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Némésis, ta mère

Publié le par Jeanne-A Debats

Némésis était la déesse de la vengeance, celle des dieux qui s’abat sur les criminels impardonnables, ceux qui, dans leur orgueil démesuré, se  comparent ou attaquent les dieux.

Se baptiser Némésis et se dire féministe relève donc a priori du contresens. La vengeance est une logique de punition. Le féminisme est une logique d’émancipation. L’un sanctionne, l’autre libère.
La vengeance n’est pas un projet politique d’égalité. Le féminisme ne réclame pas un retour de bâton, il réclame la fin des coups. Il ne cherche pas à humilier, à châtier ou à se venger. Il cherche à transformer un système. Ainsi, se placer sous le signe de la déesse de la revanche, c’est déjà trahir l’idée d’équité.

SAUF que, rappelons-le, la déesse ne punit pas les criminels communs, elle punit les contempteurs du divin. 

Or ces dames se sont surtout fait une réputation de réclamer la peau des personnes sous OQTF et autres supposés agresseurs trop bruns de femmes blanches, tout en ignorant délibérément les agressions commises par les vrèfrançouédesoucheuh. Quand une organisation ne s’indigne des violences sexuelles que lorsqu’elles peuvent servir une grille ethnique, elle ne combat pas l’hybris. Elle la reproduit. 

De là, à penser que nos Némésis de salle de bains se visualisent en déesses outragées par la simple existence de gens plus colorées qu’elles, il n’y a qu’un pas.

Que je franchis allègrement.
Et je vous emmerde mesdames.

Peinture de 1837  par Alfred Rethel représentant la déesse Némésis sous la forme d’un ange majestueux flottant dans le ciel. Elle porte une longue robe claire aux plis fluides, un bandeau sur les cheveux et de grandes ailes blanches déployées derrière elle. Dans une main, elle tient une épée dirigée vers le bas ; dans l’autre, un  sablier. Son visage est  impassible. Sous elle, un homme à l’expression tourmentée fuit dans un paysage sombre au crépuscule. La figure ailée plane juste au-dessus de lui, enveloppée d’une lumière douce, suggérant une poursuite inéluctable et l’idée de justice immanente.

Peinture de 1837 par Alfred Rethel représentant la déesse Némésis sous la forme d’un ange majestueux flottant dans le ciel. Elle porte une longue robe claire aux plis fluides, un bandeau sur les cheveux et de grandes ailes blanches déployées derrière elle. Dans une main, elle tient une épée dirigée vers le bas ; dans l’autre, un sablier. Son visage est impassible. Sous elle, un homme à l’expression tourmentée fuit dans un paysage sombre au crépuscule. La figure ailée plane juste au-dessus de lui, enveloppée d’une lumière douce, suggérant une poursuite inéluctable et l’idée de justice immanente.

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Chatmage

Publié le par Jeanne-A Debats

C'était en 2018, nous venions d'acheter une vieille maison à retaper dans les Landes, en prévision de nos vieux jours...

 (et puis il y a eu le covid, une certaine horreur de Paris sous la botte des flics, et la maison est devenue LA MAISON définitive -- on retape toujours en revanche).

 

Sur le côté gauche de cette maison, il y a un grand garage qui à l'époque était tout encombré de trucs-qui-pourraient-servir-un-jour appartenant à l'ancien propriétaire et qui désormais est tout encombré de trucs nous appartenant ( la proportion d'autres trucs-qui-pourraient-servir-un-jour a baissé au début, mais ça remonte).

 

Je trimais dans le jardin ce jour-là quand un bruit épouvantable m'y a menée. Je n'ai d'abord vu qu'une queue, orange, touffue, qui s'agitait en tout sens. Et pour tout dire, j'ai cru que c'était un renard. J'ai crié bêtement par réflexe. Le bidule orange a fait un bond extraordinaire, à la fois vertical ET pivotant face à moi (genre Matrix SANS le coup de pied retourné final) , tout en me crachant à la figure.

 

 Il m'a foutu la trouille, ce con de chat.

 

Il m'a filé entre les jambes en m'engueulant tout ce qu'il savait, tout en se réfugiant vers le champ derrière. Je l'ai injurié à mon tour. Puis, j'ai oublié. J'ai bien vu qu'il traînait dans le coin, mais je ne m'en suis pas occupée, me contentant d'échanger des insultes avec lui de loin en loin.

Nous ne nous aimions pas.

