Michaël Moorcock

Publié le par Jeanne-A Debats

livresJe commence par lui.

A tout seigneur, tout honneur.

Michaël Moorcock, j’aime autant vous le dire, à son âge vénérable, possède au moins déjà deux qualités :

a) il n’est pas mort.

(En tout cas, je vous certifie qu’il ne l’était pas samedi dernier quand nous sommes allés faire les groupies, Roland C. Wagner et moi.)

La preuve :

 Moorcock&Colin

 

Michaël Moorcock et Fabrice Colin

Samedi 18 juin 2011 chez Gibert, Paris. 

(Détail rigolo : ce week-end-là et pour la première fois de ma vie, je croisai deux Elric* d'un coup. L'un d'entre eux, pas plus de trois ans, s'est fait photographier avec sa Stormbringer auprès de Moorcock, c'était chou ! )

 

b) il court certainement moins vite que moi.

 

Mais ce ne sont pas les seules.

Ce type est juste un des dieux non-morts de la SF.

Anglais (nobody’s perfect), né en 39 à Londres, il a sans doute dû s’acheter un parapluie en titane pour survivre, après le Blitz, à l’avalanche de prix qui lui a dégringolé sur la margoulette depuis son premier Nebula en 1967.

Dix ans plus tard, ma main fine de préadolescente je-commence-déjà-à-faire-la-gueule-dans-mon-coin-alors-v’voyez-vous-ne-perdez-rien-pour-attendre se tendait vers une étagère de la médiathèque de Maisons-Alfort, une des premières du genre, et en retirait deux volumes :

a) La Cité et les Astres d’Arthur C. Clarke chez PDF (il me semble)

b) Le Chevalier des épées de Moorcock chez Opta

Je ne sais pas lequel j’ai lu en premier, mais si je suis entrée en SF cette année-là, si j’ai toujours refusé d’établir une quelconque distinction qualitative voire nominative entre SF et Fantasy,  c’est parce que tout découle de ces deux bouquins dénichés quasi côte à côte et qui jouaient des coudes contre l’intégrale d’Asimov et deux ou trois opus de mon futur grand amour : Robert A doré Heinlein (Y’avait Révolte sur la Lune, dedans, j’en suis certaine).

En tout cas, Corum Jhaelen Irsei, le prince à la robe écarlate, a posé son manteau sur mes épaules et je ne l’ai jamais lavé depuis (Coruuuuuuuuuum !).

Ensuite, il m’a présenté à Jerry Cornelius et aux Danseurs de la Fin des Temps me convainquant définitivement ainsi que la SF, c’était la vorpale épée, le torse huilé, plus l’électricité (mais avec des boulons), sans compter le LAGS**.

Non que Moorcoock ce soit du pulp, mais il y a quand même du LAGS dans son œuvre et c’est réjouissant. Des persos, aussi, de sacrées figures, que je n’ai jamais oubliées.

D'ailleurs, ce n'est sans doute pas un hasard si après avoir présenté nos respects au grand-père terrible de la science-fiction et fait une bise à son complice, nous nous sommes retrouvés une heure plus tard avec Roland devant un de ces genres de thés bizarroïdes qu'ils servent au Quartier Latin (ambrés, avec de la mousse) à discuter du manque flagrant de personnages tangibles dans la SF en général.

(Défi : citez-moi sans réfléchir dix personnages de SF au sens strict en moins de trois minutes)

(Allez, top chrono, sans tricher !)

(Question subsidiaire : comment s'appelle l'acolyte de R. Daneel Oliwaw*** dans Face aux Feux du Soleil ?)

Yerk, Yerk !!

(Non, Herbefol, Georges, Oncle Joe, vous jouez pas ! Le concours n'est pas ouvert aux IA.)

Nous avons conclu sereinement, au deuxième thé, que peut-être bien que la métaphysique**** est l'une des raisons du déni de la SF en France (encore que ça fonctionne super mal avec ma mère, cette assertion, vu que la métaphysique est la SEULE raison de sa lecture de la SF) mais que l'absence de personnages ne devait pas être innocente non plus, en ce siècle individualiste et féru d'autofiction.

 

 

Ajoutons pour finir en beauté, que le brave Moorcock a également pondu un des premiers romans de steampunk, s'est lancé avec un succès non démenti dans l'uchronie (Gloriana ou La Reine Inassouvie, un chef-d'oeuvre), s'est rendu coupable de quelques chansons assez rock (notamment pour Blue Oyster Cult et la BO du film Métal Hurlant), a été chanteur lui-même dans le groupe Deep Fix, avant d'écrire le roman The Great Rock 'n' Roll Swindle, inspiré par le film des Sex Pistols.


Un vrai prince punk, non ?





Et si le fait que je continue d’inonder les rayons de ma production vous agace, vous savez désormais à qui envoyer vos tueurs à gages.

 

 

  * Elric de Melniboné, l'un des autres héros récurrents de Moorcock,  sans doute le plus célèbre, qui compose avec Erekosë  et Corum la figure du Champion Eternel.

**LAGS : Lézard à Gros Seins, icône incontournable de la SF, si on vous le dit !

** *Dans mes stats persos, j'ai constaté, et toujours trouvé marrant, que le premier dont on se souvienne en général, soit LE ROBOT !

**** Voir ci-dessous Le Petit Dico Troll de la SF. Métaphysique est un mot d'une incroyable grossièreté en SF.

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Erion 27/06/2011 17:36



Très juste le commentaire sur les personnages de SF. Sauf que Spock, le Docteur, Obiwan Kenobi, le doc de Retour vers le futur, sont des personnages intégrés à la culture populaire et liés à la
SF. Elric, Corum, Hawkmoon sont des personnages de série (et je rajoute Fafhrd et le Souricier ou Conan), ce qui aide pour les rendre marquants.


Comme la fantasy est beaucoup plus fondée sur la série, les personnages prennent plus de place. Dans un roman comme les Monades Urbaines, il n'y a matériellement pas le "temps" de développer les
personnages.


Mais sinon, comme origine du "rejet", ça me paraît plus solide que la métaphychose.



Daelf 24/06/2011 21:58



Pour ceux qui douteraient de l'icôitude SFesque des Lézards à Gros Seins : y'en a dans Doctor Who.

QED.

/monomanie



Jeanne-A Debats 25/06/2011 08:42



Absolument.