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16 articles avec requiescant in bibliotheca

Ayerdhal

Publié le par Jeanne-A Debats

«Il est arrivé un matin, au petit matin, le cinquième jour de la fermentation, quand le miel prend sa première amertume. C'était l'année où le Prince adouba son ainé, l'année où il lui confia la ville pendant qu'il guerroyait pour son Roi sur d'autres rivages. Il est arrivé avec le vent de mer, un havresac au bout du bras droit, le chat sur l'épaule gauche.»

L’an dernier, j’avais prêté Parleur, MON Parleur, à deux de mes élèves. Celui où tu me disais qu’en latin comme en fortran, nous deux, partagions cette étrange capacité à dire non. Elles en étaient sorties comme moi, jadis, transformées. L’une d’entre elles regrettant que Karel soit seulement un personnage de fiction, sa camarade lui avait répondu qu’il existait, que c’était toi. J’ai pensé à l’arrivée de Karel sur le Causse et j’ai ri tendrement, à vous trois, mes deux élèves et toi, parce qu’elle avait raison ma gamine.

J’ai ri tendrement, parce que le rire et la tendresse n’étaient jamais loin de tes révoltes et de tes indignations. J’ai ri parce que j’avais transmis  le flambeau que tu m’avais donné avec ce livre, à moi comme à tant d’autres.

Yal, tu es parti ce matin, l’hiver prend son élan sur un tapis de soleil doux. C’est l’année où nous avons perdu déjà tant de monde que je me fiche bien de ce que font les rois, mais tu es sûrement parti avec un chat sur l’épaule.

Il est une photo où nous sommes tous les trois au premier plan. Toi, lui et moi, tout embrassés. Dans notre dos, un mur d’amour, celui de nos amis, et surtout celui de Sara. Tu t’en servais comme bannière sur ton mur Facebook, j’aimais la voir apparaître quand tu avais une gueulante à pousser. Souvent. Je me retrouvais face à nos trois sourires. Celui de Rô qui m’arrachait un peu les tripes, le tien qui me réconfortait.

Hasta siempre, Yal, je te promets de continuer à me réchauffer à ton sourire.

Ayerdhal

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Le mo(r)t de la semaine

Publié le par Jeanne-A Debats

Procrastination :

action de remettre à plus tard, et par tous les moyens, (y compris les plus bas qui sont spécialement recommandés) ce qu'on était censé réaliser à l'instant.

 

(Un mâle nécessaire accueillant un autre mâle nécessaire avec un chaton vert)

(Un mâle nécessaire accueillant un autre mâle nécessaire avec un chaton vert)

Exemple* :

Grâce à Terry Pratchett**, j'ai procrastiné dix minutes à essayer de prononcer correctement ce mot "procrastination" et me souvenir  de ce qu'il voulait dire. Dix minutes que ma dead line n'aura pas. Et maintenant, je file faire la vaisselle.

 

 

* Sur une idée d'Olivier Cotte

** Qui me manquera beaucoup***

*** Terry, pas Olivier****

**** Suivez un peu !!!!!

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Le mo(r)t de la semaine

Publié le par Jeanne-A Debats

Sapiophile : personne qui éprouve de l'attirance (y compris sexuelle) (euh... surtout sexuelle) pour les gens intelligents, sages et cultivés.

(Léonard Nimoy, RIP)

(Léonard Nimoy, RIP)

Exemple : "C'est Léonard Nimoy qui m'a rendue définitivement sapiophile*."

 

 

* Et je vais beaucoup le regretter.

 

 

 

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Clap clap de fin

Publié le par Jeanne-A Debats

J'aimais bien Robin Williams.

Clap clap de fin

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Un livre Smaragdin

Publié le par Jeanne-A Debats

 

 shaya_.jpg

 

Bon, oui, Sylvie Lainé est une copine.

Et certes, elle est hyper vivante. Cependant, vous conviendrez que je ne me fends pas souvent d’une chronique à propos d’un auteur vivant, surtout proche.  Quand on a décidé comme moi de ne causer en littérature [i] que de ce ou ceux qu’on aime, on est rapidement accusé de copinage ou de lâcheté. Surtout que les vivants courent vite.[ii]

Alors, la lâcheté d’accord.

