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Tu sais que tu es un écrivain quand...

Publié le par Jeanne-A Debats

Ce dimanche, c'est Lionel Davoust qui nous emmène au temple de la SFFF !

Tu sais que tu es un écrivain quand...

(Avec l'aimable autant qu'involontaire participation de Sylvie Miller, Nicolas Barret et Willy 30 )

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Le Miroir d'Electre dans la Décade de l'Imaginaire

Publié le par Jeanne-A Debats

Publiée en 2012, dans l'anthologie Fragments d'une Fantasy Antique, dirigée par David K. Nouvel Le Miroir d'Electre concentre tout ce que j'ai pu dénicher de fun, jadis, dans la mythologie. Mythologie qui est la source infinie où je bois mon inspiration :

mes muses ont beau voguer dans l'hyper-espace en talons aiguilles, elles s'y adonnent en peplum.

Le Miroir d'Electre dans la Décade de l'Imaginaire

 

À Maere qui m’a montré la voie.

 

« Si vous faites intervenir un dieu, faites que le dieu soit digne de dénouer le drame »

Anonyme XXI° siècle

 

Contrairement à l’opinion répandue dans son entourage, mademoiselle Violette Nodier n’était pas une psychopathe. Elle en avait pourtant tous les dehors, certaines options de luxe comprises. Ainsi, lors de toutes ses sorties à l’extérieur de chez elle, elle arborait un masque et des gants chirurgicaux qu’elle ne quittait que dans l’intimité féroce de sa chambre. Ce n’était pas non plus -- malgré les supputations de son psychiatre, le bon docteur Deluc ­-- une pauvre névrosée affligée de troubles obsessionnels du comportement compliqués d’agoraphobie et de nosophobie.

Nonobstant, Mademoiselle Nodier donnait bien le change au cher homme, avec une habileté qui la plongeait du chignon au talon dans des fleuves obscurs roulant des flots de culpabilité noire. Elle allait le voir sur l’ordre de sa mère, non par nécessité intime, ce qui constituait un premier crime. Contre la psychanalyse...

 

(To be continued et téléchargeable gratuitement ---> )

(à l'occasion de la Décade de l'Imaginaire des éditions l'Atalante)

Publié dans Nouvelles

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Mayday

Publié le par Jeanne-A Debats

Mayday

Cette nouvelle est une des toutes premières que j'ai écrites.

Elle avait trouvé place dans la très belle anthologie de Nathalie Dau " Les héritiers d'Homère" aux défuntes et très regrettées éditions Argemmios.

 

 

 

Le bain est encore bien tiède. Je m’immerge jusqu’au cou, paisible, sereine, oh si sereine ! Si sirène ! Je ris doucement, très doucement. Puis je saisis l’éponge, la serre, la presse, la broie et ça coule, coule, roule, roucoule le long des parois. Je l’imprègne d’un savon aux algues dont l’odeur suave, si suave, se mêlera avec délicatesse aux senteurs salées qui envahissent la salle de bains. Il ne faut pas d’eau trop chaude, surtout. Je me suis fait un masque d'ocre, un masque d'art, un masque d'acre, d'argile ou d'alacrité.

Je frictionne doucement mes cuisses minces, minces… Mince alors ! Je chantonne pour couvrir les bruits derrière la porte. Il est là. Il fait sa valise. Un peu vite. Un peu n’importe comment. Comme tout ce qu'il fait d'habitude. Je l’entends fourrager dans les tiroirs et tout mettre en vrac dans ses bagages. Pour quelqu’un qui part avec une plus jeune, plus belle, plus riche, je trouve mon époux tout penaud, très pataud, bien piteux.

Oh, pitié ! Mais c’est tout lui, ça ! Pas même le courage de ses mauvaises actions. Avant, il se reposait sur moi pour les commettre. Il m’appelait. Mayday.

« Au secours! Mayday ! »

Et je venais à son secours. Par amour. Toujours. S’il est ce qu’il est, c’est que je suis intervenue tant de fois !

