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Tango & Cash

Publié le par Jeanne-A Debats

Depuis qu’Alfred, bichon maltais de poche mais de tempérament d’ogive nucléaire, a débarqué intempestivement chez nous, Leika, Truffe boborurbaine de son état, en a inféré que toutes les lois en vigueur pouvaient joyeusement être révisées.

C’est qu’Alfred, les ignore, lui et qu’il les enfreint toutes.

Monter aux étages ? Mais oui, voyons !

Lorgner les dessus de lit comme si on préparait un casse de bijouterie place Vendôme ? Légitime.

Réclamer à manger toutes les deux minutes ? La base.

Filer comme un obus, sans écouter rien ni personne pour aller dire bonjour à V., le jeune voisin colley ? Ben quoi, il est où le problème ?

Et si on y arrive pas à deux, l’un des quadrupèdes fait diversion auprès du bipède de service, tandis que l’autre profite de l’ouverture.

Avec Alfred en Bonnie, La Truffe se découvre Clyde ; en Abbott, elle improvise Costello ; en Heckel, elle se déguise en Jeckel. Le duo sévit, à deux doigts de monter une version canine de la Teamster, avec blocage de ports par les dockers, enrôlement des sections félines voisines, et le Guéridon, mon mari, homme de ma vie et meuble philosophe à ses heures, a déjà rendu son verdict : « ils font gang ».

Évidemment, ils sont heureux. On ne sait pas si la Truffe s’est fait un copain ou un enfant, ou un « vrai » mouton, mais lui la suit partout, imite tout ce qu’elle fait, et malgré ses pattes ridicules la colle tout à fait honorablement quand elle pique un sprint dans les champs d’à côté. Et quand on ordonne à la Truffe de ramener le bichon qui « s’est involontairement égaré » du côté de chez V. le colley voisin, elle fonce, le bloque, mais reste là en aboyant et en glissant lentement dans la direction délinquante.

On nage dans un bain moussant d’amour canin, à quoi il faut encore ajouter cinq chats déjà. convaincus qu’ils dirigent l’univers.. Et inutile de compter sur eux pour rétablir l’ordre : désormais, ils se laissent léchouiller au petit matin, jouent avec le poil d’Alfred pile à la bonne hauteur, bref, profitent du désordre… tant qu’on n’essaie pas de leur laver les arrières, ce qui reste, et restera, une déclaration de guerre.

Bref : si on ne confie pas rapidement l’adorable passager clandestin à une bonne âme volontaire, il faudra venir déblayer nos cadavres, retrouvés sous une avalanche de poils, ronrons, aboiements et léchouilles.
Cause du décès probable : mort par excès d’affection multispécifique. Ou épuisement. Ou les deux.

En tout cas, aujourd’hui, la Teamster landaise fait comme le reste du pays, elle bloque tout.

Bonne grève à vous toustes, camarades.

L'AG de la border et du bichon, elle assisse, oreilles droites, tête penchée, lui le bichon couché à ses pieds sur son tapis fixe résolument l'objectif. "Rends les croquettes" !

L'AG de la border et du bichon, elle assisse, oreilles droites, tête penchée, lui le bichon couché à ses pieds sur son tapis fixe résolument l'objectif. "Rends les croquettes" !

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Les aventures rocambolesco-boueuses et matutinales d’Alfred le Bichon trouvé en attente d’adoption pleinière ailleurs et Leika la truffe bobrurbaine.

Publié le par Jeanne-A Debats



Or donc tous les matins avant le petit jour, aux alentours de 5h, légers et courts vêtus, Leika et Alfred traînent l’humain.e (plus souvent l’humain) le plus réveillé dans les joies du point de rosée et des évacuations primo quotidiennes.
C’est un moment d’enthousiasme terrifiant dès l’ouverture de la porte. Leika veut passer d’abord, le bichon itou. Leika traverse le bichon comme les divisions de Panzers les rangs supposés (oui parce que c’est un hoax en fait) de la cavalerie légère polonaise en 1945. Aplati comme une crêpe, mais pas démonté ,le bichon insiste, l’écrasement persiste. Leika ne gagne pas toujours.
Une fois dehors, c’est chacun.e pour soi. Et yolo les hautes herbes un peu craquantes pour la Truffe, yarglaaah les douceurs du gazon franchement tondu (non, Alfredo pas là, juste devant la porte sous l’auvent).
Un petit tour sous le prunier qui lâche encore quelques bombes délicieusement sucrées à disputer aux frelons (scoop : le frelon ne dort pas des masses), l’humain râle mais c’est pas grave. L’humain pense que trop de prunes nuit aux Truffes, la Truffe beg to disagree et pense que l’humain espère seulement sauver son tapis.
Puis une galopade par là et on retourne à la casa se goinfrer une merveilleuse poignée de croquettes à chats (oui c’est comme ça). Et hop, reprenons le cours de la nuit lové sur un moelleux tapis.

