôle !

Voici ce qu’en dit son éditeur :

 « So-Ann, née dans un vaisseau spatial, a du mal à s’habituer aux coutumes étranges et contraignantes des mondes où se sont établis les humains. Alors quand elle entend parler de Shaya, cette planète où la faune et la flore sont en totale empathie avec ses visiteurs, elle n’hésite pas une seule seconde. Mais en vérité, qui s’adapte à qui ? Quels mystères se cachent dans ce monde qui semble idéal ? »

C’est juste la surface, bien sûr, une surface qui ressemble à un Deathworld inversé (ou pas), une surface qui possède des accents de Le Guin et de Mc Intyre. Qui aurait sans mal pu flirter avec Egan, vu le bagage de la dame et elle l'a fait quelques fois...

Mais...

c’est là que j’ai compris une chose d’elle, de Sylvie, toujours drôle, toujours simple, toujours lumineuse; ou qui passe, souriante à demi, de la lueur à l’étoile. Non, Sylvie Lainé, ça n’est pas simplement, une de nos meilleures novellistes française, voire LA meilleure, non.

 

Elle est, en toute transparence, la Ligne Claire de la science-fiction française.

L’Opéra de Shaya en est la coruscante[xv] preuve.

 

shaya32.jpg

 

 

 

 

[i] Parce que pour le reste, je ne me prive pas.

[ii] Et moi pas, surtout avec mon épaule en rade en ce moment.

[iii] Vi B’NB , c’est de toi que je cause mais pas méchamment, tu sais bien.

[iv] Ou qu’on m’emmerde, ça peut aussi

[v] D’ailleurs, j’adore le Blog de l’Odieux Connard.

[vi] Ou les merveilleux extraits, trempés dans le cyanure et la mauvaise foi,  du courrier des lecteurs de Fiction dont Philippe Boulier nous abreuve malicieusement sur FB en ce moment. Il va le vendre son Bifrost Poul Anderson^^ !!

[vii] Huhu. Même pas honte.

[viii] Enfin tout ce qui est paru en recueil : le Miroir aux Esperluettes, Espaces Insécables, Marouflages et en prime les Yeux d’Elsa qu’elle m’envoya jadis avec le magazine dans lequel parut cette nouvelle.

[ix] Un signe de Setty, Une bulle d’Euze.

[x] En revanche, on peut faire durer un truisme, tant qu’on veut.

[xi] Et moi avec mes pampilles et ma joncaille, ça me bluffe total.

[xii] Je sais, je m’autocite, c’est MAL.

[xiii] En revanche, le rose, c’est BIEN.

[xiv] Et qui me rappelle, le nombre de fois où dans la vraie vie je tombe des nues parce que je n’avais même pas vu qu’il y avait un loup… Il ne m’a pas bouffée parce que je ne le regardais pas, c’est tout. Mon drame permanent.

[xv] Ben voui, là, smaragdin, c’était dur à replacer

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scriptor in bibliotheca

Publié le par Jeanne-A Debats

Ce que j’adore avant de commencer un nouveau texte, ce sont les endroits farfelus où la nécessité de documentation nous entraîne.
Apprendre de nouvelles choses chaque jour est un bonheur, un plaisir.

 

  orang-copie-1.jpg

En soi.


Tout cela parfois pour répondre à des questions tout à fait dérisoires :

 

 



— Est-ce que les baleines vomissent ?
No news, j’ai fait comme si.


— La liste de tous les objets verts possibles 

(Et dans cette liste, une grenouille particulière de l’exacte nuance désirée, un vert un peu bleu tirant sur le céladon, sisi ) 

(Phyllobates terribilis)

(le céladon ça se voit pas bien sur mon écran, mais en vrai, ben c'est c'est vrai^^)

 

 

P.terribilis-copie-copie-2.png

 


(Ainsi que celle des adjectifs relatifs à la couleur verte)

(Que je vous livre ici in extenso)


Vert (ben tiens) (derrière on peut rajouter : pomme, gazon, wagon… etc mais c’est triché)
Émeraude (vi)
Smaragdin, e (je le colle partout celui-là, c’est un défi.)
Jade (huhu)
Tilleul
Prasin
Céladon
Véronèse
Viride
Anis
Sinople
Olive
Opalin, e
Pistache
Turquoise
Glauque (spé cassdédi à Vordaï)