Il l’a oublié. D’ailleurs il ne m’appelle plus que Maman. Maman ?

Maman.

Moi ?!

Ma maman, ma mie, ma manie.

« Va demander à Maman ! » dit-il souvent.

Et ils viennent vers moi parce que Papa, de toute façon, est trop occupé ou donnera une réponse sans intérêt. Trop occupé à courir la gueuse, trop occupé à gérer ses affaires. Alors Maman, hein ? Maman, la tueuse de dragons, la dénicheuse de trésors, celle qui connaît les histoires secrètes, qui font si délicieusement peur, et le nom des étoiles ; qui dénoue les filets et détruit les pièges les plus subtils... Eh bien, c’est mieux, n’est-ce pas, mes chéris ?

C’est fini maintenant, je ne serai plus Mayday pour personne. Pas même pour eux, puisqu’il veut me les prendre.

J’ai les cuisses lisses, lisses ; et glisse l’eau colorée comme sur une feuille de lotus, sans laisser de traces.

« Ouvre, Maman ! »

C’est lui. Je chantonne plus fort en me rinçant soigneusement. Assise au fond de la baignoire, je noue mes cheveux qui se raidissent en tresses fines et longues, longues. Tiens, j’ai un peu de corne sous le talon ! Où est la pierre ponce ? Ah non, elle est sur le lavabo double ; un lavabo pour moi, un lavabo pour lui. Nous ne partageons vraiment plus rien, c’est tellement triste.

« Ouvre, Maman ! »

Il se répète. Il ne dit pas les mots magiques. Il n’a jamais rien compris à la magie.

« Maman, ils vont être en retard ! »

Je me laisse couler au fond pour ne plus l’entendre. Ils ne seront pas en retard. Ils ont tout le temps. Moi aussi. C’est lui qui est pressé de rejoindre son oie blanche, si blanche et millionnaire.

Il frappe à la porte comme un furieux. Qu’il est bruyant ! Il me fatigue. le masque a résisté au plongeon mais il est encore trop humide pour que je le retire. Je sors du bain. Mon pied laisse une marque pourpre sur le tapis de bain écarlate. La salle de bain est rouge et verte, c’est très beau.

« Mayday ? Ouvre, s’il te plait ! »

Ah ! Il s’est souvenu de la formule ! Ce n’est pas trop tôt. Je déverrouille en souriant :

« Entre, mon chéri ! »

 

***

 

 

Il n’entre pas. Son visage arbore une expression tout à fait drôle. Il est bien étonné ! Le rouge me va si bien ! Il fait un pas en avant et tombe. Il a marché sur une main, petite, si petite… C’est vrai que je les aie abandonnées un peu n’importe où. Les têtes, en revanche, sont bien rangées sur les étagères : côte à côte, leur regard tourné chacun dans une direction différente. C’est plus équilibré. J’ai fait attention de poser une assiette dessous, ainsi ça ne tachera pas les serviettes sur l’étagère inférieure. Cela dit, quand j’ai ouvert la gorge de nos enfants au dessus de la vasque de la baignoire, j’ai bien attendu que tout coule au fond. S’il en reste, ce ne sera pas grand-chose. Je n’aime pas le gâchis, ni les taches. Les jambes et les bras m’ont posé un problème, mais j’ai trouvé une solution pour les pieds : je les ai placés près des pattes de lion de la baignoire. C’est très amusant : de loin, on dirait qu’elle peut partir se promener.

Il ne dit rien. Il garde la bouche ouverte et son regard va de mon visage, verdi par le masque, à mes épaules rondes, si rondes – blondes arondes, entrez dans la ronde – encore marbrées de petits caillots qui s’écaillent et tombent en paillettes minuscules, minuscules…

Je me frictionne fort, très fort, parce que ça gratte un peu, maintenant.

Puis il fixe les bras et les jambes qui dépassent un peu du sac de linge sale.

Les torses démembrés sont dans l’armoire. il y avait la place.

Il gémit.

Il n’a jamais su faire que ça : gémir et gémir encore.