Parfois d’aucun[iii], ajoutent l’hypocrisie à la liste, mais non, celui-là se goure, l’hypocrisie serait si je ne le disais pas à l’impétrant lorsqu’il me pose la question. Or je le fais. Lorsqu’on me demande, et qu’on me demande vraiment, [iv] il m’arrive en privé de dire tout le mal que je pense d’un bouquin. Simplement, j’estime que ce n’est pas à moi, auteur, de retirer si peu que ce soit la cuiller de soupe de la bouche d’un autre auteur, donc je la boucle… en public.

Par ailleurs, c’est tellement ennuyeux de chier sur un bouquin, tellement facile. La blague à deux balles, le jeu de mots qui tue, l’accusation perfide, le mensonge pur et simple mais invérifiable (les meilleurs) et le procès d’intention, la liste est infinie des petits artifices dégueus qui permettent de faire ricaner [v] son lecteur à peu de frais[vi]

En revanche, dire du bien et rester haletant, c’est beaucoup plus difficile, et d’ailleurs c’est bien simple…[vii]

 je n’essaierai même pas.

 

 

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Disons-le net, j’ai tout lu Sylvie Lainé.[viii]

J’ai tout aimé. Il en est que j’ai adoré [ix] mais j’ai tout aimé.

Avant-hier, j’ai refermé l’Opéra de Shaya en soupirant, c’était déjà fini. 

C’est le problème avec les nouvelles, c’est court. [x]

C’est court, mais quand c’est bien fait, c’est dense. C’est toujours très dense avec Sylvie Lainé.  Simplicité, sobriété, densité, limpidité, de ces quatre mots, il est possible d’imaginer son style[xi]  La petite Sylvie Lainé qui passait sa philo jadis devait avoir bien du mal à sortir plus d’une double page pour ses disserts, elle avait dit l’essentiel, l’essence, pourquoi rajouter du gras ? Bon, et au passage, elle devait bien se payer la tête de ses professeurs, mais n’anticipons pas…

J’avais déjà lu Petits Arrangements Intergalactiques dans l’anthologie Contrepoints. Qu’il vous suffise de savoir que c’est drôle et intelligent, du pur Lainé qui éclate de rire face aux feux du soleil[xii] et des entités roses[xiii].

Un Amour de Sable est une merveilleuse nouvelle pleine d’un humour tout en délicatesse, ces gens qui se baladent au bord du gouffre sans y penser, qui y échappent sans le savoir, c’est tout le splendide aveuglement de l’humanité.[xiv]

Je ne causerai pas non plus de Grenades au bord du Ciel qui parut précédemment dans Utopiales 2013 sauf pour dire que jusque-là je pensais qu’elle lui vaudrait au moins le Rosny voire le GPI cette année, sauf que, sauf que depuis…

Ben, il y a cette novella, là, l’Opéra de Shaya. Lisez L’Opéra de Shaya. Relisez l’Opéra de Shaya ! Apprenez-la par cœur pour la rentrée, y’aura contrôle !

Voici ce qu’en dit son éditeur :

 « So-Ann, née dans un vaisseau spatial, a du mal à s’habituer aux coutumes étranges et contraignantes des mondes où se sont établis les humains. Alors quand elle entend parler de Shaya, cette planète où la faune et la flore sont en totale empathie avec ses visiteurs, elle n’hésite pas une seule seconde. Mais en vérité, qui s’adapte à qui ? Quels mystères se cachent dans ce monde qui semble idéal ? »

C’est juste la surface, bien sûr, une surface qui ressemble à un Deathworld inversé (ou pas), une surface qui possède des accents de Le Guin et de Mc Intyre. Qui aurait sans mal pu flirter avec Egan, vu le bagage de la dame et elle l'a fait quelques fois...

