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L'été, c'est le temps des Critiquaquatiques

Publié le par Jeanne-A Debats

Le top ten des critiques à NE PAS BALANCER à un critique :

 

1) T’as qu'à essayer d'écrire, tu causeras après[i].

2) Quand on se cache derrière un pseudo, on la boucle[ii]. Nooooon[iii] !

3) Contester un argument de goût : « Moi j’aime pas le post apo[iv] » OK, il/ elle n’avait qu’à pas en lire, mais si on avait été vraiment bon, ben on aurait dépassé cet a priori. En tout cas, on n’a pas été ASSEZ bon, pour CE lecteur-là. Se résigner à ne pas plaire à tout le monde.(Et dites-vous que l’argument de goût est le moins pire en fait^^) (c’est même mon préféré) J’ai un de mes critiques favoris[v] qui peut pas supporter mon héros récurrent, je lui en veux pas du tout (Puis faut avouer que Navarre est un sale môme^^)

4) Y’a des fautes d’orthographe[vi].

5) Le critique est mal baisé, il se venge[vii].

6) C’est un con. C’est fort possible, mais ça ne résout rien : la plupart des gens sont des cons, les lecteurs sont des gens, donc…

7) Le critique dit « C’est nul » au lieu de dire « je pense que c’est nul [viii]»

8) Tous les autres ont aimé, pour qui il se prend[ix] ?

9) Il n’aime pas ton livre, mais il aime Twighlight[x].

10) Il a pas le bagage littéraire nécessaire pour juger du style, du scénar, du[xi]

11[xii]) c’est normal qu’il ait pas aimé, il est copain avec untel qui me hait[xiii].

 

 

 

 

 

 

[i] Oui, Dudule, ou alors tu n’écris que pour les collègues ? Ça s’appelle un lecteur, ça, sisi.

[ii] Un peu de bonne foi, Totoche, le milieu est pas assez grand, tu le connais forcément le désagréable contempteur de ton œuvre immortelle, ou alors tu vas le connaître très vite. Y’a pas que la NSA qui trouve des renseignements en deux clicks sur internet

[iii] Parce que toi, Trucmuche, tu t’appelles VRAIMENT Georgina Wiltman ? o_o

[iv] Ou la romance, ou les nouvelles à chute, ou le polar.

[v] Coucou, Philippe ! <3

[vi] Dans tes manus aussi, Bidule, avant que la correctrice passe armée de prolexis ou antidote. (Et même après^^)

[vii] Comme vous êtes tous les deux dans ce cas, statistiquement, (Les gens bien baisés ne courent pas les rues, le monde serait plus cool.) je serais toi, Tatave, je la bouclerais.

[viii] T’as pas l’impression de sodomiser des diptères rhétoriques, là, Totor ?

[ix] Faut vraiment que j’explicite ça ? Perso, je pourrais JAMAIS regarder le docteur Who trop de gens adorent^^.

[x] Je suis hyper fan de certains films de Michael Bay, sisi, et ceux de Bergman (toi aussi, Chouchou, cherche dans ton panthéon l’horreur inavouable : tu es sûr de pas écouter en boucle les valses de vienne, ou Florent Pagny quand personne est dans le coin ?)

[xi][xi] C’est bien possible, c’est même certain, seulement RAPPEL : si tu écris, Mon petit chat, que pour les universitaires et les collègues (bis) tu ne mangeras pas souvent.

[xii] Oui je sais pas compter.

[xiii] C’est peut-être vrai mais ça va être difficile à prouver publiquement sauf si l’autre a franchement passé les bornes. (ça arrive)(voir « critiques valides à balancer » dans post ultérieur)

(Une librairie après le passage d'un Critique, allégorie)

(Une librairie après le passage d'un Critique, allégorie)

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ImaJ'nère Interview

Publié le par Jeanne-A Debats

Mon portrait chinois par jean-Hugues Villacampa en mai 2014

Publié dans Interviews

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Ayas, Humour et esprit de la commune

Publié le par Jeanne-A Debats

Roland Wagner était l'un des piliers des séminaires de Peyresq. A ce titre, les Peyrescans que sont certains d'entre nous, ont désiré lui rendre hommage à travers la dernière table ronde qu'il anima pour nous.