Avant de se rendormir, Alfred tient à faire remarquer qu’il a été un très bon toutou (lui) et quémande une dernière caresse, qu’on lui accorde en grognoufant dans nos barbes, vu qu’on ne veut pas (trop) s’attacher. Mais avouons que le salopard razmoquettes rend la manœuvre très difficile.
Ça, c’est comme d’hab.

Sauf que ce matin, sous le prunier, y’avait un intrus qu’on avait pas vu depuis longtemps : Alphonse le hérisson ((tous les hérissons s'appellent Alphonse ici, même les hérissonnes, c'est pas moi qui fait les règles -- ah si), dérangé par les pluies diluviennes, en pleine opération “réserves avant hibernation”. Leika passe et s’en fout, elle sait ce que ça coûte le reniflement trop proche d’un hérisson même quand on le connaît bien. Alfred, lui, est un petit gars des villes c’est sûr désormais. Ce machin hérissé l’intrigue, le passionne, l’indigne. Il fonce. Ouch, droit dedans comme quand il essaie de sortir avant la border. Piqué jusqu’aux oreilles, il croit sans doute avoir rêvé : il fonce derechef. Gnouf, non vraiment ça fait mal ce truc. « Et tu fais rien ? » geint-il à la Truffe qui remue la queue, ignore toujours aussi poliment Alphonse et s’occupe plutôt de piquer des prunes sans que je le voie.

Alphonse, lui, s’en va en se dandinant, parce qu’il se met à tomber des cordes, l’endroit est trop bruyant. La socialité, c'est pas son truc. Et c’est un Alfred furibard que je ramène à la maison, lamentable sous la pluie, le poil traînant. Et voilà qu’il toussote, renifle, geint, bref il joue les martyrs avec une conviction de tragédien grec. On l’imagine déjà déclamant Eschyle, sauf que les vers se terminent toujours par « ouaf ». Lui qui d’ordinaire a des mines de prince en exil, il ressemble plutôt à une vieille serpillère oubliée dans une rigole. je l'essore tant bien que mal, mais il faudrait une armée de pressing pour redonner du panache à cette boule de coton détrempée qui, en prime, se met à frisoter.
Leika, elle, observe de loin avec la babine en coin des habituées du drame rural. Elle sait qu’Alfred va recommencer demain, parce que la curiosité d’un bichon c’est comme la pluie d’automne : inépuisable.

Petit gars des villes, c’est certain. Mais avec un entêtement de hobbit et un orgueil de Napoléon miniature.

On l'aime déjà trop, foutu cabot.

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Joker

Publié le par Jeanne-A Debats

Il y a des soirs où l’univers décide de tester vos capacités d’improvisation et d’adaptation.

16h, H moins 3h. Douze invités prévus à table, je me lance dans l’opération « mise en sécurité féline» : Hyrcki au garage, Misha et Flow à la salle de bain, reste Tim à rabattre dans la chambre avec Socquettes. C’est que nos chats n’aiment pas les étrangers et comme mon arrière grand-père jadis à ses enfants « Et j’entends par étrangers, tout ce qui n’est pas ta mère et moi ».
Pas de Tim, le fourbe sentant le vent, a profité des affolements divers de tous et toutes pour filer dehors. Je sors, j’agite le paquet de croquettes, frrr frrr, persuadée que Tim va pointer son museau… et à la place surgit quelqu’un d’autre.

PAS.DU.TOUT.PREVU.AU.PROGRAMME.

Le genre de mini-serpillière à pattes, toute propre, avec un nez en bouton de bottines et des yeux façon “Tu m’auras adopté avant même que tu comprennes que je t’ai eue”, c’est un bichon maltais, peut-être., L’évadé de la planète des Peluches Trognonnes s’avance vers les croquettes et moi l’air de dire : “j’en veux bien moi, des croquettes. ”. Mais non, c’est une ruse !
L’évadé ne veut pas de croquettes, juste conquérir nos tapis et squatter nos caresses ; un bol d’eau, trois bouchées par politesse et, il entreprend ex abrupto de séduire la border collie. En deux minutes, il a déjà compris que, dans une maison envahie de chats outrés, la chienne était la bonne alliée à cultiver.