 

Cette fois,

qui

Vas-tu

Appeler

Au secours,

Jason,

Mon amour ?

 

Publié dans Nouvelles

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En attendant Epinal (3)

Publié le par Jeanne-A Debats

En attendant Epinal (3)

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En attendant Epinal (2)

Publié le par Jeanne-A Debats

Sylvie Karloff, Sylvie Lorre & Sylvie Price

Sylvie Karloff, Sylvie Lorre & Sylvie Price

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Pixel noir, la bande annonce !

Publié le par Jeanne-A Debats

Un grand merci à Marion de Livresados pour cette réalisation :)

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Asmodeus ex machina (suite et fin)

Publié le par Jeanne-A Debats

Je dédie la fin de cette nouvelle à une grande dame éponyme de mon héroïne, dont l'intérêt pour moi après tant d'années ne semble pas s'affaiblir, ça réchauffe le coeur !

Je la dédie également à la fédération de rugby de la petite ville de M. qui prit en charge le grem, bien avant l'éducation nationale et souvent ô combien bien mieux.

à vous tous, trinquons  avec le Zombie2  !!

 

Asmodeus ex machina (suite et fin)

(1.3 oz de jus de goyaves, 0.3 oz de liqueur de café, 0.7 oz de liqueur de

1 oz de rhum ambré )  _________________________________________________________________

 

(Previously on Asmodeus ex machina)

Lorsqu’elles se furent un peu remises, Az’ fit le point sur la situation avec une précision toute numérique :

— Là, on est VRAIMENT dans la merde.

 

----------------------------------------------------

(And now....)

 

Hélène ne lui répondit pas : elle profitait de ce moment de calme pour craquer avec dignité, c'est-à-dire qu’elle s’arrangeait pour que ses sanglots restent inaudibles. Puis elle fixa intensément l’obscurité tandis qu’Az’ ronronnait quelque chose sans essayer d’entretenir une conversation dont elle avait bien saisi qu’elle serait unilatérale. Cependant, au bout d’un moment, l'IA tenta :

— C’est rigolo.

Là, Hélène sursauta et ne put s’empêcher de rétorquer :

— Pardon ? Y’a un truc qui m’a échappé ? Ou tu viens vraiment d’affirmer que quelque chose dans ce désastre prête à sourire ?

— Ouais, enfin bon, pour moi, hein ? fit prudemment Az’.

— Je n’en doute pas, grinça sa patronne. Et c’est ?

— Ben… (Az’ hésita un peu.) En fait, il semblerait que je sois la seule IA encore en fonctionnement, alors tous les satellites survivants se sont connectés sur moi.

— Et donc ?

— Euh, je sais pas comment te dire… c’est genre… je suis au sommet de la chaîne alimentaire ? De guppy à requin ? De sous-sous-secrétaire d’État aux instituteurs retraités, je suis devenue Présidente du système ? Tu trouves pas ça... amusant ?

Il y eut un silence pesant qui indiqua sans ambiguïté la réponse d’Hélène. Az’ n’insista pas. Elle proposa :

— Tu veux un peu de lumière ?

Hélène haussa les épaules dans le noir. À tout casser, elle en avait pour deux jours d’oxygène, elle ne voyait pas l’utilité de les passer dans la nuit. L’écran virtuel illumina leur prison de décombres, accrochant des étincelles aux angles de faïence du carrelage pulvérisé.

Un ballet d’étoiles et de planètes traversé de filaments dorés aussitôt disparus s’étendit devant elles. Hélène soupira à la vue des courbes rondes des satellites rutilants aux voiles solaires déployées. L’ennemi avait détruit en priorité l’armement, mais il avait négligé les surveillances diverses, la météo du week-end suivant n’inquiétait plus grand monde.

— C’est tout ce que j’ai en magasin, s’excusa Az’. Les autres banques de données…

Hélène agita la main avec agacement. Elle s’hypnotisait sur l’écran où la danse des drones traçait d’éphémères rosaces à l’échelle du système. Les reflets bleutés accrochaient son regard fixe en y laissant des traînées rousses étonnantes et un peu inquiétantes. Elle pointa un fil d’or qui venait d’apparaître entre deux satellites :

— Qu’est-ce que c’est, ça ?

