My Relativity

Publié le par Jeanne-A Debats

 

 

Ça grenouille carrément du côté de la mare des journalistes scientifiques depuis que les communicants1 du CERN sans doute animés de bonnes intentions, se sont mis à claironner que leurs chercheurs1’ avaient mesuré un truc plus rapide que la vitesse de la Lumière.

Je suis ravie, je rêve de voyage dans le temps, juchée sur un neutrino muonique, tel le baron de Münchhausen sur son boulet.

Bon, en fait, ce n’est pas tout à fait vrai et je peux arrêter de rédiger le message où j’intime à mon crétin d’arrière arrière-grand-père2 de NE PAS donner tout son or en 1916 à un État dont on peut légitimement soupçonner qu’il aurait vaguement fusillé l’un de mes arrière-grand-pères pour l’exemple, sans compter les 3 autres qui finirent en ragoût chimico-metallico steampunk dans la Somme, permettant, certes, à leur descendante d’arborer crânement de ravissants coquelicots à date fixe, telle the Queen Mum, mais il faut avouer que la consolation demeure un peu courte.*

Et il faut oublier la ruine de la famille subséquente.

En fait, la « limite infranchissable de la lumière » est une vieille lune, ai-je vaguement compris depuis, en tentant de prudents sondages dans mon marigot perso**. D’ailleurs la vitesse de la lumière n’est pas de 300 000 km/s comme je l’ai cru jusqu’ici mais de 299 792,458 km/s.

Du coup, le truc lui aurait mis 213 km/s dans les dents à la LidelL.***

Et donc tout le monde est très content, surtout les scientifiques du CERN qui ont enfin un bidule à montrer à leurs mécènes et les journalistes qui entonnent pour la énième fois la trompette délicieuse de l’Erreur d’Einstein, ce qui fait toujours très joli dans le paysage.*****

Mes copains du Village des Fous sont formidables : ils m’ont tout expliqué, ce que ça voulait dire vraiment cette histoire, en quoi les journalistes scientifiques se mettaient le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate, pourquoi ça ne gênait personne que ces derniers le fassent, voire pourquoi c’était limite obligé qu’ils tombent dans la PARMI.

Parce que voyez-vous, ça manque de fric en recherche fondamentale et que les gens qui accordent la subvention pour le tout mignon canon à particules tout neuf avec les beaux boulons brillants n’y entravent que pouic.

Comme moi.

Mais alors pareil, de vrais jumeaux, c’en est troublant.

ET le canon à particules, faut le leur vendre à ces analphabètes qui ignorent même ignorer  ce que C veut dire. Parce que eux, les analphabètes, ils savent qu'un canon à particules même porté en broche, ça ne ne fait pas fondre un électeur d'admiration subjuguée et qu'il faudra le lui vendre ensuite à lui aussi, à l'électeur, qui pour le coup, lui, ne SAIT VRAIMENT pas lire. Or, ce qui compte, ce n'est pas comme on pourrait le croire innocemment, de savoir si nos descendants pourront aller dans les étoiles ou couper les cheveux des comètes en quatre, mais ce qui franchira la limite des cantonnales à une allure raisonnable.

Le cercle devenant franchement vicelard lorsque le politique quoique persuadé jusqu'au fond de l'os de l'importance de la dissection capillaire de comète sait également que :

a) un terrain de foot en boucles d'oreille, ça le fait carrément mieux

b) s'il n'est pas réélu, le canon à particules pourra passer le reste de sa courte existence à compter ses boulons car il n'en aura pas un de rechange.

Aussi, les communicants du CERN font rentrer les journaleux dans LE GRAND COMPLOT, celui qui vise à faire percuter un truc, n’importe quoi pourvu que ce soit sexy, à ces gros balourds de politiques qui ont le chéquier et qui ne le sortiront que si le neutrino porte un beau soutien-gorge assorti à son string.

Les politiques font semblant de rien tout autant que de comprendre ce qu’on leur raconte et à la fin, ils signent le chèque – sans être dupes je pense, enfin j’espère, vu qu’ils nous entubent exactement de la même manière lorsqu’ils tentent de nous faire avaler l’augmentation de leurs indemnités parlementaires en pleine période d’austérité.

C’est un peu inquiétant, non ?

Tous ces gens qui prennent des décisions capitales sans capter une seconde de quoi il retourne…

On saisit mieux le mulot du coup, sans compter Hadopi, Fukushima, et j’en passe et des meilleures. C’est peut-être encore plus inquiétant de se dire qu’ils le savent qu’ils ne pigent queudchi ; qu’ils s’en tapent et décident quand même.