Personne sur la route. Pas un maître affolé qui cherche son chien. Pas de trace de bouillasse sur son poil, pourtant sec et toiletté alors qu'il a plu sa mère en kilt toute la matinée. Pas affamé non plus, pas assoiffé. Pas maltraité, il obéit facilement, sans la bassesse terrifiée des chiens qu’on frappe pour les faire obéir. Quelqu’un a mis du temps, de la patience et de l’amour dans son éducation. Il reste simplement là, comme un cadeau encombrant et irrésistible, déposé à seize heures un soir de dîner.

OK, inutile de poster « Houston, nous avons un problème », il faut gérer. Le bichon devient Joker ( parce qu’il débarque sans invitation à la fiesta comme son homonyme et que clairement, il veut dominer Gotham). Pendant que nous jonglons entre les casseroles et les convives, lui s’installe déjà comme s’il avait toujours été là. On dirait une boule de sucre glace qui marche toute seule, ou un chausson en peluche qui s’est découvert une vocation de chien. La border collie est conquise. Les chats font mine d’ignorer, mais je les connais : ils enregistrent tout, ils me jugent et me condamnent.

Le lendemain, direction vétérinaire. Pas de puces, pas de tatouage, pas de puce électronique non plus. Le vétérinaire note mon nom, et à la mairie ils prennent sa photo pour l’afficher. Je fais le tour des voisins, qui ricanent un peu parce que qui a un chien de ville dans le coin ?

Dans quelques jours, quelqu’un d’une association viendra le chercher.
Et déjà, mon cœur fait ce qu’il fait toujours avec les cabossés : il ramasse. Les enfants perdus, les chiens échoués, ceux qui se glissent dans ton quotidien par la petite porte de la tendresse. Je sais bien que si ses vrais humains se manifestaient, je le leur rendrais sans l’ombre d’un regret et avec un total soulagement.
Mais si c’est une asso qui vient, si c’est un inconnu, alors ce ne sera pas pareil. Parce que Joker, avec ses airs de fantôme de machine à laver option essorage à 18 a déjà trouvé sa place dans la maison et comme son terrible homonyme, les combinaisons de mon coffre-fort affectif n’ont aucun secret pour lui.

Et force m’est de constater que les chiens ne faisant pas des chats (hin, hin) , je deviens chaque jour un peu plus ma mère qui accueillait la misère animale et humaine avec une porte également toujours ouverte. Elle est morte il y presque 6 ans déjà, date anniversaire dans 15 jours, et il faut bien que quelqu’un s’y mette.

Bichon maltais en pleine tentative d'effraction affective. C'est à dire que depuis un lot de tapis colorés , il fixe l'objectif avec une mignonnerie qui devrait être interdite par la convention de Genève.

Bichon maltais en pleine tentative d'effraction affective. C'est à dire que depuis un lot de tapis colorés , il fixe l'objectif avec une mignonnerie qui devrait être interdite par la convention de Genève.

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En mémoire de Jean Pormanove et de tous les autres

Publié le par Jeanne-A Debats

C’était il y a quarante ans. J’étais animatrice en colonie de vacances. Une colo chic pour gosses CSP+ en Grèce.

Il y avait cette jeune fille, jolie mais naïve, « simple ». Sa fragilité aurait dû donner aux gens l’envie de la protéger des lions. Mais l’ennui, c’est qu’il y a beaucoup de lions et pas énormément de gens. (Ou l’inverse, puisque les lions, eux, ne se planquent pas derrière le mot « blague » quand ils bouffent leurs rejetons mâles.)
(Tiens, c'est une idée)
(Je déconne)

Elle servait donc de défouloir aux salopards d’animateurs, toujours prompts à maquiller leur cruauté en humour. Au début, je n’ai rien vu : j’avais mes propres problèmes. J’étais moi-même leur cible, trop pédago, trop intello , la tarée qui proposait des visites de ruines en Grèce, sans déconner !?
 Eux, ils ne rêvaient que de piscines, même pas des plages.

Un soir au restaurant, les types ont convaincu le serveur que la gamine rêvait de lui et raffolait des plats ultras-épicés. Et là, j’ai vu. J’ai protesté, personne n’a bronché. Alors je me suis assise à côté d’elle. Quand le serveur a posé le piège devant elle, j’ai échangé son assiette avec la mienne. J’ai bouffé le feu de l’enfer en silence, pendant qu’elle mangeait tranquille et que la meute guettait son étouffement comme des hyènes flairant l’antilopette trop fragile. Le soir même, le directeur m’a convoquée. Verdict : je « ne savais pas rigoler ». 
Je n'aurai pas de contrat l’année suivante.