"Ayas, humour et esprit de la commune" est l'enfant de ce désir.

En compagnie d' Estelle Blanquet, Simon Bréan, Jean-Luc Gautero, Samuel Minne, Pascal J. Thomas, Jean-Louis Trudel, Eric Picholle, ainsi que de trois nouvelles-hommages, sous la plume d'Ugo Bellagamba, Claude Ecken et moi-même  avec :

RÔ, L'improbable

Ayas, Humour et esprit de la commune

 

" Paris. France. Aéroport Charles de Gaulle. 01 mai 2084. 12h51.  Enregistrement officiel  restitué, Aya  n°666.

Du fond de sa guérite à l’entrée des pistes de l’aéroport, Georges le gardien ouvrit des yeux exorbités. Une fille malingre se perchait en équilibre sur le mur d’enceinte à quinze mètres de là. La paroi de béton blanc était censément électrifiée sur toute sa hauteur, et au sommet en particulier. Ou quelqu’un avait désactivé le système, ou la gamine était déjà morte.

Georges secoua sa terreur pour sortir en vitesse. Il poussa un soupir de soulagement lorsqu’il la vit balancer les jambes et atterrir avec souplesse. Elle portait un tee-shirt bleu ciel maculé de larmes magenta et vert anis sous laquelle ses petits seins ronds pointaient. Ses longues cuisses flottaient dans un sarouel du même bleu que le tee-shirt, rayé d’un orange flambant. Ses cheveux blonds voletaient sur ses omoplates saillantes. Un renard en slip kangourou gambadait à ses côtés.

Elle divagua à travers les allées de hautes herbes, sinuant entre les pistes d’atterrissage, cueillant au passage des brassées de marguerites sauvages et de bleuets. Elle ne s’arrêtait pas pour les coquelicots. Elle savait peut-être qu’ils ne tiendraient pas cinq minutes, une fois coupés. Le vent emporta une odeur de foin et de fleurs jusqu’à la guitoune.

Sidéré, Georges n’eut pas un geste pour arrêter la promeneuse, il se rua vers le mur d’enceinte. Il le considéra un moment et fit la dernière connerie de sa vie. Il testa l’électrification de la clôture avec le doigt.

On ramassa son cadavre carbonisé quelques heures plus tard, avec ceux des petits animaux fouisseurs et des oiseaux imbéciles..."

(To be continued-------> )

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Tu sais que tu es un écrivain quand...

Publié le par Jeanne-A Debats

Ce dimanche, c'est Lionel Davoust qui nous emmène au temple de la SFFF !

Tu sais que tu es un écrivain quand...

(Avec l'aimable autant qu'involontaire participation de Sylvie Miller, Nicolas Barret et Willy 30 )

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Le Miroir d'Electre dans la Décade de l'Imaginaire

Publié le par Jeanne-A Debats

Publiée en 2012, dans l'anthologie Fragments d'une Fantasy Antique, dirigée par David K. Nouvel Le Miroir d'Electre concentre tout ce que j'ai pu dénicher de fun, jadis, dans la mythologie. Mythologie qui est la source infinie où je bois mon inspiration :

mes muses ont beau voguer dans l'hyper-espace en talons aiguilles, elles s'y adonnent en peplum.

Le Miroir d'Electre dans la Décade de l'Imaginaire

 

À Maere qui m’a montré la voie.