Mais...

c’est là que j’ai compris une chose d’elle, de Sylvie, toujours drôle, toujours simple, toujours lumineuse; ou qui passe, souriante à demi, de la lueur à l’étoile. Non, Sylvie Lainé, ça n’est pas simplement, une de nos meilleures novellistes française, voire LA meilleure, non.

 

Elle est, en toute transparence, la Ligne Claire de la science-fiction française.

L’Opéra de Shaya en est la coruscante[xv] preuve.

 

shaya32.jpg

 

 

 

 

[i] Parce que pour le reste, je ne me prive pas.

[ii] Et moi pas, surtout avec mon épaule en rade en ce moment.

[iii] Vi B’NB , c’est de toi que je cause mais pas méchamment, tu sais bien.

[iv] Ou qu’on m’emmerde, ça peut aussi

[v] D’ailleurs, j’adore le Blog de l’Odieux Connard.

[vi] Ou les merveilleux extraits, trempés dans le cyanure et la mauvaise foi,  du courrier des lecteurs de Fiction dont Philippe Boulier nous abreuve malicieusement sur FB en ce moment. Il va le vendre son Bifrost Poul Anderson^^ !!

[vii] Huhu. Même pas honte.

[viii] Enfin tout ce qui est paru en recueil : le Miroir aux Esperluettes, Espaces Insécables, Marouflages et en prime les Yeux d’Elsa qu’elle m’envoya jadis avec le magazine dans lequel parut cette nouvelle.

[ix] Un signe de Setty, Une bulle d’Euze.

[x] En revanche, on peut faire durer un truisme, tant qu’on veut.

[xi] Et moi avec mes pampilles et ma joncaille, ça me bluffe total.

[xii] Je sais, je m’autocite, c’est MAL.

[xiii] En revanche, le rose, c’est BIEN.

[xiv] Et qui me rappelle, le nombre de fois où dans la vraie vie je tombe des nues parce que je n’avais même pas vu qu’il y avait un loup… Il ne m’a pas bouffée parce que je ne le regardais pas, c’est tout. Mon drame permanent.

[xv] Ben voui, là, smaragdin, c’était dur à replacer

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Qui nous racontera le futur ?

Publié le par Jeanne-A Debats

 

Désormais ?


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Hier, à la Médiathèque François Mitterrand de Clamart, à deux pas de l’endroit où le célèbre attentat n’a pas eu lieu dans notre ligne temporelle, « Nous, le peuple de Science-fiction » étions réunis sous l’égide œcuménique de Jean-Luc Rivera pour rendre hommage à l’un d’entre nous, trop tôt disparu.

 

Chopkator9

Angua & Yannick & Tofu

Jeam

Jeam (et Mireille Rivalland au fond)

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Sandrine

 

Roland C. Wagner était donc dans tous les esprits et sur toutes les bouches tandis que les intervenants se succédaient pour raconter tel souvenir, telle première rencontre, telle blague de Roland.

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Alvaro's & Marlin

 

Nos amis, ses collègues et éditeurs, nous ont rappelé ses premiers écrits, le cycle du fandom, son premier fleuve noir, sa collaboration féconde bien qu’avortée avec Jean-Marc Ligny qui accoucha (eh oui dans la sf on est comme ça, on accouche d’êtres étranges dont on peut avoir avorté en préalable) de La Sinsé gravite au 21 (2x21= ?) ainsi que toute son œuvre des Futurs Mystères jusqu’à Rêves de Gloire.

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Caza & Louvet & Wintrebert

 

Pascal Thomas s’est livré à l’exercice, ô combien complexe, de nous initier à la musique selon Roland à l’aide d’extraits tirés d’improbables groupes de « garage rock » sans lesquels le rock n’aurait pas été ce qu’il est d’après Rô.

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Pascal J. thomas & Sylvie Denis

 

 

Puis Simon Bréan après une tentative de placer Roland en tant qu’acteur survitaminé de la SF a terminé en suggérant les pistes de recherches littéraires qui nous permettront peut-être ultérieurement de pérenniser l’œuvre de Roland dans le genre.