Quarante ans plus tard, c’est la même mécanique, simplement podcastée et monétisée : l’affaire Jean Pormanove. Même scénario minable : une victime choisie pour sa vulnérabilité, des bourreaux persuadés d’être drôles, et un public qui s’esclaffe en attendant la chute. Dans la colo, c’était une assiette de piments. Sur Kick, une suite d’humiliations en direct. Dans les deux cas, on se gave de la même chose : la souffrance des autres. Jusqu’à la mort.

Dans une cour de collège, une colo, un bureau, ou en streaming, l’équation est la même : plus on regarde, plus ça dure. Chaque vue, chaque commentaire, chaque silence vaut approbation. C’est cette rente morbide qui encourage l’agresseur à recommencer.

Après coup, place à l’hypocrisie en mode supersonique. Les adultes n’ont  rien vu , les supérieurs  rien su, les plateformes pas assez de moyens. Tout le monde savait. Tout le monde voyait. Mais dénoncer, c’est s’exposer. Alors on détourne les yeux. La lâcheté collective est l’engrais le plus efficace du harcèlement.

Et quand quelqu’un proteste ? On l’écarte. Moi, je ne savais pas rigoler. Ceux qui ont signalé les violences contre Pormanove ont été ignorés, ridiculisés, menacés. Car le harcèlement a toujours le même alibi commode : « ce n’est qu’une blague », « il faut savoir rigoler ». C'est son camouflage, son carburant et son impunité.

Jean Pormanove n’est pas mort par hasard. Il est mort de ce vieux mécanisme qui transforme la douleur des plus faibles en spectacle, l’humiliation des fragiles en divertissement et la cruauté des connards en business. La seule différence, c’est l’échelle : dans mon histoire, il y avait encore une assiette que je pouvais échanger. Dans la sienne, personne n’a pris le plat.

J’ai la bouche qui brûle encore après quarante ans, mais ce ne sont pas les piments.

 

 

(Accessoirement, je relie très facilement ces deux histoires à celles des trois enfants autistes morts noyés ce mois-ci dans une sortie de groupe. Supposément encadrés, mais morts parce que la vigilance s’était évaporée, que l’institution a confondu accompagnement avec gestion approximative.

Dans les trois cas, ce n’est pas un simple manque d’attention, c’est une complicité, une indifférence active, un validisme assumé : on laisse faire, on détourne la tête, on fait taire ceux qui alertent, parce que regarder en face impliquerait de se lever, de prendre le plat trop épicé, de couper le direct, de surveiller vraiment la baignade. )

 
 
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Le cerveau, cette MST mortelle

Publié le par Jeanne-A Debats

Je ne suis pas certaine que l’intelligence soit un cadeau.

Prenez notre dernier chat : brillant, trop brillant. Un cerveau d’ingénieur coincé dans une boule de poils. Il rapporte la balle, nous colle aux basques, a pigé que tel interrupteur « allume les poissons » — et il adore allumer les poissons.

C’est lui, le Machiavel de salon, qui a inventé le plan suivant :
« Moi, je pique le sachet de pâtée. Toi, Leïka, tu le déchires un peu pour que j'ai accès, j’engloutis tout et, comme le cadavre finit toujours sur TA couverture, c’est toi qui prends. »

Résultat : lui banquette, l’autre se fait engueuler. Un stratège.
Et parce qu’il est trop malin, il tente aussi des conneries inédites : ce matin, il a léché un crapaud. Deux minutes de bave et d’yeux exorbités plus tard, c’était passé. Intelligence + curiosité = cocktail Molotov.

Et là, je me dis : l’humanité, c’est exactement ça. On aurait dû étouffer tous les petits futés de la caverne qui ont osé dire : « Eh, et si on faisait mieux que ça ? »
Parce que c’est de là qu’est parti le carnage.

Sans eux, on vivrait encore dans la grotte :
– pas de gratte-ciel, pas de centrales, pas de plastique dans les océans,
– pas de traders qui vendent la planète par actions,
– pas de dépressifs coincés dans des open-spaces à faire semblant d’aimer « la synergie » et le baby-foot d’entreprise,
– pas d’antivax,
– pas de Elon Musk préhistorique lançant son caillou réutilisable en orbite,
– pas de Zuckerberg troglodyte inventant le premier réseau social de signaux de fumée toxiques,
– pas de Macron-chaman expliquant que la grotte est une start-up nation,
– et surtout pas d’IA pour me pondre des punchlines que je pouvais écrire toute seule.