— À quelle vitesse un corps se vide-t-il de son sang sous haute gravité ?
Très, très vite (Dixit un mien camarade médecin qui fut l’un de mes correcteurs pour Stratégies du réenchantement)


— Quelles plantes étaient utilisées comme pessaire abortif dans les forêts d’île-de-France au Moyen-Âge ?
Je me contenterais de dire que c’était croquignolet (et dangereux)


Pour Lance, dans l'anthologie Lancelot de Bagneux, je me suis lancée (huhu) dans des recherches tous azimuts sur la lance, les nazis, Hitler, non pas seulement historico-barjotes mais aussi  vers ce qui s’était fait d’excellent sur le thème dans d’autres genres, d’autres inspirations.

 

hitler.jpg

 


. (D’où le Tezuka que je conseille à tous et qui est un cadeau  de l’homme de ma vie).

 



Un texte donc, ça n’est pas seulement sortir de soi une histoire mais en faire pénétrer d’autres, c’est une magie à laquelle je ne renoncerai jamais.

Publié dans Scriptor in fabula

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Je hais les acteurs

Publié le par Jeanne-A Debats

Ben Hecht, célèbre scénariste et romancier, a écrit un livre assez fun un jour, un polar déjanté avec monsieur Irma à turban et orgies hollywoodiennes :

"Je hais les acteurs"

Et j'avoue, j'avoue, je partage sa position.

Bon, pas au point de sauver le monde de ces raclures à coups de pic à glace comme dans le bouquin. D’autant plus que le mutant, fils aîné de mon église, fait tout ce qui est son pouvoir pour appartenir à cette secte pénible. Les enfants savent trouver mille moyens tordus pour vous décevoir..

La norme déceptive parentale, c'est quand même dealer du shit… Non, lui c'est déclamer du Shakespeare en prenant des airs de cormorans sur un rocher battu par les vents du Bosphore.

(Ne ricanez pas, je les ai vus, rien au monde n’arbore un air plus orgueilleusement pathétique que ces bestioles.)

La Preuve :grand-cormoran-1.jpg

 

Par ailleurs, je n'ai rien contre le fait qu'une branche de l'art quelconque fasse de la métabranlette à propos de son Arrrrrrrt.

Ou même se livre à la drosophilie rétrograde, antérograde et même plantigrade à son propos.

 (Moi, la première, bref...)

(Attendez mon prochain post de blog…)

Mais de tous les artistes (à part peut-être les plasticiens contemporains), rien ne me fout dans une colère plus noire que l’acteur de théâtre ratiocinant sur les grandeurs et les misères du métier.

Surtout quand en prime, ils glorifient des méthodes pédagogiques qui tiennent du terrorisme, et que j'abhorre tout particulièrement...

(Donner des instructions cryptiques, pousser le débutant à se planter gravement, l'écraser ensuite, soi-disant pour le "libérer". De quoi ? Certainement pas de son gourou de prof à qui il lèche les bottes pour éviter la prochaine baffe.)

Ceux de cinéma ne me font pas cet effet-là, même quand ils se livrent aussi à la métabranlette. Ne serait-ce que parce qu’en fait, c’est le réalisateur qui joue avec ses marionnettes. Le truc surtout, c’est qu’au cinéma, je ne les vois pas eux. L’ego passe difficilement la barrière de la pellicule.

Tandis qu’au théâtre…

L’ego dégouline, sue, cerne et noie les spectateurs dans une vague de guimauve autocentrée et de private jokes poussives.

Quel que soit le rôle, quel que soit le talent, la modestie, ça n’est pas le rôle que je vois, c’est le type. Et celui-là n’est pas comme Juliette ou Roméo, on ne me l’a pas présenté, je n’ai pas forcément envie de le connaître.

Ben non.

Voire pas du tout, vu que je ne confonds pas le rôle avec le type, et que le mec/la nana celui avec le/laquel/lle ça m’intéresserait de causer, c’est le/la scénariste ou le/la dramaturge.

(Donnez-moi 5 mn avec Hélène Cixous qu’on s’engueule^^)

Je ne suis pas de celles qui se ruent à l’entrée des artistes.

