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Le dragon ivre.

Publié le par Jeanne-A Debats

J’ai pris des bateaux bleus dont j’ignorais la destination.


J'ai accosté en Asie Mineure sur le même continent que Troie, abordant la jetée d’un palais or et blanc rêvé par un sultan dément ou les docks noirs d’une compagnie pétro-chimique.

Mêlée aux ouvriers partant au bassin de radoub, je me suis perdue entre les containers jaunes marqués de logos menaçants, j’ai déjeuné de pain non levé trempé de tomates et de  poivrons carmins au-dessus des dômes plantés de guingois d’un antique caravansérail.

Partout le silence m’a accompagnée au cœur d’une foule pressée, odorante et vive, mouvante au rythme de la mer de Marmara.

Je me suis trompée souvent, j’ai erré parfois, mais jamais je ne suis revenue sur mes pas.


J’ai été libre chaque seconde, d’une liberté acidulée de baklavas à l’orange.


Plus personne, désormais, n’ôtera ce goût-là de mes lèvres.

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Sacrilège au petit-déjeuner.

Publié le par Jeanne-A Debats

2011-07-31 10.18.59Longtemps je me suis levée de bonne heure, parce que le chant du muezzin de la mosquée à deux pas, c’est très spirituel, mais en même temps, ça vaut largeos n’importe quelle sirène d’alerte à la bombe.

Ça réveille et ça donne envie d’aller se doucher après un bon café.1

Ce matin, non.

Ce matin, je suis de retour au Kansas. Et ce qui m’a réveillée, c’est la prise de bec d’une de mes voisines d’en bas2 avec un touriste. Ça hurlait « Pas de cameras, pas de cameras !» à plein poumons et à 7 heures du matin.

C’était moins spirituel déjà, mais ça m’a donné une impression de décalage cognitif pas piquée des coléoptères : je suis revenue dans un monde où le touriste, l’emmerdeur en caleçon à fleurs et à appareil photo, ce n’est plus moi, c’est l’autre.

Je me suis penchée, mon café à la main, pour admirer la scène4. Une de mes grandes brunes préférées toisait un petit type blond comme les blés, rouge comme  un homard5, sanglé dans ses sac à dos et lui expliquait avec une fermeté difficile à ignorer6 dans un anglo-germain qui devait tout à Gabin et Lino Ventura que « Photo nicht autorisazzion', strictly forbidden, raus ! »

Le petit type se recroquevillait de partout7, et même s’il tenta de discuter un brin histoire de ne pas rapetisser de même aux yeux de la dame8 qui lui collait aux pataugas, il cana et le quartier reprit son rythme habituel : ronron des scooters, sirènes des flics et conflits conjugaux par les fenêtres ouvertes9.

Je me remis à siroter mon café, tentait d’appeler ma meilleure copine pour lui apprendre que je n’avais pas été enlevée par le PKK et que par conséquent elle devait renoncer à porter cette délicieuse voilette noire à mon enterrement, ainsi qu’à l’organisation de la veillée funèbre pour laquelle elle envisageait sereinement l’acquisition d’un camion-citerne de margaritas ainsi qu’une demie tonne de cierges d’ambiance madarine-basilic. Déçue, la copine me prévint que, par conséquent, elle allait prendre sa douche et son café pour me rappeler ensuite. En bas, le petit type penaud enfilait la rue10, poursuivi par la gouaille de ma grande brune de voisine et de ses potesses, très en forme en ce début de semaine.

Parvenu à l’angle du boulevard 12, il se mit à feuilleter frénétiquement un livre dont je reconnus bien la mise en page très classique, vu que j’avais eu affaire à une du même genre toute la semaine dernière : un guide de voyage.

C’est sans doute CE bouquin-ci qui envoyé CE type-là dans CETTE rue.

Au motif, sans doute, que, je cite : « Atmosphère, atmosphère, typique, loin des sentiers battus, trésors cachés, le vrai, l’authentique... » 13. Je peux l’affirmer sans avoir lu son guide au malheureux microscopisé, et je suis sans doute en mesure d'en réécrire quelques passages au besoin.

Après quelques secondes de réflexion, je me suis levée de mon poste d’observation, j’ai fouillé dans ma valise et là, j’ai fait une chose absolument hérétique :

J’AI JETÉ UN LIVRE.


  O_o14


X_x 15

 

Si.

À la poubelle.

C’était « Le guide du Routard, Istambul »16.

Si, si.

Je vous expliquerai demain.

Là, il faut que me remette de mon sacrilège.