Quoique.

Compte tenu des paramètres énoncés, ce qui est étonnant au fond, c’est que ça ne tourne pas mal SYSTÉMATIQUEMENT. Alors soit l’Homme a le cul bordé de nouilles, la Femme le trompe avec Cthuluhuhu depuis des millénaires et il est temps que l’Humanité achète un billet de loto, soit le système fonctionne malgré tout, bon an mal an.

On peut le regretter, s’en arracher les cheveux, cependant le principe de réalité nous attend au tournant ; quiconque a participé à une réunion de quoi que ce soit visant à décider d’accorder des fonds à n’imp, sait bien qu’on en revient toujours là : maquiller le truc jusqu’à ce que tous les autres soient séduits.

D'ailleurs, je l'ai largement expérimenté au festival de Besançon celle-là. 

Je m'explique.

C'était un salon de Mainstream et nos couvertures de bouquins faisait faire largement grise mine (quand pas demi-tour) au lecteur lambda qui trainait dans les allées. Nous avons vite, Lionel Davoust, Christophe Lambert****** et moi, constaté à quel point il ne fallait pas dire le nom de celle-dont-on-ne-doit-pas-dire-le-nom5 sous peine de ne rien signer. Aussi nous sommes-nous, sans nous concerter, mis à expérimenter en double aveugle******* de petites techniques de maquillage de l'info :

Lionel a vendu de la "fable philosophique", du "merveilleux urbain", et du "thriller fantastique", moi de la "fiction spéculative", de l'eco-thriller, des "expériences de pensée sociologiques" et... du cul !

Ce qui revient à ce que nous disait Monsieur Éric Dufour hier soir à l'INHA – entre autres absurdités sur lesquelles je reviendrai ultérieurement, mais là, sur ce point précis, il n'avait pas tort – c'est à dire que lorsqu'on présente un truc nouveau, on a intérêt à faire semblant qu'en fait c'est la même chose que d'habitude, ou presque.

Eh bien ça marche, nom de Zeus!

(Pendant ce temps, Christophe Lambert se bidonnait et faisait de précieuses suggestions de sémantique appliquée au maquillage.)


En tout cas de la même façon que le pauvre auteur de SF isolé dans le salon de mainstream, eh bien le pauvre chercheur fondamental a bien raison de s'exercer au marketing car au fond leur démarche est la même et revient à cette remarque de base :

Un boulon gratuit est supérieur à tout!


 

 


Enfin, j’avoue que dans tout ça ce qui me sidère le plus c’est que personne ne se soit encore mis à bramer « C’est l’Apocalypse ! Repentez-vous ! » parce qu’il y aurait matière (noire), après tout : ça bouge du côté du Large Hadron et ça, c’est un Signe6.

N’est-ce pas ?

Joyeux réveillon avant la fin du monde !

 

 

1 et 1’ Mots clés à ne pas oublier.

2. Ça compte l’arrière-grand-père, Guillaune ? 3

3. Laissez Monsieur Lebeau et moi, on se comprend.

* Ne me demandez surtout pas pourquoi, j’enseigne le Latin pas la recherche fondamentale en physique, j’ai compris des trucs récemment mais je me méfie des métaphores hasardeuses balancées par une non spécialiste qui croit avoir compris. À la fin de mon exposé, vous seriez persuadés qu’on a envoyé une paire de ciseaux dans le temps pour couper les roudoudou au père d’Hitler et Staline ; perso, j’ai tendance à penser que ce n’est pas sain.4

** Un auteur de SF DOIT connaître la différence entre Relativité Générale et Restreinte, être capable de faire semblant de l’expliquer et vivre dans un univers quantique4’, tandis qu’un auteur du maintstream peut sans problème continuer à respirer dans un monde Copernicien. C’est dégueulasse, déjà qu’ils ont presque tous les lecteurs, mfff !!!!

4 et 4’. Oui, je sais c’est contradictoire, mais en apparence seulement.

*** LideL = Limite infranchissable de la Lumière****

**** Ou PARMI = Physique Au Rabais Métaphoriquement Induite

***** Qu’ils la rangent après l’avoir astiquée, ce n’est pas grave, elle servira comme d’habitude, d’ici cinq ou six ans.