Et ça me fait chmirr d’applaudir.

SiSi.

Et pas seulement à cause de ma fibromyalgie qui rend l’exercice douloureux. Je suis gentille (SiSi), j’applaudis forcément. À moins de trois rappels, je me sens coupable. Et je déteste cette prise d’otage affective.

Parce qu’ils aiment ça, ces cons. Et que si on ne le fait pas, ils vont se suicider au cointreau fraise ensuite. Alors quelle qu’ait été l’étendue de mon ennui, pendant les heures perdues devant la pièce, j’applaudis.

En râlant.

Moi, lorsque je finis un bouquin, je m’offre un verre whisky avec mon bonhomme, parfois on va au restau, mais je convoque pas le ban et l’arrière ban pour qu’il me congratule. Bienheureuse encore, quand un brave garçon (merci Lone Sloane au fait) vient me dire trois ans plus tard que la Vieille Anglaise lui a bien fait plaisir, à lui l’amateur de SF.

Parce que lui, au contraire de certaine encyclopédie de SF récente,  s’est aperçu que j’en écrivais^^.

Bon, c’est vrai que depuis un moment on a FB, pour poster nos affres écrivaillones, et que les copains viennent liker en masse nos succès ou nous balancer du câlin à tour de bras en cas d’échec. Mais ce n’est pas pareil, d’ailleurs 80 pour cent d’entre eux sont des auteurs, des vieux copains ou même nos éditeurs. Et puis on fait pas payer pour ça.

Sauf Annie Hernaux.

Un danseur classique de ma connaissance me déclarait il y a peu : « La danse doit paraître facile ; tout doit paraître évident, transparent. Le spectateur ne doit pas sentir les heures de travail, de sueur, de larmes derrière, c’est irrespectueux pour lui et au fond ça ne lui raconte qu’une seule histoire : celle de l’artiste. Dont  il se fout. »

Quant à Stanislas Lem, il disait de la SF que c’était la seule littérature à se préoccuper de l’humanité, les acteurs de théâtre se contrefoutent de l’humanité comme de leur premier loup en dentelles. Ces dernières années, ce qui les branchent, ce sont les acteurs et le théâtre.

Et moi je m’en tape.

Je ne dis pas que ça ne fait pas de bonnes pièces, je ne dis pas qu’elles sont mal jouées, ni mal montées. Je dis que ça m’emmerde et que ça me fout en colère.

Je m’explique assez bien d’ailleurs cette colère, elle n’est pas dénuée de mauvaises pensées.

Mon problème avec ça, c’est l’ego (encore une fois). Et moi-même je n’en suis pas dépourvue, c’est le moins qu’on puisse dire. Les acteurs qui se regardent dans le miroir et détaillent leur nombril m’en tendent un autre TRES grossissant où je n’aime pas me regarder.

En gros, la coquetterie, je comprends, ô combien, j’ai des milliers de pampilles à la maison pour en témoigner, mais la métacoquetterie, je trouve ça indécent et superfétatoire.

Ça me donne chaque fois une envie folle d’envoyer tout ce petit monde torturé pousser des wagonnets au fond des mines, histoire de lui apprendre la véritable signification du mot « affres ».

Je suis désolée vraiment.

Et à part ça « La Marionnette et son double et Vitez en effigie » au Théâtre aux mains nues à Paris 20° est pas du tout un mauvais spectacle, c’est même souvent très rigolo, très bien joué, juste,voilà, c'est du théâtre.

Avec des acteurs.

 

(Mon dieu, y'avait même du Claudel !)

 

MOI, mon ego, je.

 

Si pas vous, allez-y.

 

moliere.jpg

 

T'façon, j'aime pas Molière.

 

Et j'assume.

 

(sisi, même dans Dom juan)

 

(Sorry)

Publié dans BadtasteReich

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Bagneux 2014 : Lancelot

Publié le par Jeanne-A Debats

 

À Bagneux, Jérôme Vincent, anthologiste, nous déclare :

 

 

lancelot-copie-1

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David Khara...

Publié le par Jeanne-A Debats

Et pour fêter  la semaine du salon du livre, notre invité  est un talentueux auteur de thrillers,


Mesdames et Messieurs,


(roulements de tambours)


David S. Khara

 

Khara.jpg

 

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