Café.18

 

 

 

 

1. Ben quoi, ça ne vous fait pas cet effet-là les sirènes d’alerte à la bombe ?

2. Pour ceux qui ne le sauraient pas: j’habite dans une rue particulière et mes voisines exercent une profession particulière également, et très injustement imposée alors qu’elle n’ouvre droit à aucune couverture sociale.3

3. Mais nous en reparlerons. Sachez toutefois que cette profession particulière conduit à  envisager la géométrie des trottoirs et des aménagements urbains d'une manière tout à fait inhabituelle.

4. Et parce que je suis une incorrigible commère.

5. Où avait-il pu choper un coup de soleil pareil, ici ? o_o

6. La cravache à pommeau d’argent est un accessoire indispensable à une bonne fermeté difficile à ignorer.

7. Et sans doute jusque dans des endroits que ma mère et mon ministre m’interdisent d’évoquer en public.

8. La même mais avec plus de seins et de cheveux.

9. Les gens capables de se lancer dans un conflit conjugal avant le petit déjeuner devraient divorcer.

10 À défaut d’autre chose 11

11. Pardon, c’est nerveux.

12. Hors de portée de la cravache, donc.

13. On peut continuer comac des plombes.

14. Smiley censé exprimer l'intensité de ma sidération consternée.

15. Et les remords subséquents.

16. Ne me dénoncez pas, pitié.

17. J’en reste sans voix.18

18. Ça vous fera des vacances. 19

19. Mais pas longtemps, faut pas rêver non plus.

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Un diamant gros comme le Ritz.*

Publié le par Jeanne-A Debats


Pour ceux qui ne sont pas au courant, vu que je le clame à qui veut l’entendre, je suis actuellement à Istambul, non loin de l’hôtel Pera qui vit passer Hemingway et qui prétendait avoir reçu Agatha Christie* les dix jours où elle disparut mystérieusement et revint avec l’intrigue du « Crime de l’Orient-Express », tandis que son mari faisait des pieds et des mains pour devenir son ex.

Moi, j’aurais été ce monsieur tout de même, j’aurais hésité : quoique sans doute invivable (et pour cause) (mais pas sûr), la dame avait déjà tué virtuellement quelques trentaines de gens. Donc demander le divorce, voire ; mais de trois mille bornes, pas de Brighton. Bon, je suis mauvaise, la pauvre Agatha était trop atterrée pour songer à supprimer le traître ; même les plus grandes ont leurs faiblesses…

En tout cas, j’ai l’impression que la partie d’Istambul où Agatha aurait pu trainer et où Hemingway a sûrement vomi n’a guère changé depuis leur passage, internet en plus.  Il se pourrait même que des descendants infiltrés de Vlad Dracul y espionnent encore l’ennemi :


2011-08-10 16.13.36

Cela ne vous fait pas l’effet d’une belle demeure de vampires ? Surtout le lourd rideau rouge au deuxième ?********


Istambul est exactement ce à quoi je m’attendais : du marbre et de l’albâtre toiturés de tôle, du plâtre redoré à l’or fin, tout cela dans des tons bleu passé, des pourpres délavés sous des lustres monumentaux cernés de miroirs et étincelants de pampilles. Notamment celui-ci, offert par la reine Victoria au Sultan qui menace depuis le plafond du palais de Dolmabaçe et qui est, je crois, le plus grand du monde.*******lustre à Dolmabaçe

 En fait, la seule chose à laquelle je ne m’attendais pas, c’est ça : les pampilles.

Je ne pensais pas qu’un jour on m’amènerait à reconsidérer ma vision des pampilles, moi qui ai choisi la Voie de la Pampille, il y a fort longtemps, et qui me croyais ceinture noire 150ème  dan en la matière.

Je vous ai dit que j’adorais les pampilles ?

Chez moi, il y en a partout, des cristaux aussi, des fleurs de pierre ou de faïence soutiennent des boules de noël anglaises farfelues, des danseuses en porcelaine de Dresde font la nique aux masques d’orcs sur des coffrets à jeux d’échecs russes, tout cela sur fond de miroirs de Venise et de toiles de Jouy.

Genre ça :

Photo 004

Je m’imaginais kitsch, moi.

Mais je m’avoue vaincue, haut la main, et par des experts millénaires. Personne ne battra les Turcs, sauf peut-être les Viennois et encore.

J’ai rendu les armes devant ceci :


spoonmaker-diamond(Il est encore plus gros que ce que vous voyez, sisi)

 

D’ailleurs, pour bien le voir, j’ai été obligée de remettre mes lunettes de soleil. Je vous jure que c’est vrai : ce bidule étincelle tant qu’il est impossible d’en distinguer les détails à l’œil nu.

Ceci, c’est le diamant Spoonmaker, celui que Melina Mercouri et ses potes négligent au profit de la dague du Sultan (pas mal non plus**) dans Topkapi, le film de Dassin.***

Topkapi-1964

 

 

 

 

Son nom vient de ce que l’escroc qui l’avait acheté à son découvreur,  un pauvre pécheur (ou fermier, ça dépend des versions), l’avait échangé contre des cuillères*****. 

