Un diamant gros comme le Ritz.*

Publié le par Jeanne-A Debats


Pour ceux qui ne sont pas au courant, vu que je le clame à qui veut l’entendre, je suis actuellement à Istambul, non loin de l’hôtel Pera qui vit passer Hemingway et qui prétendait avoir reçu Agatha Christie* les dix jours où elle disparut mystérieusement et revint avec l’intrigue du « Crime de l’Orient-Express », tandis que son mari faisait des pieds et des mains pour devenir son ex.

Moi, j’aurais été ce monsieur tout de même, j’aurais hésité : quoique sans doute invivable (et pour cause) (mais pas sûr), la dame avait déjà tué virtuellement quelques trentaines de gens. Donc demander le divorce, voire ; mais de trois mille bornes, pas de Brighton. Bon, je suis mauvaise, la pauvre Agatha était trop atterrée pour songer à supprimer le traître ; même les plus grandes ont leurs faiblesses…

En tout cas, j’ai l’impression que la partie d’Istambul où Agatha aurait pu trainer et où Hemingway a sûrement vomi n’a guère changé depuis leur passage, internet en plus.  Il se pourrait même que des descendants infiltrés de Vlad Dracul y espionnent encore l’ennemi :


2011-08-10 16.13.36

Cela ne vous fait pas l’effet d’une belle demeure de vampires ? Surtout le lourd rideau rouge au deuxième ?********


Istambul est exactement ce à quoi je m’attendais : du marbre et de l’albâtre toiturés de tôle, du plâtre redoré à l’or fin, tout cela dans des tons bleu passé, des pourpres délavés sous des lustres monumentaux cernés de miroirs et étincelants de pampilles. Notamment celui-ci, offert par la reine Victoria au Sultan qui menace depuis le plafond du palais de Dolmabaçe et qui est, je crois, le plus grand du monde.*******lustre à Dolmabaçe

 En fait, la seule chose à laquelle je ne m’attendais pas, c’est ça : les pampilles.

Je ne pensais pas qu’un jour on m’amènerait à reconsidérer ma vision des pampilles, moi qui ai choisi la Voie de la Pampille, il y a fort longtemps, et qui me croyais ceinture noire 150ème  dan en la matière.

Je vous ai dit que j’adorais les pampilles ?

Chez moi, il y en a partout, des cristaux aussi, des fleurs de pierre ou de faïence soutiennent des boules de noël anglaises farfelues, des danseuses en porcelaine de Dresde font la nique aux masques d’orcs sur des coffrets à jeux d’échecs russes, tout cela sur fond de miroirs de Venise et de toiles de Jouy.

Genre ça :

Photo 004

Je m’imaginais kitsch, moi.

Mais je m’avoue vaincue, haut la main, et par des experts millénaires. Personne ne battra les Turcs, sauf peut-être les Viennois et encore.

J’ai rendu les armes devant ceci :


spoonmaker-diamond(Il est encore plus gros que ce que vous voyez, sisi)

 

D’ailleurs, pour bien le voir, j’ai été obligée de remettre mes lunettes de soleil. Je vous jure que c’est vrai : ce bidule étincelle tant qu’il est impossible d’en distinguer les détails à l’œil nu.

Ceci, c’est le diamant Spoonmaker, celui que Melina Mercouri et ses potes négligent au profit de la dague du Sultan (pas mal non plus**) dans Topkapi, le film de Dassin.***

Topkapi-1964

 

 

 

 

Son nom vient de ce que l’escroc qui l’avait acheté à son découvreur,  un pauvre pécheur (ou fermier, ça dépend des versions), l’avait échangé contre des cuillères*****. 

Les pauvres sont crétins, que voulez-vous ?

(C'est sans doute la raison pour laquelle ils sont pauvres.)

Voilà, les voyages forment la vieillesse et j’aurais appris au moins une chose : mon intérieur est sobre, mon intérieur est zen, et peut-être même feng shui. Je n’ai plus qu’à devenir bouddhiste et suivre la Voie du Design Postmoderne ******.


 

 

 

* Je demande pardon à Francis Scott Fitzgerald pour l’emprunt et lui promet en échange, puisqu’il est mort  (vraiment), une chronique de cette nouvelle fantastique fantastique **** dans Requiescant in bibliotheca, en échange.


**  dagueN’est-ce pas ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*** Dassin Jules, pas Dassin « Voilà les Dalton ».

**** Non, c’est pas un doublon.

*****L’histoire ne raconte pas combien de cuillères ; à ce stade, il y avait pourtant sûrement de quoi donner la becquée à quatre ou cinq générations de terriens ou s’évader de Guantanamo en creusant un tunnel sous l’Atlantique.

******Appartement meublé d’un matelas, deux oreillers, un portable. Eventuellement, une litho d’Andy Warhol au mur.

******* Preuve que les Anglais, quand ils s'y mettent, peuvent être super forts en pampilles également.

******** Je crois que les Turcs les ont repérés aussi, car en ce moment, ils se documentent à mort sur les vampires : la bit-litt fleurit avec encore plus de bonheur sur les étagères stambouliotes qu'à Paris.

Publié dans Omphalos

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Standaert-Richard 14/08/2011 00:05



mais avec des pampilles alors...



Standaert-Richard 13/08/2011 15:18



ohhh! nooon pas Andy Warhol!!!



Jeanne-A Debats 13/08/2011 20:57



Ben quoi ?o_o