 

« Si vous faites intervenir un dieu, faites que le dieu soit digne de dénouer le drame »

Anonyme XXI° siècle

 

Contrairement à l’opinion répandue dans son entourage, mademoiselle Violette Nodier n’était pas une psychopathe. Elle en avait pourtant tous les dehors, certaines options de luxe comprises. Ainsi, lors de toutes ses sorties à l’extérieur de chez elle, elle arborait un masque et des gants chirurgicaux qu’elle ne quittait que dans l’intimité féroce de sa chambre. Ce n’était pas non plus -- malgré les supputations de son psychiatre, le bon docteur Deluc ­-- une pauvre névrosée affligée de troubles obsessionnels du comportement compliqués d’agoraphobie et de nosophobie.

Nonobstant, Mademoiselle Nodier donnait bien le change au cher homme, avec une habileté qui la plongeait du chignon au talon dans des fleuves obscurs roulant des flots de culpabilité noire. Elle allait le voir sur l’ordre de sa mère, non par nécessité intime, ce qui constituait un premier crime. Contre la psychanalyse...

 

(To be continued et téléchargeable gratuitement ---> )

(à l'occasion de la Décade de l'Imaginaire des éditions l'Atalante)

Publié dans Nouvelles

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Mayday

Publié le par Jeanne-A Debats

Mayday

Cette nouvelle est une des toutes premières que j'ai écrites.

Elle avait trouvé place dans la très belle anthologie de Nathalie Dau " Les héritiers d'Homère" aux défuntes et très regrettées éditions Argemmios.

 

 

 

Le bain est encore bien tiède. Je m’immerge jusqu’au cou, paisible, sereine, oh si sereine ! Si sirène ! Je ris doucement, très doucement. Puis je saisis l’éponge, la serre, la presse, la broie et ça coule, coule, roule, roucoule le long des parois. Je l’imprègne d’un savon aux algues dont l’odeur suave, si suave, se mêlera avec délicatesse aux senteurs salées qui envahissent la salle de bains. Il ne faut pas d’eau trop chaude, surtout. Je me suis fait un masque d'ocre, un masque d'art, un masque d'acre, d'argile ou d'alacrité.

Je frictionne doucement mes cuisses minces, minces… Mince alors ! Je chantonne pour couvrir les bruits derrière la porte. Il est là. Il fait sa valise. Un peu vite. Un peu n’importe comment. Comme tout ce qu'il fait d'habitude. Je l’entends fourrager dans les tiroirs et tout mettre en vrac dans ses bagages. Pour quelqu’un qui part avec une plus jeune, plus belle, plus riche, je trouve mon époux tout penaud, très pataud, bien piteux.

Oh, pitié ! Mais c’est tout lui, ça ! Pas même le courage de ses mauvaises actions. Avant, il se reposait sur moi pour les commettre. Il m’appelait. Mayday.

« Au secours! Mayday ! »

Et je venais à son secours. Par amour. Toujours. S’il est ce qu’il est, c’est que je suis intervenue tant de fois !

Il l’a oublié. D’ailleurs il ne m’appelle plus que Maman. Maman ?

Maman.

Moi ?!

Ma maman, ma mie, ma manie.

« Va demander à Maman ! » dit-il souvent.

Et ils viennent vers moi parce que Papa, de toute façon, est trop occupé ou donnera une réponse sans intérêt. Trop occupé à courir la gueuse, trop occupé à gérer ses affaires. Alors Maman, hein ? Maman, la tueuse de dragons, la dénicheuse de trésors, celle qui connaît les histoires secrètes, qui font si délicieusement peur, et le nom des étoiles ; qui dénoue les filets et détruit les pièges les plus subtils... Eh bien, c’est mieux, n’est-ce pas, mes chéris ?

C’est fini maintenant, je ne serai plus Mayday pour personne. Pas même pour eux, puisqu’il veut me les prendre.

J’ai les cuisses lisses, lisses ; et glisse l’eau colorée comme sur une feuille de lotus, sans laisser de traces.

« Ouvre, Maman ! »

C’est lui. Je chantonne plus fort en me rinçant soigneusement. Assise au fond de la baignoire, je noue mes cheveux qui se raidissent en tresses fines et longues, longues. Tiens, j’ai un peu de corne sous le talon ! Où est la pierre ponce ? Ah non, elle est sur le lavabo double ; un lavabo pour moi, un lavabo pour lui. Nous ne partageons vraiment plus rien, c’est tellement triste.