On mourrait à 40 ans, certes, mais entourés de nature intacte, persuadés que le vent est un dieu et la rivière une déesse, au lieu de leur coller un compteur Linky au cul.
Et peut-être même encore capables d’être gentils les uns avec les autres (gentils… sauf quand il fallait partager le mammouth).

(C’est rien : je viens juste de lire les coms débiles sous l’article du Huff sur la librairie Violette & Co. Je désespère de l’humanité tout en surveillant Totor, le génie testeur de neurotoxines bio, au cas où il faudrait quand même filer chez le véto.)

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C’est presque de la SF, ou pourquoi je suis tombée dans le tonneau quand j’étais petite 2

Publié le par Jeanne-A Debats

 

La littérature, chez nous, ce n’était pas la vie : c’était mieux que la vie.
Ma mère était la plus virulente – rien ne l’arrêtait – capable de partir dans des colères ou des extases phénoménales pour un bouquin. Mais mon père avait aussi le coup de griffe facile, et il l'avait forcée à admettre que la BD, c'était de l'art. Pas gagné, j'ai lamentablement échoué – avec les 2 – pour la SF,  je l'ai dit déjà.
 
Ce sont eux qui m’ont collé Boris Vian dans les mains, évidemment. En voiture, on chantait «La Java des bombes atomiques» à pleins poumons, ou «Ch’uis snob», ou encore «On n’est pas là pour se faire engueuler». Les refrains « j’y retourne immédiatement » ou « de l’autre côté c’est passionnant » surgissaient comme des ponctuations naturelles de notre quotidien. Ma mère pleurait en déclamant « Il a dévalé la colline ». Vian nous parlait comme son vieux pote Queneau : tous les jours, tout le temps.
J’ai dévoré «Et on tuera tous les affreux» – de la vraie SF, codée, un peu pourrite^^ – ou«J’irai cracher sur vos tombes». 
 
(Au terrible scandale de ma grand-mère, qui trouvait le roman trop cul… comme Le journal d’une femme de chambre – pas de Vian, de Mirbeau. Elle a tenté de me les arracher, mais maman est intervenue :
 
– De deux choses l’une : soit elle comprend ce qui se passe et donc elle EST DÉFINITIVEMENT en âge de le lire, soit elle comprend pas et on s’en fout : si elle se fait chier, elle posera les bouquins toute seule.
 
Je comprenais que dalle, mais je m'en foutais, j'apprenais déjà la suspension d'incrédulité, j’acceptais de ne pas comprendre et de me laisser porter par les mots jusqu'au prochain îlot de compréhension. ^^)
 
Mais «L’Écume des jours», c’était le must. Et si c’est « presque » de la SF, ce n’est pas seulement pour le nénuphar qui pousse dans un poumon, le pianocktail ou la souris philosophe : c’est parce que Vian a inventé un monde avec ses propres lois physiques, biologiques et sociales. C'est un univers parallèle où la poésie et l’absurde sont des forces aussi tangibles que la gravité. La chambre rétrécit quand l’amour se meurt; les objets ont des humeurs; un homme peut se ruiner pour acheter des reliques de Jean-Sol Partre comme si la littérature avait supplanté toute autre religion ; la mort n’est pas un tabou mais un changement d’état, comme on passerait de solide à liquide. C'est un monde qui ne fonctionne pas sur nos règles mais sur celles de l’émotion pure.
 
C’est exactement ça, la science-fiction : déplacer les paramètres de la réalité pour voir ce que ça raconte de nous. Chez Vian, la science est celle des métaphores, l’expérience est sentimentale, et la physique se plie aux exigences de l'âme, du «soul» comme disent les anglais. L’Écume des jours n’est pas un roman « réaliste » : c’est une exploration d’un autre possible , donc, pour moi, de la pure science-fiction.
 