Il n’était déjà plus là, mais Az’ interpréta correctement la question :

— Une communication. Ils se parlent tous les deux.

— Ils peuvent maintenir ça pendant combien de temps ?

La voix de la patronne s’était imperceptiblement raffermie, Az’ n’en croyait pas ses récepteurs audio.

— Une com’ ? Oh, indéfiniment, il suffit de leur ordonner de se transmettre un truc infini…

— Par exemple ?

— Par exemple ? Euh… la liste des nombres premiers vs les décimales de Pi ? Mais pour quoi faire ?

— Et tu peux le leur demander ? Ils vont le faire ?

— Oui, je viens de te le dire, mais… ?

Hélène agita la main une fois de plus, s’empara du clavier virtuel et commença des calculs dont elle refila la fin à une Az’ sidérée.

— Ça ne marchera jamais ! affirma cette dernière, péremptoire. En tout cas, ça n’a pas fonctionné depuis des siècles...

— Eh bien, y’a intérêt que ça fonctionne cette fois, parce que c’est notre dernière chance. Et pour Eux aussi !

Az’ se lança dans une imitation de gémissement totalement ratée mais envoya tout de même les ordres à travers le béton, l’atmosphère et l’infinité sombre de l’espace...

Les satellites firent part de leur étonnement poli, mais ils obtempérèrent sans barguigner. Le vide s’emplit en quelques nano secondes de milliers de chiffres inutiles pendant que leurs émetteurs se déroutaient jusqu’à l’endroit requis par leur dernière IA. Lentement, mais sûrement, les petits appareils dorés glissèrent à leur place, jusqu'à ce que dans la chambre mortuaire l'écran reproduise fidèlement le dessin qui ornait le ciel désormais.

 

 

Le plus grand pentacle de l’histoire de l’univers s’inscrivit entre les étoiles.

 

Hélène se dressa (manquant de peu de s’assommer contre une poutrelle tordue) et sa voix soudain plus vieille que le plus ancien des anciens lieux sacrés s’éleva dans la petite cavité...

Elle résonna comme un gong de bronze à l’échelle de Jupiter à travers les parois effondrées et les récepteurs spatiaux pour plonger jusqu’au cœur du Monde dans les tréfonds inexplorés les plus inexplorés des régions infernales les plus infernales.

 

Et elle fut entendue.

***

 

 

Le vaisseau alien mit environ dix minutes avant de comprendre que quelque chose l’avait saisi par les ailerons tribord, apparemment sans se soucier du feu des réacteurs quantiques. Puis on le retourna comme une crêpe dans une poêle, et l’œil colossal d’Asmodée fixa le commandant de bord, occultant quasi totalement l'immense baie vitrée du pont principal. La voix titanesque satura tous les coms :

— VOUS AURIEZ DÛ CONTINUER À JOUER À DOMICILE !

Et dans un lancer impeccable qui l’aurait fait admettre sans problème au sein  des All Blacks, Asmodée balança le navire droit entre deux géantes gazeuses vers sa galaxie d’origine, l'accompagnant d'un dernier commentaire vociférant qui fit sauter tous les circuits radio.

— AVANT DE S'AVENTURER EN EXTÉRIEUR, UN BON CAPITAINE SE RENSEIGNE SUR L'ÉQUIPE ADVERSE !

Tandis que les étrangers tournoyaient sans fin vers leur monde lointain, très lointain, le commandant extraterrestre n'osa qu’une timide pensée :

— Équipe ?