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Avec Simon, nous nous sommes souvenus de sa personnalité attachante, opiniâtre et complexe, de cette façon qu’il avait d’être un électron libre passionnément inscrit dans une collectivité à laquelle il donnait sans compter.

Les éditions du Somnium sont arrivées porteuses des premières épreuves de l’hommage de la famille de Peyresq à l’un de ses membres les plus chers.


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Roland, la Science-fiction n’est pas morte avec toi comme cela s’est beaucoup entendu après ton accident, tu ne l’aurais pas souhaité. Mais tu as emporté avec toi beaucoup de son âme, de la nôtre. Tes livres nous la rendront chaque fois que nous en rouvrirons un.


Baiser, pensée et mémoire, vieil (arché) type de mon cœur.


Jeanne

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Roland C. Wagner, Métaphysique de l'écrivain

Publié le par Jeanne-A Debats

 

 

Roland C. Wagner est mort dimanche dernier d'un accident de voiture. Je ne peux pas vous en parler, pas encore. Plus tard.

En attendant, il avait répondu en 2008 à trois petites questions alac postées dans une petite note de blog à propos d'un de ses livres.

 

 

 

"Métaphysique de l'écrivain : Roland C. Wagner.

 

Samedi, juillet 5th, 2008

 

  

Qui sommes-nous ?


 — Des têtes de pioche.*


 D’ou venons nous ?


 — De loin.  **


Où allons-nous ?  


— Aussi loin que possible.***

 

 

 Roland C. Wagner

 

 

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L.G.M

Roland C. Wagner

Editions le Bélial

 

Lorsque l’URSS en pleine forme remporte la course à Mars et perd l’ambassadeur de la dite planète, lorsque l’effondrement de la fonction d’onde conduit à la toxicomanie et au sexe, lorsque les petits hommes verts cessent de dire "Salut Toto!" en se perchant sur les montants de votre lit de noces pour slamer dans la fosse des Dead Kennedys, c’est du Roland C. Wagner et c’est grand !

 

L.G.M. : trois grains d’ellébore dans votre coca light ? "

 

 

 

 

 

 

* Oh putain, oui ! ^^

** Oh, putain oui !

*** Pas assez loin, Rô.

      

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Chroniques funèbres

Publié le par Jeanne-A Debats

La Terrible Grand-mère du Sud-Ouest (hier, au téléphone) :

–– Ma chérie, vraiment, toutes mes condoléances ! Ton père et moi, nous nous associons à ton chagrin et celui de ta famille.

Moi :

–– Gné ?

La Terrible Grand-mère du Sud-Ouest :

–– Ça lui faisait quoi, 92 ans ?

Moi (ayant tilté) :

–– Oui, mais il ne les faisait pas.

La Terrible Grand-mère du Sud-Ouest :

––  Oui Garcia Marquez a 86 ans, lui…

Moi (agacée) :

–– Marquez n’est pas très frais non plus, Maman, il a un cancer depuis plus de dix ans.

La Terrible Grand-mère du Sud-Ouest :

–– Oh non ! Le pauvre ! Et il VOUS* reste qui, de cette génération ? ?

Moi :

–– Il nous reste Matheson, Vance et Pohl.

La Terrible Grand-mère du Sud-Ouest (sans pitié) :

–– Les petites familles, ça part vite.

 

 

Ray Bradbury est mort et le mainstream ne s’en porte pas plus mal…

 

 

Bradbury, pour moi ce fut d’abord la superbe illustration de Bilal pour « Chroniques Martiennes » dans la collection magnifique Mille Soleils. Un homme en combinaison spatiale contemplait une fusée ventrue posée sur la colline toute proche. Je l’avais reçu en même temps que « L’Enfant de la Haute Mer » de Supervielle pour un noël quelconque.

Les parents parfois font fi de la prudence la plus élémentaire et ensuite ils persiflent.