Et comme toute la SF, elle ne parle au fond que d’ici et de maintenant en se dissimulant sous ailleurs et demain.
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C’est presque de la SF, ou pourquoi je suis tombée dans le tonneau quand j’étais petite 1

Publié le par Jeanne-A Debats

Les Fleurs bleues
Raymond Queneau

Chez nous, Les Fleurs bleues de Raymond Queneau, ce n’était pas un roman : c’était le grimoire familial, celui qu’on sortait autant pour se marrer comme des baleines (de parapluie) que pour clore un débat politique (Sthènestu et Stèfossi). L’Académie française pouvait bien s’asphyxier dans ses fauteuils à deviser sur « l’usage correct », nous, on parlait Queneau à table. Entre le « Eratépiste », « à la télé on ne baise guère » et le sacro-saint « je considère la situation historique et je la trouve plutôt floue », (phrase qui, soit dit en passant, devrait remplacer la devise républicaine sur tous les frontons : Liberté, Égalité, Flou généralisé) on tenait tout un code linguistique, incompréhensible aux gen bestiou (les étrangers/ gens bêtes, en gascon).
C’était notre latin de cuisine, notre langage secret, et si un immortel en habit vert était passé par là, quelqu’un aurait proféré « Doukipudontan ? » (parce que Zazie , ça marche aussi,. Mais moins.)

Petite, j’ai pris ça pour un roman historique en plus marrant : le Moyen Âge qui débarque chez les sixties comme un invité bourré à un mariage, et qui discute politique avec un type qui repeint sa péniche au fond d’un rêve. Puis j’ai compris : Queneau n’écrivait pas l’histoire, il la piratait. Il la hackait.

Sans vaisseau spatial sans flux capacitif : le voyage dans le temps par la puissance de l’absurde ancestral. XIIIᵉ siècle, 1964, va-et-vient continu, ruban de Möbius à même la page. Et cette langue ,ce néobabélien vernaculaire (sic) mutant, truffé d’anglicismes (Argh, le maaal au bucher !) et de Canadiennes (sans pitons) , d’argot, de latin de sacristie et de mots tordus, c’était déjà un dialecte extraterrestre.

J’ai compris bien plus tard, après avoir ouvert un Asimov ou un Le Guin, pourquoi il allait me faire aimer la science-fiction d’un amour immédiat et irrévocable. Parce que j’étais déjà vaccinée au mélange des temps, aux réalités poreuses, aux dialogues impossibles, aux langues inventées. Ce roman, c’était ma première machine à explorer les mondes , mais propulsée au calembour et aux contrepèteries (Mon dieu, Pratchett !). Mon seul regret réside en ce que ma mère, mon père, jamais ne me suivirent, jusqu’à leur mort, la SF resterait « des histoires de fer à repasser volants ».

(Ce qui soit dit en passant est une image très queneausienne et... très SF^^)

Pour les Fleurs bleues pourtant, personne ne se demandait si c’était réaliste ou mimétique. On vivait dedans, comme dans une uchronie en continu. C’est le livre que nous offrions le plus (avec Sans Nouvelles de Gurb), que nous prêtions le plus, qu’on nous rendait le moins, un vrai trou noir, une anomalie littéraire.

Les repas ressemblaient à des sommets diplomatiques entre le duc d’Auge et Cidrolin, avec les mêmes absurdités, les mêmes éclairs de lucidité, et la certitude qu’au final « la situation historique est, demeure et restera toujours plutôt floue ».

Alors oui, Les Fleurs bleues n’est pas rangé au rayon SF. Mais il a planté dans ma tête l’idée que le temps est un jouet, que la langue est un vaisseau, et que l’Histoire et l’humanité peuvent se raconter autrement qu’en ligne droite. Je suis tombée dans ce tonneau-là enfant, et depuis, j’ai toujours reconnu la science-fiction au premier regard :

elle parle la même langue que Queneau.

Et tant pis si ça donne de l’urticaire à l’Académie : elle n’a jamais aimé les récits qui respirent.

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Catch de chats dans la boue

Publié le par Jeanne-A Debats

 

J’ai cru bien faire.

J’ai convaincu mon compagnon d’amour et de vie que, vu le temps de merde à venir (environ 30 à 36° en fin de semaine) c’était le moment ou jamais de « rattraper » la terre battue de l’entrée, qui depuis notre arrivée en 2018 affiche des marches aléatoires, des trous étranges et sert souvent de terrain de soulagement à nos 5 amis félins. J’ai beau noyer la chose sous l’huile essentielle de truc anti-chat, résultats mitigés.
Mais là il fait chaud, ça va sécher vite. On a justement un énorme tas de glaise issu du creusage du bassin futur. En piste.

Tu m’aimes chéri ?
Chéri : Mouais.

Rude et noble tâche, promesse d’accueil digne. Quelques brouettées, des cailloux qui font mal, des pinçages de doigts, un arrosage généreux… et la porte s’ouvre désormais sur un marais délicat, où l’eau clapote gaiment sous la semelle et où la boue aspire les pas avec la douceur d’une pieuvre polie mais décidée.

