Oh, it's a men's world ?
Après l’affaire Pélicot, on pensait avoir touché le fond de la crasserie masculine. Elle était “parfaite” dans son horreur : aucune zone d’ombre réelle, aucun contexte permettant de minimiser, un coupable sans circonstances atténuantes possibles, des complices formellement identifiés par la police. Enfin le cas concret, dégueulasse, qui ne devrait souffrir aucune discussion, aucune attaque contre la victime.
Et pourtant, combien de gens doutent encore de la non-complicité de Gisèle Pélicot à son propre drame ? Combien mettent en doute sa bonne foi ? Et combien sont même capables de lui reprocher de “faire de l’argent” avec son histoire ?
Comme pour toutes les femmes violées, on retrouve les mêmes mécanismes : déni, renversement de culpabilité, transfert de culpabilité vers les proches qui n’ont rien vu, rien dit et/ou rien fait (voir les parents de Haenel et Godrèche), accusation de recherche d’attention ou d’argent. Et des salopards, pas un mot pour les condamner.
Toute l’énergie est consacrée à déplacer le regard, à salir la victime, à rendre discutable ce qui ne devrait pas l’être, pendant que les agresseurs disparaissent du champ du discours.
Et on pensait que c’était le pire. Sauf que Dominique Pélicot et ses complices ne sont pas un cas unique. Maintenant, on le sait depuis que CNN a mis en lumière ce qu’on appelle la “rape academy”. Et comme pendant le procès Pélicot, ça monte au créneau pour décrédibiliser les victimes, diminuer l’importance des faits : “ouais mais les chiffres sont pas bons”, “des vues ne sont pas des visites” (et que sont des vues sans signalement à la police, mhm ?), “il n’y a pas de site global organisé autour de ça, mais ‘juste’ de petits forums cachés (pas trop hein ?)”. Cette manière de chipoter sur les mots, sur les catégories, sert exactement le même objectif : éviter de regarder l’ampleur du désastre.
De fait, si le phénomène est diffus au lieu d’être concentré, il est bien plus inquiétant, et cela en dit très très long sur ce que les femmes peuvent attendre du monde des hommes.
Pas les hommes immigrés OQTF si chers à Némésis, n’est-ce pas ? Juste leur père, leur frère, leur mari, leur pote, leur concubin, soit les hommes de leur vie.
Cela signifie que l’on n’est pas face à un phénomène isolé, à un accident de saloperie, mais bien à un trait structurel, ignoble, de la manière dont le monde des hommes n’est toujours pas celui des femmes.
Alors oui, je suis misandre.
C'est à dire que si j’aime DES hommes, des hommes qui m’ont prouvé maintes fois que pour eux j’étais un être humain, qui ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour que leur monde soit aussi le mien, et que j'y sois sinon heureuse, du moins sans peur...
en revanche, je n’aime pas LES hommes et, avant de les considérer eux-mêmes comme humains, j’attends qu’ils fassent leurs preuves.
Parce que c’est comme ça :
aujourd'hui, je n'ai /nous n’avons plus le luxe de vous accorder la présomption d’innocence.
Désormais, le fardeau de la preuve vous revient, messieurs.
Faites ce qu'il faut.