 

Certaines nouvelles m’ont laissé un souvenir ineffaçable : « Le Matin vert », « Rencontre nocturne », « Usher II », (que j’avais heureusement lu APRÉS Usher I**, d’une certaine façon c’est Bradbury qui m’a fait comprendre Poe) « l’Été de la fusée ».  Mais aussi dans d’autres recueils ; « La Maison » par exemple ;

 Une maison intelligente survit à la disparition de ses occupants lors d’un conflit nettement atomique. Elle ignore qu’ils ne sont plus là, que seules leurs ombres découpées par les rayons gamma contre sa façade persistent encore pour témoigner de leur passage.

 

Chroniques n’est pas mon livre de SF préféré au monde. Si j’adorais la poésie de Bradbury, il lui manquait, pour totalement me séduire, le solide fond technophile de ses contemporains. J’attends encore celui qui me chantera le corps électrique tout en m’expliquant le fonctionnement des puces.

Il semble que le dosage soit extrèmement complexe et que le mélange justement déplaise parfois, ou déconcerte.

À l’époque, eurent lieu quelques empoignades à ce sujet et d’aucuns ricanaient de la « Physique Bradburienne » tandis qu’il les renvoyait dans leur ligne des 22 en les traitant plus ou moins d’ingénieurs tâcherons.

Reste que les machines comme des bijoux steampunk, insectes d’or et de cuivre courant sur les tables d’argent, volant sur les tubes d’acier bleu, plantés devant les plages mortes de Mars, ça c’est Ray Bradbury. Il fait sans aucun doute partie de ceux qui m’ont collé cet amour de la joncaille qu’un de mes lecteurs favoris me reproche souvent.

Je vais le regretter, cet homme.

Requiescat in Bibliotheca.

 

 

 

 

* Notez le "vous" d'insistance.

** Si j’ose dire.

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Anne Mc Caffrey...

Publié le par Jeanne-A Debats

...est décédée.

Elle a donc perdu hélas toutes ses chances de courir plus vite que moi.

Ma première lecture féminine Au Club du Livre d'Anticipation :

Le vol du dragon*.


J'ai aimé les dragons à cause de cette dame même si les siens ressemblaient beaucoup à certains appaloosas que j'ai bien connus, même si je suis revenue depuis de son côté culculapraline, même si sa description du rapport homme-femme m'agaçait bien souvent.

Mais bon : 40 piges de plus que moi, américaine, il était bien large l'océan qui nous séparait. N'empêche, il m'est arrivé une fois de travailler un peu et par hasard sur la correction d'une des trads d'un de ses livres. Pas un des meilleurs, ni un des plus inventifs, mais je n'oublierai pas ce que j'ai ressenti alors, c'était le deuxième correction de ma vie et c'était un texte d'elle. J'ai appris des tas de choses en ces jours anciens.


Bref, une Grande Dame de la SF vient de mourir et c'est donc forcément une sale journée.

 

 

 

 

 

 


à lire d'elle :

-les trois premiers volumes de Pern (et le dernier pour voir comment ça finit)

-le vaisseau qui chantait*' et **.


 

* Il n'y a pas à chercher très loin l'inspiration de certains de mes mini soons

** Le reste est dispensable mais reste cool, surtout si on aime les dauphins et les histoires de filles avec un caractère déterminé, voire emmerdantes, couchant avec des silkies.

 

 

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"Rome, les Armes et les Mots" Lucien Jerphagnon

Publié le par Jeanne-A Debats

Lucien Jerphagnon est mort.

Il y a quatre jours.

Pour de vrai.

Le salaud.

Je ne le lui pardonnerai jamais.

 Il n’a pas été mon professeur ni mon maître parce que si j’ai écouté (pas toujours religieusement, et même souvent en lisant sous la table) quelques-uns des premiers, j’ai toujours refusé qu’il existe des seconds (il y eut quelques tentatives, mais toutes se soldèrent dans le sang et les larmes), et, de plus, (ça aide) je ne l’ai jamais rencontré. Mais j’aimais beaucoup cet homme-là qui, avec Mademoiselle L.* au lycée et Monsieur V.*’ à la fac, est l’un des trois grands responsables de mes séances de tortures hebdo avec des élèves de collège consternés par l’existence des déclinaisons et passant trois ans en ma compagnie à confondre la chose avec les conjugaisons.