Ça n’a pas loupé : les chats ont pensé qu’il fallait absolument passer par là (il y a 15 autres moyens de sortie vers le jardin dans la maison hein ?)

Socquettes, chatte noire et blanche, gantée de blanc aux quatre extrémités, s’y engage la première. Elle pose une patte, la retire aussitôt comme si elle venait de toucher une huître tiède. Secoue vivement : tchak-tchak. Puis, fatalement, replonge l’autre, secoue encore. L’avancée ressemble à une gavotte absurde : plouf, tchak, plouf, tchak. Elle me jette, entre deux secousses, un oeil qui dit : « Tu as fait ça pour me perdre. » Ses gants sont devenus des bottes marrons, elle file se coller devant la porte, vexée à mort, elle me lance « le regard du chat », ce truc insondable qui te fait comprendre pourquoi on les brûlait jadis.

Flow, petit chat noir, de ceux qui croient que, du haut de leur kilo, et demi, ils peuvent terroriser un malinois, attend. Il a appris la prudence en milieu humide, deux fois qu’il se fait la mare à cause des lentilles d’eau, ces traitresses, qui se font passer pour de l’herbe. Il sonde l’étendue louche puis s’avance enfin, queue levée haut, museau froncé. Trois pas. Le sol cède mollement sous lui ; il recule d’un air outragé, comme si la boue lui avait mal parlé.

Misha, gris, crème, blanche et soyeuse comme une meringue vanille, s’élance derrière, la patte nerveuse. Elle choisit la méthode du petit cheval, haut du genou. Avance d’un air appliqué… puis accélère, éclaboussant Flow qui se retourne, furibard. Échange bref : deux miaulements sifflés, une patte claquée dans le vide, et les voilà qui s’empoignent, roulent au beau milieu du bourbier. Nous avons donc deux chat poisseux , boueux, marrons qui haïssent le monde entier.

Mais surtout moi.

Socquettes, toujours en bordure, a cessé toute progression. Elle les fixe, figée, quatre bottines de glaise aux pieds. L’air de la vieille dame outragée, incrédule, devant tant de bêtises chez les jeunes. Puis tout le monde s’enfuit à glaise rabattue (ou à la glaise) dans le jardin pour la promenade du matin, dont iels reviendront inexplicablement propres comme des sous neufs en évitant le marais, cette fois.

-- Mia, me fait Socquettes à l’arrivée, sur un ton qui indique clairement que c’est uniquement parce que c’est l’heure des croquettes qu’elle consent à s’apercevoir de mon existence.

Quant à mon compagnon d’amour et de vie, en ce moment, le matin, il m’évite.

 

C’est bien un chat, lui aussi.

 

 
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The Old Guard (film)

Publié le par Jeanne-A Debats

The Old Guard I
(Netflix)
Gina Prince-Bythewood (2020)
 
On ne dira jamais assez le talent de Charlize Theron.
Même en plein marais scénaristique, elle garde le port altier, le brushing apocalyptique et cette manière lasse mais infiniment élégante d’empoigner une hache comme d’autres se penchent pour saisir l’anse de leur fine bone china remplie de thé vert de l’Himalaya au gros sel rose.
Ici, elle incarne Andy, immortelle aguerrie, vaguement ancienne déesse ou reine des amazones, on ne sait pas trop, cheffe de commando millénaire qui en a vu d’autres… et qui a l’air d’avoir lu tous les manuels de survie, y compris celui des Castors Juniors. Hélas, elle n’a pas fait l’impasse sur celui qui dit “toujours avoir l’air de se faire chier”.
 
L’histoire est sympatoche :
une poignée d’immortels très pros au combat, plus soudés qu’un vieux groupe de rock alternatif à l’aube de leur retraite, protègent l’humanité à coups de fusil, de tatanes dans la gueule et de dialogues laconiques. Quand un nouveau membre se découvre immortel, on lui fait un onboarding express : bienvenue, voici ton arme, ton trauma et ton code vestimentaire. L’action est léchée, les chorégraphies bien foutues (merci la caméra qui, miracle pour une prod Netflix, sait rester sobre).
 
Et la représentation LGBTQ+ coule de source :
un couple d’éternels amoureux traité avec un naturel réjouissant. Ils s’aiment depuis 600 ans et ils tiennent à s’assurer l’un l’autre, entre deux rafales de fusils automatiques, que ça n’a pas changé.
Mais hélas l'ensemble manque cruellement de nerf, d’émotion. L’angoisse existentielle de l’immortalité ? Effleurée comme un post‑it sur un frigo, « Oui tu vas voir crever tous ceux que tu aimes et ils te haïront parce que pas toi, mais magne, on a un hélico à prendre ».
 
