Mes gasconnismes 1
"Ils se le verront"
(loc. gasconne francisée, à manier avec un demi-sourire et une patience feinte mais infinie)
Formule d’apparence conciliante, mais qui, en réalité, envoie la demande faire un tour du côté de l’éternité et de l’improbabilité galactique que "ils" voient quoi que ce soit. Jamais.
Traduction officielle : « Oui, bien sûr »
Traduction réelle : « Plutôt crever, il faudrait me passer sur le corps avec du Massey Ferguson et encore je suis poli »
Le futur y fait tout le travail : il promet sans engager, il ouvre une porte… qui donne sur un mur de parpaings avec des canines. C’est l’art de dire "mouiiii" en pensant "non et merde", mais sans jamais se fatiguer à expliquer pourquoi.
On est dans le refus assumé, détendu, celui qui ne s’énerve même pas parce qu’il n’en a pas besoin. Le locuteur ne discute pas, il classe l’affaire.
Définitivement.
Exemple : "Les socialistes, mon vote, la prochaine fois, ils se le verront."
La mécanique du galion
Némésis, ta mère
Némésis était la déesse de la vengeance, celle des dieux qui s’abat sur les criminels impardonnables, ceux qui, dans leur orgueil démesuré, se comparent ou attaquent les dieux.
Se baptiser Némésis et se dire féministe relève donc a priori du contresens. La vengeance est une logique de punition. Le féminisme est une logique d’émancipation. L’un sanctionne, l’autre libère.
La vengeance n’est pas un projet politique d’égalité. Le féminisme ne réclame pas un retour de bâton, il réclame la fin des coups. Il ne cherche pas à humilier, à châtier ou à se venger. Il cherche à transformer un système. Ainsi, se placer sous le signe de la déesse de la revanche, c’est déjà trahir l’idée d’équité.
SAUF que, rappelons-le, la déesse ne punit pas les criminels communs, elle punit les contempteurs du divin.
Or ces dames se sont surtout fait une réputation de réclamer la peau des personnes sous OQTF et autres supposés agresseurs trop bruns de femmes blanches, tout en ignorant délibérément les agressions commises par les vrèfrançouédesoucheuh. Quand une organisation ne s’indigne des violences sexuelles que lorsqu’elles peuvent servir une grille ethnique, elle ne combat pas l’hybris. Elle la reproduit.
De là, à penser que nos Némésis de salle de bains se visualisent en déesses outragées par la simple existence de gens plus colorées qu’elles, il n’y a qu’un pas.
Que je franchis allègrement.
Et je vous emmerde mesdames.
Peinture de 1837 par Alfred Rethel représentant la déesse Némésis sous la forme d’un ange majestueux flottant dans le ciel. Elle porte une longue robe claire aux plis fluides, un bandeau sur les cheveux et de grandes ailes blanches déployées derrière elle. Dans une main, elle tient une épée dirigée vers le bas ; dans l’autre, un sablier. Son visage est impassible. Sous elle, un homme à l’expression tourmentée fuit dans un paysage sombre au crépuscule. La figure ailée plane juste au-dessus de lui, enveloppée d’une lumière douce, suggérant une poursuite inéluctable et l’idée de justice immanente.
Chatmage
C'était en 2018, nous venions d'acheter une vieille maison à retaper dans les Landes, en prévision de nos vieux jours...
(et puis il y a eu le covid, une certaine horreur de Paris sous la botte des flics, et la maison est devenue LA MAISON définitive -- on retape toujours en revanche).
Sur le côté gauche de cette maison, il y a un grand garage qui à l'époque était tout encombré de trucs-qui-pourraient-servir-un-jour appartenant à l'ancien propriétaire et qui désormais est tout encombré de trucs nous appartenant ( la proportion d'autres trucs-qui-pourraient-servir-un-jour a baissé au début, mais ça remonte).
Je trimais dans le jardin ce jour-là quand un bruit épouvantable m'y a menée. Je n'ai d'abord vu qu'une queue, orange, touffue, qui s'agitait en tout sens. Et pour tout dire, j'ai cru que c'était un renard. J'ai crié bêtement par réflexe. Le bidule orange a fait un bond extraordinaire, à la fois vertical ET pivotant face à moi (genre Matrix SANS le coup de pied retourné final) , tout en me crachant à la figure.
Il m'a foutu la trouille, ce con de chat.
Il m'a filé entre les jambes en m'engueulant tout ce qu'il savait, tout en se réfugiant vers le champ derrière. Je l'ai injurié à mon tour. Puis, j'ai oublié. J'ai bien vu qu'il traînait dans le coin, mais je ne m'en suis pas occupée, me contentant d'échanger des insultes avec lui de loin en loin.
Nous ne nous aimions pas.