Alors, son second lui montra la horde de silhouettes ailées, cornues, velues, ventrues, aux trognes turgescentes,  aux bouches dentées, aux cils interminables, aux trompes colorées, aux seins surnuméraires, aux membres multipliés, aux hanches voluptueuses  et aux sexes triomphants qui se livra à une espèce de danse menaçante et rythmée dont l'essentiel consistait à se frapper torses, bras et cuisses en poussant en chœur de grands cris. Ensuite les monstres se divertirent fort à les bombarder de choses rouges et molles de la taille d’une lune ainsi que de petits cylindres légers, au fond clapotant d’une mousse résiduelle et nauséabonde. Le vaisseau trembla de dégoût lorsque l’une d’entre elles atteignit son objectif et s’écrasa, dégoulinante, direct entre ses senseurs externes.

***

Hélène extirpa Az’ des débris de ciment qui la bloquait encore. Elle observa le sol couvert de pulpe de tomates pourries et de canettes de bière et remarqua pensivement :

— En fait, je ne suis pas sûre de supporter les métaphores sportives. Je crois que ça ne fait pas grand bien à notre inconscient collectif.

Az’ ne répondit pas tout de suite. Elle mesurait une activité sismique souterraine assez intense et bien localisée, très loin sous les pieds de la patronne. Elle finit par soupirer :

— La troisième mi-temps va être diabolique.

 

 

 

 

(The end)

Asmodeus ex machina (suite et fin)

Publié dans Nouvelles

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Asmodeus ex machina (1)

Publié le par Jeanne-A Debats

Cette nouvelle, corrigée par Lucie Chenu, est parue dans le magazine Géante Rouge n°19 en 2011.

Vous pouvez la lire, la citer, caler des fichiers virtuels avec, l'utiliser en classe ou ailleurs -- si une idée aussi hallucinante vous traversait l'esprit -- mais bien sûr à la condition de rendre à Jeanne ce qui est à César.

(IE lui en attribuer la maternité.)

(Toi aussi, cause comme Alain Delon)

Asmodeus ex machina (1)

 

 

On ne pend pas de crémaillère le soir du Premier Contact.

 

Les invités s’étaient vautrés dans les canapés et scotchés à l’écran de mondovision. À des milliers de kilomètres de là, sur les docks métalliques de l’astroport intra système, les diplomates de cent pays souverains défilaient en combinaison spatiale d'apparat devant un sas obstinément fermé.

Hélène se rappelait son déplaisir croissant et les exclamations surexcitées qui jaillissaient des coussins lui donnant des spasmes d’agacement devant le buffet presque intact.

La bière maison, en revanche, avait été lampée comme du petit lait tandis que les commentaires fusaient à chaque nouvel ambassadeur déboulant sur le tarmac. Les couleurs des nations bariolaient leurs tenues officielles pressurisées et leur parade incessante rappelait l’arrivée des joueurs et de leurs pompom girls, un jour de tournoi. Seule la main fine de Lila pressée dans celle d’Hélène l’avait retenue de prononcer d’obscures malédictions qu’elle était seule à connaître encore. Elle s’était consolée en se réfugiant dans son antre, abandonnant sans remords les rênes de la réception à sa compagne. Elle avait attendu le départ des indésirables, une tasse de verveine fraîche en main, parmi ses in-octavos chéris et ses alambics.

L’IA mobile, Azrael IV (les trois précédentes finissaient leurs « jours » dans un Virtuel de Repos Définitif) avait failli faire une attaque quand Hélène l’avait sommée de lui apprendre les règles du solitaire avant de se décider pour une partie de Hell’s League dans laquelle elle s’était montrée d’une efficacité remarquable pour une débutante.

Toutefois, Azrael s’était bien gardée de protester; même lorsqu’Hélène, au lieu de l’inviter à la partie comme l’usage l’aurait voulu, l’avait renvoyée à ses chères études, à savoir une compilation exhaustive des diverses recettes de philtres d’amour sur dix-sept siècles. Cependant, tout en constituant dossiers et liens, en établissant correspondances et variations, Azrael n’avait cessé de maugréer sotto voce contre le recruteur qui lui avait fourgué cet emploi. Le type avait argué de similitudes indéniables entre la sorcellerie et l’informatique : il ne connaissait pas Hélène, c’était évident.