« Ouvre, Maman ! »

Il se répète. Il ne dit pas les mots magiques. Il n’a jamais rien compris à la magie.

« Maman, ils vont être en retard ! »

Je me laisse couler au fond pour ne plus l’entendre. Ils ne seront pas en retard. Ils ont tout le temps. Moi aussi. C’est lui qui est pressé de rejoindre son oie blanche, si blanche et millionnaire.

Il frappe à la porte comme un furieux. Qu’il est bruyant ! Il me fatigue. le masque a résisté au plongeon mais il est encore trop humide pour que je le retire. Je sors du bain. Mon pied laisse une marque pourpre sur le tapis de bain écarlate. La salle de bain est rouge et verte, c’est très beau.

« Mayday ? Ouvre, s’il te plait ! »

Ah ! Il s’est souvenu de la formule ! Ce n’est pas trop tôt. Je déverrouille en souriant :

« Entre, mon chéri ! »

 

***

 

 

Il n’entre pas. Son visage arbore une expression tout à fait drôle. Il est bien étonné ! Le rouge me va si bien ! Il fait un pas en avant et tombe. Il a marché sur une main, petite, si petite… C’est vrai que je les aie abandonnées un peu n’importe où. Les têtes, en revanche, sont bien rangées sur les étagères : côte à côte, leur regard tourné chacun dans une direction différente. C’est plus équilibré. J’ai fait attention de poser une assiette dessous, ainsi ça ne tachera pas les serviettes sur l’étagère inférieure. Cela dit, quand j’ai ouvert la gorge de nos enfants au dessus de la vasque de la baignoire, j’ai bien attendu que tout coule au fond. S’il en reste, ce ne sera pas grand-chose. Je n’aime pas le gâchis, ni les taches. Les jambes et les bras m’ont posé un problème, mais j’ai trouvé une solution pour les pieds : je les ai placés près des pattes de lion de la baignoire. C’est très amusant : de loin, on dirait qu’elle peut partir se promener.

Il ne dit rien. Il garde la bouche ouverte et son regard va de mon visage, verdi par le masque, à mes épaules rondes, si rondes – blondes arondes, entrez dans la ronde – encore marbrées de petits caillots qui s’écaillent et tombent en paillettes minuscules, minuscules…

Je me frictionne fort, très fort, parce que ça gratte un peu, maintenant.

Puis il fixe les bras et les jambes qui dépassent un peu du sac de linge sale.

Les torses démembrés sont dans l’armoire. il y avait la place.

Il gémit.

Il n’a jamais su faire que ça : gémir et gémir encore.

 

Cette fois,

qui

Vas-tu

Appeler

Au secours,

Jason,

Mon amour ?

 

Publié dans Nouvelles

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En attendant Epinal (3)

Publié le par Jeanne-A Debats

En attendant Epinal (3)

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En attendant Epinal (2)

Publié le par Jeanne-A Debats

Sylvie Karloff, Sylvie Lorre & Sylvie Price

Sylvie Karloff, Sylvie Lorre & Sylvie Price

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Pixel noir, la bande annonce !

Publié le par Jeanne-A Debats

Un grand merci à Marion de Livresados pour cette réalisation :)

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Asmodeus ex machina (suite et fin)

Publié le par Jeanne-A Debats

Je dédie la fin de cette nouvelle à une grande dame éponyme de mon héroïne, dont l'intérêt pour moi après tant d'années ne semble pas s'affaiblir, ça réchauffe le coeur !

Je la dédie également à la fédération de rugby de la petite ville de M. qui prit en charge le grem, bien avant l'éducation nationale et souvent ô combien bien mieux.

à vous tous, trinquons  avec le Zombie2  !!