Le méchant ? Un startuppeur de laboratoire avec le sex‑appeal d’un PowerPoint en audit fiscal. Et comme en plus c’est joué par l’acteur qui faisait le vilain cousin de Harry Potter jadis, ben désolée, mais j’arrive pas à avoir peur une seconde, ni à le prendre au sérieux. Alors qu’il campait un joueur d’échec merveilleux et un amoureux sensible dans the Queen Gambit, comme quoi quand on aide pas un acteur avec des dialogues un peu fouillés, ça fait de la merde.
 
(Par exemple, il passe une bonne partie de la fin à attendre Theron et ses copains une hache à la main. Eh ben pas UNE SECONDE on se dit qu’il va faire le moindre dégât avec et on se demande pourquoi son bodyguard ne la lui confisque pas pour éviter qu’il se fasse mal avant de mourir.). Les personnages secondaires ? Sympathiques, mais si on les échangeait contre d’autres, on ne s’en apercevrait même pas.
Bref, tout ça reste très tiède, des immortels, on se serait attendu à un enjeu majeur, ben ça tourne autour, « Non mais les gars, faut sauver Kevin et Kimberley » et comme par ailleurs on a pas eu le temps de développer la moindre empathie pour quiconque , ben à la fin, on s’est pas ennuyé...
 
 
mais on s’en fout.
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RANT

Publié le par Jeanne-A Debats

Mesdames et messieurs les membres du gouvernement,
Mesdames et messieurs leurs divers thuriféraires, habituels ou juste de passage, et autres suce-boules au Nutella,
Mesdames et messieurs les gens du PS (parce que hein, faudrait pas vous oublier non plus)

J’ai 60 ans.

L’âge où je devrais glisser mollement vers un centrisme crémeux, m’acheter des fleurs le dimanche et dire « les jeunes exagèrent un peu ». Sauf que j’ai raté la marche. Je n’ai pas fondu dans le flan républicain. Je fais une allergie au Flamby tiède et au Bayrou allégé mais lourdingue.
À cet âge, je devrais collectionner les orchidées, pas les colères. Voter PS (hinhin) par réflexe d’arthrose. Penser que « le progrès, c’est d’avoir un médecin traitant ». Mais non. Je suis restée du mauvais côté de la rage.

Et c’est de votre faute.

Je ne vais plus en manif depuis dix ans. La BPCO fait mauvaise équipe avec les lacrymos. Ma fibro s’effondre au premier pavé. Résultat : je râle depuis mon canapé. Ce n’est pas moins politique. À défaut de me faire casser la gueule par un CRS, je casse du sucre sur leurs donneurs d’ordres. C’est moins sportif, mais tout aussi cardio.
Petite, on m’a vendu la fin du racisme, le progrès sans la pollution, la paix à coups d’ONU. Résultat : on a le Wi-Fi dans les chiottes mais des mômes se noient encore en Méditerranée. L’égalité avance, à condition d’avoir le bon code postal.
Le mariage pour tous ? Certes. Mais les trans ramassent les baffes pour tout le monde. Ielles encaissent pour nos maigres avancées. On légalise, puis on cogne.

Je suis une femme. Donc statistiquement, j’aurais pu crever sous les coups d’un homme que j’aimais. La routine. Je ne suis ni noire, ni arabe, ni trans. J’ai juste la chance d’être une cible de base. Le flic n’a même pas besoin de viser.
Je devrais être de droite, franchement. Et pourtant, à cause de vous, j’ai l’air d’une dangereuse radicale quand je dis qu’on ne devrait pas tabasser voire tuer un gamin pour une capuche, ni arracher un vêtement de femme, même si elle le porte sur sa tête. Votre monde est si torché que même moi, vieille croulante en polaire éco-bio, je passe pour subversive.

Vous êtes allés si loin dans la suffisance et la stupidité que je suis devenue votre cauchemar : une extrémiste modérée qui demande juste qu’on arrête de tuer les gens. À Gaza. Dans nos rues. Dans nos champs, à coup de saloperies que vous osez appeler « pharmacéticosanitaires » (si, si), pour qu’on oublie que c’est du poison.

Alors je vais signer PLEIN de pétitions.
Pour vous faire chier.

Comme dit une mienne amie à moi, bien trop souvent, elle aussi :
je suis trop vieille pour ces conneries.

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