 

 C'était même le premier chat que je n'aimais pas ever. Une anomalie. Une exception totale pour confirmer la règle absolue. Et c’était massivement réciproque.

 

Je le trouvais laid. Je le trouvais gros au lieu d'être juste râblé, je le trouvais orange et pas roux, je le trouvais mal peigné au lieu d'angora. Et lui de son côté, allez savoir le portrait qu'il se dressait de ma pomme, ça devait être jojo aussi.

 

Et puis voilà qu'on s'installe définitivement  et que Timini, le Tout Premier Chat s'invite chez nous, premier habitant de l’arche* qu’allait devenir notre coin des Landes. Entre lui et le gros roux, la bataille du territoire commence et Timini perd. Il perd salement, chaque fois.

 

 J'en viens à chasser l'autre au jet d'eau pour que Tim puisse profiter de SON jardin.  C'est alors que la voisine commence à entamer des relations plutôt amicales avec le vieux sauvage; elle lui donne un nom "Pacha". Ça ne lui va pas trop mal. Et de fil en aiguille, il devient maître de son jardin à elle. Il vient moins chez nous, se fait quand même recevoir à coup de jets d'eau quand il oublie. Mais Timini le Tout Premier Chat peut vaquer tranquille. Et tout va bien.

 

Nous sommes genre en 2020. Sa maîtresse décide de partir en vacances et nous demande de nourrir ses chats, Petit Gris qu'on gardera comme invité chez nous,  la noire qui vit dans la maison de son humaine ET Pacha qui continue à être un demi sauvage de dehors. Ce dont nous nous acquittons sans souci.

 

Et alors... Eh bien, le vieux truc s'est senti seul, très seul, sans son humaine de service, et tandis que je changeais les gamelles, il est venu se frotter contre mes jambes, a réclamé des grattouilles.

 

Il m’a totalement sidérée. Je suis restée paralysée d’horreur tandis qu’il faisait des huit entre mes mollets.  Je me suis dit "Merdre, le salopiot". Mais comme je suis viscéralement incapable de résister à la faim de tendresse d’un être vivant, j’ai cédé, gratouillé, tapoté, frotté.

 

C'était fini. Malgré la méfiance et l'antipathie qu'il m'inspirait, j'ai continué. Et chaque jour j'ai gratouillé. Comme je venais avec Leika, la border collie truffe, ils sont devenus les meilleurs copains du monde.

Comme plus tard , il deviendrait aussi meilleur copain du monde avec Vegas, le colley cool, le chien des autres voisins.

Et plus tard , bien plus tard, j'étais la seule à pouvoir lui virer les dreadlocks que son pelage trop abondant qu’il traînait comme une cape de vieux super vilain fatigué.

 Il venait tous les jours me dire bonjour au moins une fois, jouer avec Leika ou nous observer de loin en clignant des yeux au-dessus d’une meule de foin au soleil.

 

La voisine l'a trouvé mort hier, et je suis chagrin.

 

J'aimerais tant qu'il y ait un paradis des chats où il a retrouvé Petit Gris et où un ange lui démêle la fourrure...

Il n'y a qu'avec les chats que je supporte la métaphysique, même les très mauvais chats qui surgissent dans ton garage pour s’installer dans ton cœur par surprise.

 

 

* 1 lézard, 1 cochon, 1 border collie, 1 canard, 2 tortues, 5 chats, 5 poules, 6 poissons.

Photo de Pacha  prise le jour, à l'instant où il m'a eue, j'en croyais tellement pas mes yeux que j'ai pris une photo pour le montrer au Guéridon. On voit en surplomb un chat roux et blanc à côté de mon genoux tandis que ma main lui caresse la tête.

Photo de Pacha prise le jour, à l'instant où il m'a eue, j'en croyais tellement pas mes yeux que j'ai pris une photo pour le montrer au Guéridon. On voit en surplomb un chat roux et blanc à côté de mon genoux tandis que ma main lui caresse la tête.

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En un combat pas douteux du tout

Publié le par Jeanne-A Debats

Dan Simmons, c'est incroyable ce que je hais ce type.
 
Il me répugne presqu'autant que Romain Lucazeau. ^^
(non, c'est pas total gratuit, parce que quelque part c'est les mêmes, je dis que c'est pas injuste et qu'en plus ça soulage).
Ce sont les mêmes illibéraux élitistes.
 