 

Asmodeus ex machina (suite et fin)

(1.3 oz de jus de goyaves, 0.3 oz de liqueur de café, 0.7 oz de liqueur de

1 oz de rhum ambré )  _________________________________________________________________

 

(Previously on Asmodeus ex machina)

Lorsqu’elles se furent un peu remises, Az’ fit le point sur la situation avec une précision toute numérique :

— Là, on est VRAIMENT dans la merde.

 

----------------------------------------------------

(And now....)

 

Hélène ne lui répondit pas : elle profitait de ce moment de calme pour craquer avec dignité, c'est-à-dire qu’elle s’arrangeait pour que ses sanglots restent inaudibles. Puis elle fixa intensément l’obscurité tandis qu’Az’ ronronnait quelque chose sans essayer d’entretenir une conversation dont elle avait bien saisi qu’elle serait unilatérale. Cependant, au bout d’un moment, l'IA tenta :

— C’est rigolo.

Là, Hélène sursauta et ne put s’empêcher de rétorquer :

— Pardon ? Y’a un truc qui m’a échappé ? Ou tu viens vraiment d’affirmer que quelque chose dans ce désastre prête à sourire ?

— Ouais, enfin bon, pour moi, hein ? fit prudemment Az’.

— Je n’en doute pas, grinça sa patronne. Et c’est ?

— Ben… (Az’ hésita un peu.) En fait, il semblerait que je sois la seule IA encore en fonctionnement, alors tous les satellites survivants se sont connectés sur moi.

— Et donc ?

— Euh, je sais pas comment te dire… c’est genre… je suis au sommet de la chaîne alimentaire ? De guppy à requin ? De sous-sous-secrétaire d’État aux instituteurs retraités, je suis devenue Présidente du système ? Tu trouves pas ça... amusant ?

Il y eut un silence pesant qui indiqua sans ambiguïté la réponse d’Hélène. Az’ n’insista pas. Elle proposa :

— Tu veux un peu de lumière ?

Hélène haussa les épaules dans le noir. À tout casser, elle en avait pour deux jours d’oxygène, elle ne voyait pas l’utilité de les passer dans la nuit. L’écran virtuel illumina leur prison de décombres, accrochant des étincelles aux angles de faïence du carrelage pulvérisé.

Un ballet d’étoiles et de planètes traversé de filaments dorés aussitôt disparus s’étendit devant elles. Hélène soupira à la vue des courbes rondes des satellites rutilants aux voiles solaires déployées. L’ennemi avait détruit en priorité l’armement, mais il avait négligé les surveillances diverses, la météo du week-end suivant n’inquiétait plus grand monde.

— C’est tout ce que j’ai en magasin, s’excusa Az’. Les autres banques de données…

Hélène agita la main avec agacement. Elle s’hypnotisait sur l’écran où la danse des drones traçait d’éphémères rosaces à l’échelle du système. Les reflets bleutés accrochaient son regard fixe en y laissant des traînées rousses étonnantes et un peu inquiétantes. Elle pointa un fil d’or qui venait d’apparaître entre deux satellites :

— Qu’est-ce que c’est, ça ?

Il n’était déjà plus là, mais Az’ interpréta correctement la question :

— Une communication. Ils se parlent tous les deux.

— Ils peuvent maintenir ça pendant combien de temps ?

La voix de la patronne s’était imperceptiblement raffermie, Az’ n’en croyait pas ses récepteurs audio.

— Une com’ ? Oh, indéfiniment, il suffit de leur ordonner de se transmettre un truc infini…

— Par exemple ?

— Par exemple ? Euh… la liste des nombres premiers vs les décimales de Pi ? Mais pour quoi faire ?

— Et tu peux le leur demander ? Ils vont le faire ?

— Oui, je viens de te le dire, mais… ?

Hélène agita la main une fois de plus, s’empara du clavier virtuel et commença des calculs dont elle refila la fin à une Az’ sidérée.

— Ça ne marchera jamais ! affirma cette dernière, péremptoire. En tout cas, ça n’a pas fonctionné depuis des siècles...