5. La SF.

****** Name dropping in progress.

6. Si quelqu’un l’a fait, ça m’a échappé, j’étais à Besançon.

******* C'est à dire qu'on se faisait un peu suer et du coup fallait bien rigoler un peu.

 

 

 

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Caliban 29/09/2011 19:47



Le boulet : l'expérience de pensée initiale était effectivement dérivée d'Autour de la Lune_ avec un voyage en boulet sans hublot (donc une problématique spatiale,  demi-tour très
explicite, et pas moyen d'évacuer la question de la gravitation) ; Einstein parle ensuite du "boulet de Langevin" (même problématique physique, mais plus de référence SF). Les jumeaux sont venus
plus tard, et constituent un tour de passe-passe simplificateur : l'accent est mis sur la problématique temporelle, en fait bien moins subtile, et la gravitation passe à la trappe. 


L'Âge des étoiles : non. Le "paradoxe" de la relativité, c'est qu'elle fait exploser la notion même de simultanéité. La rétablir, c'est soit revenir à Newton (admettre qu'un jumeau est
plus légitime que l'autre), soit trouver autre chose, mais en tout cas sortir du paradigme einsteinien. Benford s'est amusé à démontrer que L'Âge des étoiles + relativité restreinte
=>voyage dans le temps  (et RAH étant RAH, il lui a retourné Time Enough for Love en revers lifté...).



Jeanne-A Debats 02/10/2011 11:56



Merci :)



caliban 29/09/2011 17:19



Un paradoxe est par définition contextuel — relatif à une doxa. Celui de Langevin (qu'il dit lui même "du boulet de Jules Verne" : encore une belle référence SF passée sous le tapis) se
comprend à differents niveaux : il choque le sens commun (mais on s'en fout) ; mais surtout, il montre (en 1910) que la relativité restreinte est insuffisante pour décrire unvoyage aller-retour
(on le savait) et réussit à en déduire des contraintes sur ce que sera la relativité générale (qui ne sera formulée qu'en 1916). Si l'on se place dans ce dernier cadre théorique, en revanche,
aucun problème : le paradoxe disparaît en effet (via le fait passablement anti-intuitif  qu'en RG le battement d'une horloge dépend non seulement de sa vitesse relative à
l'observateur, mais aussi de sa distance au même).


 



Jeanne-A Debats 29/09/2011 19:18



j'aime beaucoup le coup du boulet. Ravissant. Je suis allée chercher et je ne vois pas pourquoi il l'appelle ainsi....


En revanche, j'avais déduit le contextuel du (relativement) (forcément) bien fait article de Wiki.


Donc si je te suis bien et résumons-nous :


si je crée un monde ou la RR est partout valide, le paradoxe fonctionne y compris au retour, du coup l'âge des étoiles redevient légitime.^^


 


 


(Non, mais les autres, les normaux, vous voyez ce que c'est qu'être auteur de SF ? mettez-vous au macramé avent de tomber dans l'engrenage.)


(oui parce qu'à force on finit par trouver ça fun)



caliban 29/09/2011 13:41



Et moi qui croyais que tu évoquais ceux de Langevin...


Pfffffffff indeed !


 



Jeanne-A Debats 29/09/2011 14:10



ça n'est pas toi qui m'avait dit que le paradoxe de Langevin était infirmé ?


encore un effet d'annonce ? o_o



troll de la forêt de Pied-Ferme 27/09/2011 12:01



ton allusion aux vrais jumeaux qui n'y entravent que pouic est transparente


 


pourquoi tant de haine à l'égard des Bogda ?



Jeanne-A Debats 27/09/2011 13:15



Pfffffffffff, pourquoi y'en a toujours UN qui repère le sous texte^^


(et pourquoi c'est toi en général^^?)



Cachou 27/09/2011 11:36



Donc quand cet écrivain mainstream a réussi à me refourguer son roman qui sentait l'auto-fiction à plein nez en me le vendant comme une réflexion spéculative et anticipative sur le devenir d'un
homme et de toute l'humanité à travers lui, je me suis fait avoir?!? (moi qui croyais innocemment en l'honnêteté des auteurs... ). Damned, je n'achèterai plus que des romans avec des vaisseaux spatiaux sur la couverture, au moins je suis sûre de ne pas me faire avoir sur la marchandise dans ce cas-là...



Jeanne-A Debats 27/09/2011 13:15



Que veux-tu ces pauvres écrivains du mainstream faut avoir pitié d'eux, n'oublie pas qu'ils vivent dans les ténèbres coperniciennes...



Guillaume 27/09/2011 10:11



Tu es très sexy dans ta robe SF ourlée hardscience !



Jeanne-A Debats 27/09/2011 13:14



* révérence*


Merci dear, tu es bien rentré ?