Bref, en tout cas, j'ai tout lu les Cantos d'Hypérion à l'époque, et tout en ne les trouvant pas déplaisants, j'avais une saveur amère qui m'en restait qui rendait la hype autour de ces livres très très agaçante.
Quand je pense que le précédent prix Hugo était Cyteen de Carolyn J. Cherryh, y'avait une marche tout de même.
 
Ensuite, Nuit d'été, puis je tombe sur l’Échiquier du mal, que je peine à finir tant il me débecte . Je vous fais le topo : un groupe de mutants ultra riches et ultrapuissants font vivre les cent horreurs à leurs victimes sur l'île privée du plus puissant d'entre eux. Hum. (à ce stade, je pense que vous avez une petite idée de là où je veux en venir). Ils sont dézingués par un monsieur juif malingre et caricatural, le narrateur, envers lequel l'auteur cache mal son antipathie.
 
Parce que Simmons, lui il est fasciné par ses monstres, la puissance, la hiérarchie, la violence extrême. Chez lui, le vertige métaphysique et la virtuosité formelle cohabitent avec une complaisance dans l’horreur, la misogynie et une misanthropie générale qui laissent un goût métallique en bouche.
 
(À l’inverse, Cherryh dans Cyteen travaillait aussi le pouvoir, la manipulation, l’ingénierie sociale, mais de l’intérieur des systèmes, avec une ambiguïté morale réelle et une attention aux structures plutôt qu’aux surhommes. Moins spectaculaire, plus corrosif. Et surtout tellement plus humaniste. En même temps, c’est pas dur, me direz-vous.)
 
En tout cas, si certains textes sombres te donnent le sentiment d’être accompagné dans l’horreur pour la comprendre, pour t’avertir, d’autres te traînent dedans pour la consommer. Et tu en ressors boueuse, malade, aigre.
 
Le truc, c'est que je ne savais pas qu'au moment même de ma nauséeuse lecture, des gens , des gens vrais, pas mutants, juste trop puissants, jouaient réellement sur l'échiquier en question. Si l’affaire Epstein est si sidérante, c’est que le schéma imaginaire qu’on croyait réservé aux thrillers paranoïaques ou aux dystopies de pouvoir s’y trouve plus que partiellement reflété dans le réel.
Les Epstein files révèlent des mécanismes bien trop voisins, le fantasme malsain cesse d’être purement fantasmatique Du coup la lecture change de couleur après coup (de noir , elle devient noir au cube) . Ce n’est plus de l’horreur spectaculaire, c’est un écho structurel. Et ça devient encore plus difficile à supporter.
 
Le plus dérangeant, au fond, ce n’est pas que la fiction imagine des monstres. La littérature le fait depuis toujours. Le plus dérangeant, c’est quand elle les aime un peu trop. Quand elle les éclaire mieux que leurs victimes. Quand elle leur donne la meilleure musique, les meilleures tirades, la plus grande densité d’être. Là, quelque chose cloche et salement. Le mal n’est plus seulement montré, il est mis en valeur. Et je crains bien que ce soit majoritairement le cas (j’ai jamais supporté Salo’ par exemple).
 
Alors, quoi ?
 
Des mecs fasciné par le pouvoir, qui en tartinent des pages, y’en a un max, à nous de voir avec quoi on veut passer du temps.
 
(perso, je vais foncer faire un grand plongeon dans Bridgerton et Raison et sentiments après ça, pour me laver. Même si ce sont des gros bourges qui s’emmerdent à l’heure du thé, au moins il n’y pas de chair humaine dans les cupcakes).
 
Mais vous savez quoi ? Je hais encore plus Dan Simmons, sur ce coup. Déjà, parce qu’il m’a montré la réalité du monde dans lequel certains nous font vivre, parce qu’il la rend acceptable pour PLEIN de gens, l’impunité du monstre surpuissant ordinaire.
 
Et qu’on ne me fasse pas le numéro du “ce n’est que de la fiction”. La fiction n’est jamais “que”. Elle est un laboratoire moral.
 
Il n’y a qu’à voir comment les Maga après nous avoir fait des tonnes sur les pizzagate sont à deux doigts de trouver tout ça normal si ce sont leurs superriches qui s’en rendent coupables.
 
Et voilà pourquoi, selon moi, il est sain et de l’ordre de la survie de combattre sur tous les terrains les représentations nocives, toutes les représentations nocives, images, films. L’art n’est pas innocent du monde, il en rend compte.
 