C’est pourquoi elles manquèrent le meilleur, toutes les deux : c'est-à-dire le moment où des hurlements éclatèrent dans le salon, des cris qui ressemblaient énormément à ceux qu’on entend lorsque l’équipe favorite de l’assistance vient de se manger une pénalité indiscutable et décisive à l’ultime seconde.

Les pétales d’argent du sas s’étaient épanouis sur une fleur de feu qui avait englouti les diplomates, les navires voisins puis la station et enfin les caméras de contrôle mondial qui l’entouraient. La dernière image du vaisseau étranger fut retransmise par une petite maligne dotée d’une consœur d’Azrael, un chouïa paranoïaque, qui s’était planquée dans son angle mort, à tout hasard. La trajectoire ne laissait aucun doute : le prochain match se déroulerait sur la Terre.

Les jours suivants furent confus, et force était à Hélène de reconnaître qu’elle avait un peu perdu la notion du temps. Elle n’était pas la seule : la moitié de la planète au moins l’avait définitivement égarée, et le reste s’apprêtait à le faire, impuissant et rentrant les épaules. Les déferlements de feu et d’acier s’étaient momentanément arrêtés. Hélène supputait qu’on en était à la première mi-temps et que l’équipe adverse évaluait le score comme suit :

" Vaisseau étranger compteur bloqué, Terre zéro."

Hélène supputait, mais elle pleurait en même temps. Elle berçait contre elle le cadavre noirci de Lila, au coeur torturé et bouillant d’une cité morte. très longtemps après, elle laissa retomber les morceaux de charbon encore tiède où perduraient les formes admirables de son amour défunt. Elle frotta instinctivement sa jupe pour éliminer les traces noires qui dissimulaient avec hypocrisie son incroyable saleté, puis tenta de se redresser avec un gémissement. Il y avait un groupe de survivants et de blessés un peu plus loin, peut-être pourrait-elle faire quelque chose.

Un toussotement l’arrêta. Il était assez mal rendu : Azrael avait toujours été nulle dans ce genre de manifestations humaines.

— Hélène ? Tu vas pas me laisser là, dis ?

Il convient de souligner que la note geignarde sur la dernière syllabe était parfaite, cette fois.

Hélène jeta un coup d’œil sur la sacoche noire qu’elle n’avait pu se résoudre à abandonner dans l’incendie de son appartement et retint un soupir d’exaspération mêlée de pitié :

— C’est la fin, Az’. Tout ce que je peux faire, c’est soulager temporairement ceux-là, dit-elle en désignant une petite bande de blessés.

— Emmène-moi, supplia l’autre. Me laisse pas là, toute seule, à computer en boucle dans le ciment comme une idiote comptable. J’ai un programme diagnostique ! acheva-t-elle d’un ton triomphant.

Hélène soupira franchement. Ce coup-là, Az’ l’attendrissait, et ce n’était pas le moment de se rasseoir pour se remettre à sangloter. Ou alors elle ne se relèverait pas, ce qui finalement n’était peut-être pas une si mauvaise idée que ça. Elle se pencha donc pour saisir l’anse de plastique noir sans ajouter un mot. Az’ eut le bon sens d’en faire autant.

Les survivants les accueillirent d’un regard morne. Ils la connaissaient depuis toujours. Autrefois, ils se riaient d’elle dans son dos de façon à peine dissimulée, en ces temps d’auto médics quasi infaillibles et d’opération à cœur ouvert, où les patients faisaient des parties d’échecs ou bavardaient en attendant qu’on les referme. Ils se laissèrent panser et soigner avec morosité, à l’aide de pain moisi et de toiles d’araignée dénichés dans les décombres. Certains quittèrent la vie sous les doigts fermes et indifférents de la jeune sorcière par pur esprit de contradiction et conviction idéologique.

Az’ était outrée par cette attitude lamentable, mais sa patronne ne fit même pas mine de s’en apercevoir : elle bandait, recousait, traitait, le regard vide et l’âme éteinte au milieu des ruines du monde.

