Catch de chats dans la boue
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J’ai cru bien faire.
J’ai convaincu mon compagnon d’amour et de vie que, vu le temps de merde à venir (environ 30 à 36° en fin de semaine) c’était le moment ou jamais de « rattraper » la terre battue de l’entrée, qui depuis notre arrivée en 2018 affiche des marches aléatoires, des trous étranges et sert souvent de terrain de soulagement à nos 5 amis félins. J’ai beau noyer la chose sous l’huile essentielle de truc anti-chat, résultats mitigés.
Mais là il fait chaud, ça va sécher vite. On a justement un énorme tas de glaise issu du creusage du bassin futur. En piste.
Tu m’aimes chéri ?
Chéri : Mouais.
Rude et noble tâche, promesse d’accueil digne. Quelques brouettées, des cailloux qui font mal, des pinçages de doigts, un arrosage généreux… et la porte s’ouvre désormais sur un marais délicat, où l’eau clapote gaiment sous la semelle et où la boue aspire les pas avec la douceur d’une pieuvre polie mais décidée.
Ça n’a pas loupé : les chats ont pensé qu’il fallait absolument passer par là (il y a 15 autres moyens de sortie vers le jardin dans la maison hein ?)
Socquettes, chatte noire et blanche, gantée de blanc aux quatre extrémités, s’y engage la première. Elle pose une patte, la retire aussitôt comme si elle venait de toucher une huître tiède. Secoue vivement : tchak-tchak. Puis, fatalement, replonge l’autre, secoue encore. L’avancée ressemble à une gavotte absurde : plouf, tchak, plouf, tchak. Elle me jette, entre deux secousses, un oeil qui dit : « Tu as fait ça pour me perdre. » Ses gants sont devenus des bottes marrons, elle file se coller devant la porte, vexée à mort, elle me lance « le regard du chat », ce truc insondable qui te fait comprendre pourquoi on les brûlait jadis.
Flow, petit chat noir, de ceux qui croient que, du haut de leur kilo, et demi, ils peuvent terroriser un malinois, attend. Il a appris la prudence en milieu humide, deux fois qu’il se fait la mare à cause des lentilles d’eau, ces traitresses, qui se font passer pour de l’herbe. Il sonde l’étendue louche puis s’avance enfin, queue levée haut, museau froncé. Trois pas. Le sol cède mollement sous lui ; il recule d’un air outragé, comme si la boue lui avait mal parlé.
Misha, gris, crème, blanche et soyeuse comme une meringue vanille, s’élance derrière, la patte nerveuse. Elle choisit la méthode du petit cheval, haut du genou. Avance d’un air appliqué… puis accélère, éclaboussant Flow qui se retourne, furibard. Échange bref : deux miaulements sifflés, une patte claquée dans le vide, et les voilà qui s’empoignent, roulent au beau milieu du bourbier. Nous avons donc deux chat poisseux , boueux, marrons qui haïssent le monde entier.
Mais surtout moi.
Socquettes, toujours en bordure, a cessé toute progression. Elle les fixe, figée, quatre bottines de glaise aux pieds. L’air de la vieille dame outragée, incrédule, devant tant de bêtises chez les jeunes. Puis tout le monde s’enfuit à glaise rabattue (ou à la glaise) dans le jardin pour la promenade du matin, dont iels reviendront inexplicablement propres comme des sous neufs en évitant le marais, cette fois.
-- Mia, me fait Socquettes à l’arrivée, sur un ton qui indique clairement que c’est uniquement parce que c’est l’heure des croquettes qu’elle consent à s’apercevoir de mon existence.
Quant à mon compagnon d’amour et de vie, en ce moment, le matin, il m’évite.
C’est bien un chat, lui aussi.