Il n’y a pas d’autres combats, c’est LE combat .
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Un « Puy du Fou de gauche » mon dieu, mon dieu, mon dieu *

Publié le par Jeanne-A Debats



Donc un roman national alternatif, avec bons points distribués par le comité central de la vertu historique, fumigènes militants forcément rouges et noirs et grands ancêtres dûment sanctifiés par le service après-vente idéologique avec Jaurès, Flora Tristan, Olympes de Gouges ou Badinter en tokens de luxe ? Mais quelle bonne idée ! **

Dooonc :
combattre le mythe par le mythe, la simplification par la simplification, le populisme par le populisme et l’instrumentalisation du passé par… une meilleure instrumentalisation du passé.

Géant


Rappel des gravures : l’histoire n’est pas un stand de tir idéologique où chacun peint ses cibles en rouge ou en bleu, c’est une discipline critique, faite de sources, de doutes, de contradictions, de révisions. Ça gratte, ça ne marche pas au slogan. En tout cas, c’est ce que prétend la gauche, depuis... whatever...
La gauche, historiquement, c’est quand même le camp qui démonte les grands récits trop propres, qui rouvre les dossiers, qui demande « qui parle ? pour qui ? avec quelles sources ? ». Si c’est pour finir par fabriquer son catéchisme spectaculaire avec saints laïcs, martyrs homologués et fresque téléologique, autant distribuer des chapelets matérialistes.

La foi politique, très peu pour moi. L’histoire, oui.
Bref, la messe, même à gauche, j’y vais pas, merci.

*non
**non

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Ouvrir des prisons pour fermer des écoles

Publié le par Jeanne-A Debats

Dessin de merde au stylo  en "bonhommes batons" ( du plus pur style "l'autrice a pris ses cours de dessin en griffonnant pendant les conseils de classe" ): un professeur debout derrière son bureau s’adresse à une classe. Dans une bulle, il dit : « Que ceux et celles qui ont un couteau lèvent la main ! ». En face de lui, plusieurs élèves schématiques, assis, lèvent le bras.

Dessin de merde au stylo en "bonhommes batons" ( du plus pur style "l'autrice a pris ses cours de dessin en griffonnant pendant les conseils de classe" ): un professeur debout derrière son bureau s’adresse à une classe. Dans une bulle, il dit : « Que ceux et celles qui ont un couteau lèvent la main ! ». En face de lui, plusieurs élèves schématiques, assis, lèvent le bras.

Donc voilà où on en est.

C’est à peu près ça, le niveau d’efficacité réel des solutions qu’on agite actuellement pour “empêcher les armes à l’école”. Mettre des portiques ? Inopérant, déjà parce que toutes les armes ne sont pas en métal (dude). Fouiller les cartables ? On n’a pas le droit. Et tant mieux.
Fouiller les élèves ? On n’a pas le droit. Et tant mieux.

On n’est pas dans un aéroport et une école n’est pas censée devenir une frontière militarisée. Apparemment, à un moment, il faut le rappeler : l’école, ce n’est pas un commissariat et les gosses les usuals suspects d’à peu près tout.  Et pendant qu’on agite des dispositifs sécuritaires inutiles, (tout en conspuant en boucle et com’ d’hab, le laxisme des profs et des parents) on refuse résolument l’évidence.

Je vous jure que Victor Hugo n’a PAS écrit « Le mieux c’est de transporter la prison à l’école, comme ça c’est tout de suite fait »

Ce n’est pas de flicage dont on a besoin, c’est de personnel. Des adultes, des surveillants, des infirmières scolaires, des AESH (payés comme tel.les pas comme des merdes), des psychologues, des assistants sociaux, bref des gens formés pour écouter, repérer, accompagner, bref, créer des moyens pour s’occuper des gosses et surtout de leur santé mentale.


Le premier réflexe, comme toujours, c’est leur taper dessus, le plus vite et le plus fort possible, histoire qu'ils ne bougent plus (et ne fassent pas de bruit) . Parce que visiblement, dans ce pays, on pense qu’un adolescent qui va mal ira mieux si on lui met la tête sous l’eau, les mains sur la tête et le dos au mur (oui je sais c’est compliqué comme métaphore).

C’est sidérant.

 Il faut reconstruire du lien, avoir des gens pour repérer les signaux avant que ça pète, mais on préfère supprimer 4000 postes de profs.

Merci , monsieur le ministre.

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