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Ayerdhal

Publié le par Jeanne-A Debats

«Il est arrivé un matin, au petit matin, le cinquième jour de la fermentation, quand le miel prend sa première amertume. C'était l'année où le Prince adouba son ainé, l'année où il lui confia la ville pendant qu'il guerroyait pour son Roi sur d'autres rivages. Il est arrivé avec le vent de mer, un havresac au bout du bras droit, le chat sur l'épaule gauche.»

L’an dernier, j’avais prêté Parleur, MON Parleur, à deux de mes élèves. Celui où tu me disais qu’en latin comme en fortran, nous deux, partagions cette étrange capacité à dire non. Elles en étaient sorties comme moi, jadis, transformées. L’une d’entre elles regrettant que Karel soit seulement un personnage de fiction, sa camarade lui avait répondu qu’il existait, que c’était toi. J’ai pensé à l’arrivée de Karel sur le Causse et j’ai ri tendrement, à vous trois, mes deux élèves et toi, parce qu’elle avait raison ma gamine.

J’ai ri tendrement, parce que le rire et la tendresse n’étaient jamais loin de tes révoltes et de tes indignations. J’ai ri parce que j’avais transmis  le flambeau que tu m’avais donné avec ce livre, à moi comme à tant d’autres.

Yal, tu es parti ce matin, l’hiver prend son élan sur un tapis de soleil doux. C’est l’année où nous avons perdu déjà tant de monde que je me fiche bien de ce que font les rois, mais tu es sûrement parti avec un chat sur l’épaule.

Il est une photo où nous sommes tous les trois au premier plan. Toi, lui et moi, tout embrassés. Dans notre dos, un mur d’amour, celui de nos amis, et surtout celui de Sara. Tu t’en servais comme bannière sur ton mur Facebook, j’aimais la voir apparaître quand tu avais une gueulante à pousser. Souvent. Je me retrouvais face à nos trois sourires. Celui de Rô qui m’arrachait un peu les tripes, le tien qui me réconfortait.

Hasta siempre, Yal, je te promets de continuer à me réchauffer à ton sourire.

Ayerdhal

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Les changelins des autres.

Publié le par Jeanne-A Debats

Je suis très en colère

Or donc voici les faits :

Églantine Emeyé, journaliste, mère d'un enfant autiste a placé son fils à 800 km de chez elle dans un établissement à forte tendance psychanalytique qui pratique notamment le packing, dont elle fait d'ailleurs la promo. Elle a écrit un livre là-dessus, elle y cogne au passage sur la sacro sainte méthode ABA (que j'ai utilisée pour le plus grand bien être de mon propre fils)  qui n’a pas fonctionné avec son gamin.

Elle se mange un backslash absolument ignoble, totalement contreproductif et parfaitement misogyne de mon point de vue.

 (Peut-être bien parce qu’elle ne s’y est pas investie à fond dans ABA, ou qu'elle avait de mauvais formateurs -- ils pullullent -- mais quand elle dit « Je ne veux pas être la thérapeute de mon gamin », j’entends. Je comprends tout à fait même. Même si moi je l’ai été, la thérapeute du mien. C’est que je connais l’addition, l’énergie, le désespoir, que ladite position suppose.)

 (Packing = un truc assez horrible quand même, que quasiment tous les pays ont banni sauf le nôtre et qui consiste à entourer le môme de linges gelés jusqu'au réchauffement par le corps, ensuite on le lui enlève, on le réchauffe et il s'apaise -- bien tiens, mon con, on a cessé de le torturer ! )

(ABA, méthode comportementaliste « douce » -- on va dire – qui est ce qu’on a trouvé de mieux – selon moi -- pour sinon soigner, du moins accompagner les symptômes de l’autisme.) (Mais il y a des critiques contre et pas seulement venues de la psychanalyse, pour être parfaitement honnête.)

Ce qui lui est reproché c'est :

 

a) D’être totalement la marionnette des « labos » et des « psys » pro packing pour des raisons financières essentiellement.

b) De nuire aux autres parents d’enfants autistes dans leur combat, notamment dans la « promo » de cette méthode épouvantable qu’est le packing.

c) D’être une mère horrible et abandonnique.

 

a) On pourrait envisager juste deux minutes qu’elle soit sincère, car je n’imagine pas qu’elle entende nuire à son môme ni à ceux des autres délibérément. Au passage, on oublie facilement à quel point la parole des médecins est celle de l’évangile : s’ils vous disent que c’est bien, combien d’entre nous sont capables de résister ? Vous avez réussi, j’ai réussi, bravo ! Mais accepter l’idée que tout le monde ne soit pas capable de cette résistance serait un grand pas en avant.