Mademoiselle L. m’avait fait comprendre le défi intellectuel de la traduction latine, cette équation parfois redoutable mais si rigolote qu’on résout à coup de logique formelle doublée d’intuition contextuelle. Monsieur V.,  lui, m’avait appris qu’en prime les textes eux-mêmes étaient parfois largement plus fun qu’un roman pop du dix-neuvième siècle ou même qu’un tome d’E. E. Doc Smith.

Ah ce Monsieur V., je me souviendrai toujours de nos regards méfiants d’étudiants formatés devant le verbe « glubit** » refusant de croire que ça voulait dire, eh bien ce que ça voulait dire, malgré les assertions de l’Oxford Dictionnary et la malice qui pointait dans son œil toute la séance.


Jerphagnon, Monsieur V. l’avait connu, lui. Cette malice-là, il fallait bien qu'il l'aie prise quelque part.

C’est Monsieur V. qui m’a mis dans les mains ce livre : « Rome, les Armes et les mots » de Lucien Jerphagnon.

Jerphagnon

 

Après je n’ai plus jamais étudié l’histoire romaine de la même façon, non plus que l’histoire, tout court.

Dans « Les Armes et les Mots » Jerphagnon raconte l’empire et les Césars d’une façon à nulle autre pareille. Il démonte tout et il démontre tout.

Et en plus on se marre.

Il dit combien les monstres sanglants qui nous ont fait frémir dans Suetone et Tite-Live pourraient bien avoir été les « victimes » (a posteriori, hein, rassurez-vous, je suis sûre que Neron s’est bien amusé tout de même) de la propagande du sénat usant de toutes les rumeurs les plus basses et les plus contradictoires afin de contrecarrer le pouvoir de ces électrons libres qui entendaient régner sans lui. Au passage, Jerphagnon joue à mesurer le type de calomnie suivant le degré d’indépendance du César en question, c’est très drôle. C’est très intelligent aussi, et comme toujours avec l’histoire romaine, les parallèles avec le monde contemporain surgissent aussitôt.

Sans compter qu’il démontre également, après nous avoir brossé presque deux cent ans d’Empire d’une plume alerte et trempée dans l’acide, combien nos propres dirigeants, de l’Ancien Régime à la Révolution et plus tard, chaque République, ont utilisé l’histoire romaine à leur propres fins – pas toujours nobles – dans le but avoué de former des esprits dévoués à ces mêmes régimes.

« Les Armes et les Mots », pour faire simple,  c’est l’histoire de l’utilisation de l’histoire romaine à des fins de propagande et d’éducation politique à travers les siècles. C’est passionnant, sisi. Un de ces livres qui, lorsque vous les refermez, vous a fait tomber pas mal de laine du dos, et qui, quand vous bêlez avec le troupeau, rend votre bêlement un peu plus mélodieux.

 

Laudator temporis acti***, c'était quand même mieux avant quand vous êtiez là, Lucien, et que moins sérieux parfois que dans « Les Armes et les Mots », vous releviez les pépites du pessismisme intergénérationnel ;

si je vous avais su malade, sûr que j'aurais tenté de recruter Rachel Bloom pour faire votre éloge, vous auriez adoré.

 

Reposez, cher Lucien****, dans ma bibliothèque, vous allez me manquer.

 

 

 

 

 


 

 

* et *’ Que nous appellerons ainsi afin de préserver leur anonymat et la paix de leurs esprits. Songez que ces braves gens m’ont eue en classe trois et quatre années de suite, ils ont mérité une retraite exempte du remord d’avoir livré le monde au Mal et la déception devant ce que j’ai fait de leur enseignement.

** Non, je ne vous le dirai pas, nananère !

*** C'est du latin.

**** Vous permettez bien sûr que je vous appelle Lucien même si on n'a pas bu des coups ensemble***** ? Notez que  que si ça vous froissait je serais ravie que vous me hantiez.

***** Merci Anne ******

****** Laissez, ma cops et moi, on se comprend.

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