Les pauvres sont crétins, que voulez-vous ?

(C'est sans doute la raison pour laquelle ils sont pauvres.)

Voilà, les voyages forment la vieillesse et j’aurais appris au moins une chose : mon intérieur est sobre, mon intérieur est zen, et peut-être même feng shui. Je n’ai plus qu’à devenir bouddhiste et suivre la Voie du Design Postmoderne ******.


 

 

 

* Je demande pardon à Francis Scott Fitzgerald pour l’emprunt et lui promet en échange, puisqu’il est mort  (vraiment), une chronique de cette nouvelle fantastique fantastique **** dans Requiescant in bibliotheca, en échange.


**  dagueN’est-ce pas ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*** Dassin Jules, pas Dassin « Voilà les Dalton ».

**** Non, c’est pas un doublon.

*****L’histoire ne raconte pas combien de cuillères ; à ce stade, il y avait pourtant sûrement de quoi donner la becquée à quatre ou cinq générations de terriens ou s’évader de Guantanamo en creusant un tunnel sous l’Atlantique.

******Appartement meublé d’un matelas, deux oreillers, un portable. Eventuellement, une litho d’Andy Warhol au mur.

******* Preuve que les Anglais, quand ils s'y mettent, peuvent être super forts en pampilles également.

******** Je crois que les Turcs les ont repérés aussi, car en ce moment, ils se documentent à mort sur les vampires : la bit-litt fleurit avec encore plus de bonheur sur les étagères stambouliotes qu'à Paris.

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La transmission, Papa...

Publié le par Jeanne-A Debats

2011-07-31 10.18.59

 

 

Dans ma famille, il y a des poèmes, des incipits, des livres obligatoires.

Je veux dire par là que tout le monde est censé les connaître, les récite, fait des jeux de mots avec, sans compter ceux qui les réécrivent à leur manière. La Légende des Siècles a beaucoup souffert avec nous par exemple, et ma  grand-mère aujourd’hui défunte s’était rendue coupable de ceci :


 

(Avec en note les commentaires rituels de mon grand-père né à Constantine)

 

 

Au soir du jour affreux

Où triompha l’armée mahométane *

Fut capturé Titain de Barbantane

Dernier survivant des héros et des preux

On lui vola** son casque et sa cuirasse

Ses éperons et son lourd bouclier ***

On lui faucha jusque z’à**** ses godasses

Et chacun aussitôt périt asphyxi-é****

 

 

 

Voilà, une bonne chose de faite, vous comprenez mieux l’étendue du traumatisme qui m’a poussée vers la SF, maintenant. Pouf, pouf !

L’Héritier est à l’âge où on lui transmet ce savoir précieux, et donc voilà que ce mois-ci ma mère a tenté de lui apprendre l’un des number one****** à notre top familial.

Celui-ci :

 

Lorsque Maillart, juge d'Enfer, menoit
À Monfaulcon Samblançay l'âme rendre,
À votre avis, lequel des deux tenoit
Meilleur maintien ? Pour le vous faire entendre,
Maillard sembloit homme qui mort va prendre
Et Samblançay fut si ferme vieillard
Que l'on cuydoit, pour vray, qu'il menast pendre
À Montfaulcon le lieutenant Maillart.

 

(Clément Marot fecit)

 

 Mais rien à faire, l’Héritier résiste. L’Héritier ne veut pas savoir. L’Héritier bute, l’Héritier se bute et réputègue*******. Jusqu’au moment où sa mère (moi, donc) a une idée que j’ose qualifier de génie, et je dis :

–– Tu ne trouves pas, mon chéri, que Samblançay ressemble beaucoup au Seigneur Veterini ?

L’Héritier méfiant :

–– Dans lequel ?

Moi, innocente :

–– Eh bien… tous non ?

Rire de l’Héritier.

Il le sait son poème, sauf qu’il pique un fou rire à chaque fois maintenant. ********

Ça tombe bien, c’est l’effet recherché dans la famille.

Il n’y à pas que les émissions radio qui passent par satellite, toutes les transmissions sont acceptées, je dirai

Comme ça.

Sans radar.

 

 


 

* Evidemment, c’est encore la faute des Arabes !

** Ah, tu vois ? Qu’est-ce que je disais !

*** Bref il est à poil et c’est ça qui t’amuse, hein, Marie ?

**** Liaison maltapropoooooooooos !

***** La putain de diérèse !


(Fin des commentaires du vieux djennoun)

 

****** Ouais chez nous c’est l’école des fans, QUE des NUMBER ONE !

******* Réputègue : râler dans sa moustache en gascon.

********Je vous ai déjà parlé de la tunique de Cléopâtre ? Dans Hérédia ?

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