De toute façon, la pluie de feu recommença quelques heures plus tard, anéantissant leurs efforts conjugués en moins d’une demie seconde.

Seul un pur miracle les sauva : une bouche de métro les accueillit quand elles y furent projetées par le souffle d’une explosion et, si les tunnels souterrains s’effondrèrent, l’arc-boutant de béton de l’entrée les protégea in extremis. Toutefois, Az’ et Hélène se retrouvèrent enfouies sous une couche de débris de plusieurs tonnes, dans une poche de quelques mètres cubes qui ne laissait rien présager de bon à long terme.

Lorsqu’elles se furent un peu remises, Az’ fit le point sur la situation avec une précision toute numérique :

— Là, on est VRAIMENT dans la merde !

(To be continued)

Publié dans Nouvelles

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Vampires à Contre-Emploi : Christian Vilà

Publié le par Jeanne-A Debats

Et aujourd'hui, ladies and gentlemen :

Christian Vilà !!!!!!

Vampires à Contre-Emploi : Christian Vilà

 

Qui êtes-vous ?

Mouahaha ! On se vouvoie, maintenant ? Auteur « pro », et je n’en suis pas peu fier, même si ça ne nourrit son homme qu’un jour sur trois, j’écris depuis une quarantaine d’années. J’ai à mon actif environ 70 publications : romans, nouvelles, scénarios d’albums BD, bouquins « non-fiction ». J’ai aussi co-écrit trois scénars télé, un long-métrage, « western africain » prêt à être tourné (sans doute à l’automne). Hormis ça, petits boulots dans l’édition, plus un certain nombre d’articles de presse. Je suis par ailleurs coprésident du Syndicat des écrivains de langue française (S.E.L.F), en compagnie de quelqu’un que tu… pardon, vous connaissez un peu.

Pour vous, la bit-lit, ça se mange ?

Je n’en ai jamais consommé et à vrai dire, ça ne me démange même pas. Quoi que… Cette nouvelle vampirique pourrait m’avoir donné envie.

Parlez-moi de votre nouvelle, comment l’avez-vous conçue ?

L’idée m’est venue à une terrasse de bistrot, en discutant autour d’une bière avec un ami dessinateur de BD. L’ami en question m’a parlé du jardin de son pavillon de banlieue, où des parasites qui ressemblaient à d’affreux raisins secs s’attaquaient à ses plantes, dont ils se gorgeaient de la sève à tel point qu’ils finissaient par paraître gonflés de « sang végétal ». Là, j’avais déjà tout : le sujet, le décor, le perso principal (mon pote, sous une identité d’emprunt et dans un état d’esprit conforme à la météo du calamiteux printemps 2013). Je n’ai pas cherché à documenter l’histoire des insectes ravageurs, mais j’ai un peu potassé la thématique du vampire. Comme par ailleurs l’anthologiste m’avait conseillé d’y aller mollo côté sexe – même si une histoire de vampire sans érotisme, ça me semble valoir à peu près autant que du pinard sans alcool – j’ai plus appuyé sur les émotions en écrivant une histoire d’amour « vampirique » dans un cadre, disons, de SF à court terme.

Vos projets ?

À paraître fin mars, dans la collection « Trash » des éditions du même nom, MurderProd, probablement le roman le plus brutal que j’ai écrit à ce jour. Après, j’en ai un autre en cours d’écriture, où le mot « trash » est pris au pied de la lettre et dont l’intrigue se situe en banlieue, dans un contexte d’anticipation à court terme. Plus, en préparation, un recueil composé tout à la fois de nouvelles inédites (majoritaires) et de quelques rééditions. Ainsi que des rééditions de romans, en numérique cette fois, chez ActuSF et chez Multivers. Côté BD, et toujours avec Stéphane Collignon au dessin, j’ai aussi un projet dans la lignée de mon roman Les Mystères de Saint-Pétersbourg.

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En attendant Epinal...

Publié le par Jeanne-A Debats

(Olivier Fresnay et Jeanne Von Stroheim)

(Olivier Fresnay et Jeanne Von Stroheim)

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