C'était même le premier chat que je n'aimais pas ever. Une anomalie. Une exception totale pour confirmer la règle absolue. Et c’était massivement réciproque.
Je le trouvais laid. Je le trouvais gros au lieu d'être juste râblé, je le trouvais orange et pas roux, je le trouvais mal peigné au lieu d'angora. Et lui de son côté, allez savoir le portrait qu'il se dressait de ma pomme, ça devait être jojo aussi.
Et puis voilà qu'on s'installe définitivement et que Timini, le Tout Premier Chat s'invite chez nous, premier habitant de l’arche* qu’allait devenir notre coin des Landes. Entre lui et le gros roux, la bataille du territoire commence et Timini perd. Il perd salement, chaque fois.
J'en viens à chasser l'autre au jet d'eau pour que Tim puisse profiter de SON jardin. C'est alors que la voisine commence à entamer des relations plutôt amicales avec le vieux sauvage; elle lui donne un nom "Pacha". Ça ne lui va pas trop mal. Et de fil en aiguille, il devient maître de son jardin à elle. Il vient moins chez nous, se fait quand même recevoir à coup de jets d'eau quand il oublie. Mais Timini le Tout Premier Chat peut vaquer tranquille. Et tout va bien.
Nous sommes genre en 2020. Sa maîtresse décide de partir en vacances et nous demande de nourrir ses chats, Petit Gris qu'on gardera comme invité chez nous, la noire qui vit dans la maison de son humaine ET Pacha qui continue à être un demi sauvage de dehors. Ce dont nous nous acquittons sans souci.
Et alors... Eh bien, le vieux truc s'est senti seul, très seul, sans son humaine de service, et tandis que je changeais les gamelles, il est venu se frotter contre mes jambes, a réclamé des grattouilles.
Il m’a totalement sidérée. Je suis restée paralysée d’horreur tandis qu’il faisait des huit entre mes mollets. Je me suis dit "Merdre, le salopiot". Mais comme je suis viscéralement incapable de résister à la faim de tendresse d’un être vivant, j’ai cédé, gratouillé, tapoté, frotté.
C'était fini. Malgré la méfiance et l'antipathie qu'il m'inspirait, j'ai continué. Et chaque jour j'ai gratouillé. Comme je venais avec Leika, la border collie truffe, ils sont devenus les meilleurs copains du monde.
Comme plus tard , il deviendrait aussi meilleur copain du monde avec Vegas, le colley cool, le chien des autres voisins.
Et plus tard , bien plus tard, j'étais la seule à pouvoir lui virer les dreadlocks que son pelage trop abondant qu’il traînait comme une cape de vieux super vilain fatigué.
Il venait tous les jours me dire bonjour au moins une fois, jouer avec Leika ou nous observer de loin en clignant des yeux au-dessus d’une meule de foin au soleil.
La voisine l'a trouvé mort hier, et je suis chagrin.
J'aimerais tant qu'il y ait un paradis des chats où il a retrouvé Petit Gris et où un ange lui démêle la fourrure...
Il n'y a qu'avec les chats que je supporte la métaphysique, même les très mauvais chats qui surgissent dans ton garage pour s’installer dans ton cœur par surprise.
* 1 lézard, 1 cochon, 1 border collie, 1 canard, 2 tortues, 5 chats, 5 poules, 6 poissons.
En un combat pas douteux du tout
Un « Puy du Fou de gauche » mon dieu, mon dieu, mon dieu *
Donc un roman national alternatif, avec bons points distribués par le comité central de la vertu historique, fumigènes militants forcément rouges et noirs et grands ancêtres dûment sanctifiés par le service après-vente idéologique avec Jaurès, Flora Tristan, Olympes de Gouges ou Badinter en tokens de luxe ? Mais quelle bonne idée ! **
Dooonc :
combattre le mythe par le mythe, la simplification par la simplification, le populisme par le populisme et l’instrumentalisation du passé par… une meilleure instrumentalisation du passé.
Géant
Rappel des gravures : l’histoire n’est pas un stand de tir idéologique où chacun peint ses cibles en rouge ou en bleu, c’est une discipline critique, faite de sources, de doutes, de contradictions, de révisions. Ça gratte, ça ne marche pas au slogan. En tout cas, c’est ce que prétend la gauche, depuis... whatever...
La gauche, historiquement, c’est quand même le camp qui démonte les grands récits trop propres, qui rouvre les dossiers, qui demande « qui parle ? pour qui ? avec quelles sources ? ». Si c’est pour finir par fabriquer son catéchisme spectaculaire avec saints laïcs, martyrs homologués et fresque téléologique, autant distribuer des chapelets matérialistes.
La foi politique, très peu pour moi. L’histoire, oui.
Bref, la messe, même à gauche, j’y vais pas, merci.