(Tiens ça me rappelle une conversation récente à propos d’examens mammaires superfétatoires)

b) Voilà, les mecs, pourquoi je n’ai JAMAIS PU faire partie d’aucune association de parents d’enfants autistes, quand bien même elles auraient partagé mes choix éducativo-thérapeutiques. Ce ne sont rien de plus que foutues nouvelles chapelles qui du point de vue de la dogmatique et de la morgue valent largement celles de la psychanalyse. Donc présenter un avis différent, c’est « nuire aux autres » ? On me répondra qu’Églantine bénéficie d’une large audience médiatique qui pousse son discours au-devant de la scène. Mais faut pas déconner, l’autre discours, le NÔTRE, aussi.

On fait quoi, là, du débat nécessaire, de la confrontation des idées, voire de la démocratie tout court, lorsqu’on prétend qu’un discours différent est « nuisible » ?

 

c) And Last But Not Least :

(Et je crois que c’est bien ce qui me fout le plus en boule.)

Cette femme s’est choisie, elle a choisi de ne plus être (quelque part) « une maman d’enfant autiste ».

 (Gnagnagna.)

(Le premier qui s’avise de me définir ainsi s’en mange une, je ne suis pas « une maman d’enfant autiste », je ne suis pas une « maman » tout court, je suis une femme qui a eu des enfants, dont un autiste, et je vous emmerde.)

(Les seuls êtres au monde qui ont le droit de me définir ainsi sont mes deux fils et éventuellement, leurs soignants et professeurs puisque c'est à ce titre que je les rencontre.)

(Oui, je sais, je suis hargneuse.)

(Non, je n’ai pas mes règles, je suis légitimement, définitivement, terriblement, en colère et, comme un homme, je la manifeste nettement, sans m’excuser de la ressentir)

Ça vous emmerde hein, une femme, jolie, aisée, qui ne soit pas dans le sacrifice ? Déjà parce que c’est une femme, elle n’a pas le droit hein, de ne pas être une mère. Mère, c’est ce qu’il y a de plus beau et refuser de l’être c’est dégénérer.

MAIS MERDE.

Cette femme a eu le courage insolent de ne pas mourir auprès de son enfant. Je la soutiens. Ce n’est pas mon choix, ce ne sont pas mes options thérapeutiques, mais je la soutiens. Vous auriez préféré qu’elle en crève et son gosse avec elle ? Oui, vous auriez préféré. Parce qu’en renonçant, elle vous renvoie à votre propre choix, elle le met en cause, et une petite voix perverse vous souffle « Et si » « Et si j’avais décidé d’avoir une vie » ? Alors vous l’étouffez bien vite, et pour mieux l’étouffer, vous foncez sur la coupable pour la pendre haut et court. Vous dites « penser à l’enfant », ouais, vous pensez à son frère ou sa sœur qui aurait été sacrifié aussi sur l’autel de l’autisme ? Non, celui-là, il peut crever lui aussi. Comme sa mère.

Je n’ai pas fait son choix, je me suis battue autrement, sans doute mon fils était plus gérable aussi, je n’en sais rien.

Je refuse viscéralement que les femmes soient systématiquement sacrifiées à leurs mômes. Qu’on prétende systématiquement « penser à l’enfant » d’abord.

 (À quand les accouchements où on choisit le gosse, à quand la fin du droit à l’avortement ? ) C’est un choix qu’elles seules peuvent opérer ; les autres, vos gueules.  Ou alors après ne vous étonnez pas que certaines les congèlent.

Je défendrai toujours ici le droit des femmes, celui notamment à n’être pas « mère courage », ce qui est un autre forme de combat, parce qu’elle va s’en manger du mépris et de la haine, Églantine. Je lui souhaite toute la bravoure du monde.

Et si vous voulez vous battre contre le packing, fort bien, je serai avec vous... tant que vous ne tromperez pas de cible.

 

 

Les changelins des autres.

 

En tout cas, de mon côté, mon fils vit plutôt chez son père depuis ses treize ans. Il est trop grand, trop fort pour moi, maintenant. Et moi aussi, après des années de combat, j’estime que j’ai bien travaillé, j’ai passé la main.

(Notamment pour avoir une carrière et accessoirement une vie, amoureuse, à tout hasard.)

(C'est super mal, je n'en doute pas.)

Ils sont très heureux tous les deux. Et là, mon gremlin ne va pas tarder à venir me chercher pour qu’on « travaille », c’est les vacances, on prend du temps.

Je me demande où est le père de ce môme tiens, personne n’en parle ?

C’est peut-être dans le livre d’Églantine, je vais certainement le lire.

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