The Old Guard (film)

Publié le par Jeanne-A Debats

The Old Guard I
(Netflix)
Gina Prince-Bythewood (2020)
 
On ne dira jamais assez le talent de Charlize Theron.
Même en plein marais scénaristique, elle garde le port altier, le brushing apocalyptique et cette manière lasse mais infiniment élégante d’empoigner une hache comme d’autres se penchent pour saisir l’anse de leur fine bone china remplie de thé vert de l’Himalaya au gros sel rose.
Ici, elle incarne Andy, immortelle aguerrie, vaguement ancienne déesse ou reine des amazones, on ne sait pas trop, cheffe de commando millénaire qui en a vu d’autres… et qui a l’air d’avoir lu tous les manuels de survie, y compris celui des Castors Juniors. Hélas, elle n’a pas fait l’impasse sur celui qui dit “toujours avoir l’air de se faire chier”.
 
L’histoire est sympatoche :
une poignée d’immortels très pros au combat, plus soudés qu’un vieux groupe de rock alternatif à l’aube de leur retraite, protègent l’humanité à coups de fusil, de tatanes dans la gueule et de dialogues laconiques. Quand un nouveau membre se découvre immortel, on lui fait un onboarding express : bienvenue, voici ton arme, ton trauma et ton code vestimentaire. L’action est léchée, les chorégraphies bien foutues (merci la caméra qui, miracle pour une prod Netflix, sait rester sobre).
 
Et la représentation LGBTQ+ coule de source :
un couple d’éternels amoureux traité avec un naturel réjouissant. Ils s’aiment depuis 600 ans et ils tiennent à s’assurer l’un l’autre, entre deux rafales de fusils automatiques, que ça n’a pas changé.
Mais hélas l'ensemble manque cruellement de nerf, d’émotion. L’angoisse existentielle de l’immortalité ? Effleurée comme un post‑it sur un frigo, « Oui tu vas voir crever tous ceux que tu aimes et ils te haïront parce que pas toi, mais magne, on a un hélico à prendre ».
 
Le méchant ? Un startuppeur de laboratoire avec le sex‑appeal d’un PowerPoint en audit fiscal. Et comme en plus c’est joué par l’acteur qui faisait le vilain cousin de Harry Potter jadis, ben désolée, mais j’arrive pas à avoir peur une seconde, ni à le prendre au sérieux. Alors qu’il campait un joueur d’échec merveilleux et un amoureux sensible dans the Queen Gambit, comme quoi quand on aide pas un acteur avec des dialogues un peu fouillés, ça fait de la merde.
 
(Par exemple, il passe une bonne partie de la fin à attendre Theron et ses copains une hache à la main. Eh ben pas UNE SECONDE on se dit qu’il va faire le moindre dégât avec et on se demande pourquoi son bodyguard ne la lui confisque pas pour éviter qu’il se fasse mal avant de mourir.). Les personnages secondaires ? Sympathiques, mais si on les échangeait contre d’autres, on ne s’en apercevrait même pas.
Bref, tout ça reste très tiède, des immortels, on se serait attendu à un enjeu majeur, ben ça tourne autour, « Non mais les gars, faut sauver Kevin et Kimberley » et comme par ailleurs on a pas eu le temps de développer la moindre empathie pour quiconque , ben à la fin, on s’est pas ennuyé...
 
 
mais on s’en fout.
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