— Eh bien, y’a intérêt que ça fonctionne cette fois, parce que c’est notre dernière chance. Et pour Eux aussi !

Az’ se lança dans une imitation de gémissement totalement ratée mais envoya tout de même les ordres à travers le béton, l’atmosphère et l’infinité sombre de l’espace...

Les satellites firent part de leur étonnement poli, mais ils obtempérèrent sans barguigner. Le vide s’emplit en quelques nano secondes de milliers de chiffres inutiles pendant que leurs émetteurs se déroutaient jusqu’à l’endroit requis par leur dernière IA. Lentement, mais sûrement, les petits appareils dorés glissèrent à leur place, jusqu'à ce que dans la chambre mortuaire l'écran reproduise fidèlement le dessin qui ornait le ciel désormais.

 

 

Le plus grand pentacle de l’histoire de l’univers s’inscrivit entre les étoiles.

 

Hélène se dressa (manquant de peu de s’assommer contre une poutrelle tordue) et sa voix soudain plus vieille que le plus ancien des anciens lieux sacrés s’éleva dans la petite cavité...

Elle résonna comme un gong de bronze à l’échelle de Jupiter à travers les parois effondrées et les récepteurs spatiaux pour plonger jusqu’au cœur du Monde dans les tréfonds inexplorés les plus inexplorés des régions infernales les plus infernales.

 

Et elle fut entendue.

***

 

 

Le vaisseau alien mit environ dix minutes avant de comprendre que quelque chose l’avait saisi par les ailerons tribord, apparemment sans se soucier du feu des réacteurs quantiques. Puis on le retourna comme une crêpe dans une poêle, et l’œil colossal d’Asmodée fixa le commandant de bord, occultant quasi totalement l'immense baie vitrée du pont principal. La voix titanesque satura tous les coms :

— VOUS AURIEZ DÛ CONTINUER À JOUER À DOMICILE !

Et dans un lancer impeccable qui l’aurait fait admettre sans problème au sein  des All Blacks, Asmodée balança le navire droit entre deux géantes gazeuses vers sa galaxie d’origine, l'accompagnant d'un dernier commentaire vociférant qui fit sauter tous les circuits radio.

— AVANT DE S'AVENTURER EN EXTÉRIEUR, UN BON CAPITAINE SE RENSEIGNE SUR L'ÉQUIPE ADVERSE !

Tandis que les étrangers tournoyaient sans fin vers leur monde lointain, très lointain, le commandant extraterrestre n'osa qu’une timide pensée :

— Équipe ?

Alors, son second lui montra la horde de silhouettes ailées, cornues, velues, ventrues, aux trognes turgescentes,  aux bouches dentées, aux cils interminables, aux trompes colorées, aux seins surnuméraires, aux membres multipliés, aux hanches voluptueuses  et aux sexes triomphants qui se livra à une espèce de danse menaçante et rythmée dont l'essentiel consistait à se frapper torses, bras et cuisses en poussant en chœur de grands cris. Ensuite les monstres se divertirent fort à les bombarder de choses rouges et molles de la taille d’une lune ainsi que de petits cylindres légers, au fond clapotant d’une mousse résiduelle et nauséabonde. Le vaisseau trembla de dégoût lorsque l’une d’entre elles atteignit son objectif et s’écrasa, dégoulinante, direct entre ses senseurs externes.

***

Hélène extirpa Az’ des débris de ciment qui la bloquait encore. Elle observa le sol couvert de pulpe de tomates pourries et de canettes de bière et remarqua pensivement :

— En fait, je ne suis pas sûre de supporter les métaphores sportives. Je crois que ça ne fait pas grand bien à notre inconscient collectif.

Az’ ne répondit pas tout de suite. Elle mesurait une activité sismique souterraine assez intense et bien localisée, très loin sous les pieds de la patronne. Elle finit par soupirer :

— La troisième mi-temps va être diabolique.

 

 

 

 

(The end)

Asmodeus ex machina (suite et fin)

Publié dans Nouvelles

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