*non
**non
Ouvrir des prisons pour fermer des écoles
Dessin de merde au stylo en "bonhommes batons" ( du plus pur style "l'autrice a pris ses cours de dessin en griffonnant pendant les conseils de classe" ): un professeur debout derrière son bureau s’adresse à une classe. Dans une bulle, il dit : « Que ceux et celles qui ont un couteau lèvent la main ! ». En face de lui, plusieurs élèves schématiques, assis, lèvent le bras.
Donc voilà où on en est.
C’est à peu près ça, le niveau d’efficacité réel des solutions qu’on agite actuellement pour “empêcher les armes à l’école”. Mettre des portiques ? Inopérant, déjà parce que toutes les armes ne sont pas en métal (dude). Fouiller les cartables ? On n’a pas le droit. Et tant mieux.
Fouiller les élèves ? On n’a pas le droit. Et tant mieux.
On n’est pas dans un aéroport et une école n’est pas censée devenir une frontière militarisée. Apparemment, à un moment, il faut le rappeler : l’école, ce n’est pas un commissariat et les gosses les usuals suspects d’à peu près tout. Et pendant qu’on agite des dispositifs sécuritaires inutiles, (tout en conspuant en boucle et com’ d’hab, le laxisme des profs et des parents) on refuse résolument l’évidence.
Je vous jure que Victor Hugo n’a PAS écrit « Le mieux c’est de transporter la prison à l’école, comme ça c’est tout de suite fait »
Ce n’est pas de flicage dont on a besoin, c’est de personnel. Des adultes, des surveillants, des infirmières scolaires, des AESH (payés comme tel.les pas comme des merdes), des psychologues, des assistants sociaux, bref des gens formés pour écouter, repérer, accompagner, bref, créer des moyens pour s’occuper des gosses et surtout de leur santé mentale.
Le premier réflexe, comme toujours, c’est leur taper dessus, le plus vite et le plus fort possible, histoire qu'ils ne bougent plus (et ne fassent pas de bruit) . Parce que visiblement, dans ce pays, on pense qu’un adolescent qui va mal ira mieux si on lui met la tête sous l’eau, les mains sur la tête et le dos au mur (oui je sais c’est compliqué comme métaphore).
C’est sidérant.
Il faut reconstruire du lien, avoir des gens pour repérer les signaux avant que ça pète, mais on préfère supprimer 4000 postes de profs.
Merci , monsieur le ministre.
Si seulement ils étaient des enfants rois
Attention, attention, le train fantôme entre en gare !
C'était dans les temps du Confinement, nos jeunes voisins avaient deux petits garçons. Et dans la campagne devenue encore plus silencieuse (délicieusement silencieuse), vidée de tracteurs, de camions et d'autos, leurs cris résonnaient aussi clairs que ceux des hirondelles qui bientôt vinrent les accompagner au printemps.
De loin, tandis que nous buvions le café dehors sous la pergola, malgré le petit vent sec de cette fin avril 2020, nous écoutions leurs cavalcades, parfois interrompues par le grondement du père ou de la mère. Et nous souriions, parce que de un, ce n'étaient pas NOS enfants qu'il fallait gérer h24 ^^, de deux, parce que leurs braillements de sistres, leurs "C'est pas juste" "Ouiiiin" "OUAIS", c'était juste le bruit de la vie.
Celui qu'on n'entendait plus guère dans le pays depuis le 17 mars.
Je ne sais combien de fois, j'ai dû rassurer L. ou M., en leur disant que non, les minots ne nous dérangeaient pas, au contraire, nous aimions les entendre. (Bon, j'ai toujours skippé le passage où on rigolait des sporadiques et épuisées tentatives d'apaisement parentales ^^).
Et puis, je suis prof, je suis rentrée parfois le soir à la maison de collèges ou de lycées en ne rêvant que de silences de mort (celui que j'exige au début du cours, "le silence des tombeaux, ne respirez pas, ne pensez pas, ne bougez pas" et lorsqu'il s'abat sur nous une chape moelleuse, à peine interrompue par les braillements d'un de leurs camarades au loin dans un couloir, alors je chuchote "asseyez-vous").
(Contrairement à ce que vous penseriez peut-être, c'est une manie qui fait plutôt rigoler mes élèves et qu'ils ne détestent pas tout à fait).
Alors, de fait pour moi le bruit des enfants, oui, absolument bien sûr, c'est celui de la vie.
C'est aussi un trauma. le trauma de la jeune mère que je fus jadis, seule dans un wagon avec deux gremlins, dont l'un autiste, essayant désespérément d'emmerder le moins possible le voisinage, d'éviter les jugements comme on traverse un champ de mines, être jugée quand même et mal, évidemment, ajouter l'agression à l'angoisse, les gens même pas peur.
Et où sont les espaces pour les enfants dans ce pays ?
Question aussi sincère que rhétorique.
Parce qu’en France, l’enfant est toléré : tant qu’il ne bouge pas, tant qu’il ne déborde pas, tant qu’il ne rappelle pas qu’il existe. On les aime coussins. On les aime quand ils se tiennent « bien sages » à genoux les mains sur la tête. On les aime même morts lorsqu’ils ont fui en scooter. Mais l’enfant réel, celui qui vit, celui qui trébuche, qui déconne, parfois gravement, qui s’ennuie, qui piaille, qui chante trop fort, qui existe avec ses poumons, ses émotions non calibrées et son absence totale de diplomatie sociale, celui-là… ah non. Celui-là, c’est un problème d’ordre public.
On veut bien la natalité, mais sans les bébés et “la famille”, mais sans les poussettes (ni les allocs) . Et alors, évidemment, arrive l’idée la plus conne du monde : la SNCF qui envisage des wagons “no kid” , le compartiment “interdit aux enfants”, version TGV, ambiance lounge, avec silence, moquette mentale et absence garantie de cris aigus.
Moi j’appelle ça : l’aseptisation générale, le fantasme du pays Ehpad, la France Floridisée, la grande utopie du citoyen modèle, sans enfance, sans mémoire de ce qu’il a été. Et surtout, on fait ça avec une bonne conscience extraordinaire, comme si l’enfant était un touriste sonore qui aurait acheté un billet “option vacarme”. Comme si la mère (oui toujours elle, hein, parce le père dans ces cas-là, il n'est pas souvent là), déjà en sueur, déjà en hypervigilance, déjà en train de gérer le sac, le doudou, le regard des autres, la faim, la fatigue, les émotions en vrac, devait encore s’excuser de transporter la vie.
Dans ce pays, élever un enfant en public, c’est traverser un cimetière rempli de fantômes et zombies rageurs avec un tambour et des cymbales.
La jeune mère est là, dans le wagon, et elle sent tout. Si elle allaite, elle gagne la queue du Mickey en rajoutant l’assortiment indécence au pack « nuisance ».
Le soupir passif-agressif du cadre supérieur.
Le regard assassin du couple qui a “pris ce trajet pour se reposer”.
La vieille dame qui dit “à mon époque…” alors qu’à son époque les enfants couraient dans les rues et que personne n’appelait la police pour un ballon, même quand il finissait dans une vitre.
Bref, tous ces gens qui sortent la carte « enfant roi » dès que tu n’abrutis pas ton gamin de coups au moindre battement de cils (Mais en douce, pas devant eux, sinon ils te jugent AUSSI).
La parentalité comme exercice d’invisibilité, ne pas déranger, ne pas gêner, ne pas déranger (bis), ne pas exister trop fort.
Et pendant ce temps, la société, elle, se permet tout. Elle se permet le bruit des adultes bourrés à minuit à la terrasse du café, les conversations en haut-parleur, les traversées de campagne la musique à fond, les réunions Teams hurlées dans les trains, les types qui regardent TikTok sans écouteurs en étalant leurs cuisses comme s’ils étaient seuls dans la galaxie et qu’ils transportaient deux ballons de rugby dans leurs jeans repassés.
C’est là qu’on voit que ce n’est pas une question de bruit, mais de hiérarchie.
Le bruit des adultes est légitime.
Le bruit des enfants est suspect.
Alors on invente des wagons “no kid”.
Après quoi ? Des rues “no kid” ?
Des restaurants “no kid” ? (ah, c’est déjà le cas.)
Des immeubles “no kid” ?`(Aux US, ils ont sûrement ça , je leur fais confiance)
Des parcs “no kid” ?
La vérité, c’est que ce pays ne déteste pas les enfants, mais ce qu’ils symbolisent, une liberté pas encore enfermée, pas encore conforme, pas encore subalterne. Les enfants nous montrent les marges encore vides, encore à prendre.
Et il déteste encore plus les mères, parce que les mères incarnent ça en public : le vivant qui n’obéit pas.
Oh, je ne crois pas à l’innocence de l’enfance, j’ai déjà connu de vrais monstres de neuf ans. De ceux dont tu te dis, de loin, « Toi, je ne veux pas te croiser à 20 ans ». J’ai déjà détesté des enfants. Parce que ce sont des gens et que comme pour tous les gens, je fais l’effort de ne pas les essentialiser.
Moi, le bruit des enfants, je le sais :
c’est un trauma, oui.
C’est une fatigue, oui.
C’est un agacement parfois, évidemment.
Mais c’est aussi la preuve qu’on n’est pas morts, alors SCNF, restaurateurs, courtisans mortifères d’un monde lisse, noyé dans le VRAI silence des tombeaux, JE VOUS EMMERDE.
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